Une pétition pour enseigner la logique dès l’enseignement secondaire

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Pierre-Henri Thomas
Pierre-Henri Thomas Journaliste

L’asbl Kaleidi lance une pétition pour introduire la logique dans l’enseignement secondaire. Pour Luc de Brabandère, administrateur de Kaleidi, “il y a une urgence intellectuelle”.

Philosophe, informaticien, consultant et fondateur de Cartoonbase, Luc de Brabandère est un des administrateurs de l’asbl Kaleidi, qui compte du beau monde. Dirigée par Thierry Devillez, présidée par Gilles Samyn (ex-groupe Frère Bourgeois), on y trouve aussi Pierre Rion (Conseil du numérique wallon),  Chris Viceroy (SPARKOH !),  Etienne Denoël (directeur d’ « agir pour l’enseignement »), John-Alexander Bogaerts (fondateur de l’école de codage Campus 19),  Laura Beltrame (Agoria), Nadine Scoyez ((SPARKOH !), Natacha Duroisin (UMons), Philippe Bossard (Buyle Legal), Stefaan Vaes (prix Francqui en mathématiques).

Luc de Brabandere .

Or, l’association, qui est l’héritière de la « maison des maths », lance aujourd’hui une pétition (https://kaleidi.be/appel) adressée à la future ou au futur ministre de l’enseignement de la Fédération Wallonie Bruxelles. Son objectif ? Introduire des notions de logique dans le programme des cours de l’enseignement secondaire supérieur, entre  la 4e à la 6e année.

Algorithmes sournois

La pétition fait suite à une initiative lancée par Luc de Brabandere à la fin du mois d’octobre de l’an dernier. En marge de la sortie de son dernier ouvrage (Petite philosophie des algorithmes sournois, Eyroles), le philosophe et mathématicien avait en effet lancé un appel pour renforcer, auprès des étudiants du secondaire, la pensée logique et critique afin de leur donner des armes pour affronter le monde de demain, dans lequel les algorithmes font en effet, parfois, preuve de sournoiserie…

Cet apprentissage est devenu d’autant plus important que le monde connaît une numérisation croissante.  « Si la majorité des adolescents s’informent sur TikTok, on doit donner le mode d’emploi de TikTok », affirme Luc de Brabandère qui souligne que cette proposition rencontre un écho positif dans les deux réseaux d’enseignement. « L’informatique a deux ancêtres nés dans deux mondes complètement différents : les mathématiques d’une part, avec Platon et la logique, d’autre part avec Aristote. Et pendant 1000 ans on a essayé de fusionner les deux et on sait aujourd’hui que ça ne marche pas, poursuit-il. Il y a des zones communes, mais il y a des zones différentes. Il faut donc rééquilibrer l’enseignement secondaire et donner à la logique une place équivalente à celle des mathématiques. 

Apprendre à être logique n’est pas apprendre la logique

« Le message que nous essayons de faire passer est de remettre la logique à la même hauteur que les mathématiques. Ce sont deux sciences et deux boîtes à outils différentes. On peut très bien faire des mathématiques en faisant de la géographie ou en calculant une orbite. Mais la logique aussi transcende les matières, dit Luc de Brabandère. Beaucoup de gens me disent : « mais à l’école on apprend à être logique ». Mais, poursuit-il, apprendre à être logique, ce n’est pas apprendre la logique ». Le philosophe estime qu’il y a une véritable urgence intellectuelle. « Les enseignants dans les universités me disent que les étudiants qui sortent du secondaire montrent un déficit dans ce domaine ». Il faut donc renforcer l’apprentissage de la logique, idéalement au travers d’un cours spécifique. Cependant, comme les moyens ne sont pas nécessairement disponibles, une première étape consisterait à modifier les programmes des cours existants pour y introduire les notions de base de cette science.

Science à part

La logique est en effet une science à part, poursuit Luc de Brabandère.  « Elle permet de dire pourquoi un raisonnement tel que : un cheval à 5 euros est rare. Tout ce qui est rare est cher. Donc un cheval à 5 euros est cher. Le message que je fais passer depuis des années déjà est qu’avec la multiplication des fake news, il est deux fois plus important d’avoir cette connaissance parce qu’elle constitue la boîte de premier secours face aux arguments fallacieux ».

Alors quels sont les objectifs poursuivis par Kaleidi au travers de cette pétition ? « D’abord, beaucoup de signatures. Nous voudrions susciter un mouvement d’une assez grande ampleur pour que, à l’issue des élections, la prochaine déclaration gouvernementale de la Fédération Wallonie-Bruxelles contienne cette proposition d’introduire l’enseignement de la logique dans les programmes du secondaire ».

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