Une urgence chasse l’autre. Les CEO d’entreprises sont devenus des managers de crise, en permanence. “Chaque matin, on se demande ce que Donald Trump va encore inventer” : voilà une exclamation que l’on entend dans bien des quartiers généraux. Le nouveau bras de fer commercial entamé par le président américain après la résistance européenne sur sa volonté d’acheter le Groenland en est une nouvelle illustration. Les réunions extraordinaires se succèdent : nous vivons sur des charbons ardents.
Pieter Timmermans, administrateur délégué de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB), exprime, en ce mois de janvier, une vive inquiétude au sujet du caractère extrêmement volatile de la période. À la tête de l’organisme patronal depuis la fin des années 1990, l’homme en a pourtant vu, des crises, depuis le 11-Septembre jusqu’au covid en passant par la crise financière. Mais un mélange de guerres militaires et de guerres commerciales, avec des risques d’escalade, c’est du jamais vu, reconnaît-il.
“Une Europe forte, cela ne dépend que de nous !”, clame Pieter Timmermans. Alors que l’Union européenne est fragilisée par le bras de fer existentiel entre les États-Unis et la Chine, notre continent dispose d’atouts et de richesses. Les plans existent pour un sursaut, couchés noir sur blanc dans les rapports Draghi et Letta. Le patron insiste sur l’importance du Conseil européen organisé le 12 février prochain au château d’Alden Biesen, à l’initiative du Premier ministre, Bart De Wever, qui endosse de plus en plus le costume de patron. Il “suffit” de mettre à l’agenda un paquet de mesures très concrètes, dit-il : union des capitaux, marché intégré de l’énergie, simplification administrative…
Pour peser sur les affaires du monde, il convient d’être fort économiquement et de savoir où l’on veut aller.
“Les États-Unis sont devenus un pays prédateur”, s’inquiète Nathalie Tocci, directrice de l’Institut italien des affaires internationales, dans Le Monde. Cela implique de notre part “un changement psychologique, plus de courage, moins d’illusions”. “L’autonomie de penser doit précéder l’autonomie d’action”, plaide celle qui fut conseillère des hauts représentants pour la politique extérieure de l’Union. Cela passe par l’envoi de troupes au Groenland, une coalition des volontaires en Ukraine ou un orgueil retrouvé sur le plan économique. Quitte à avancer, si cela est nécessaire, avec un nombre de pays européens limités et motivés. L’Europe doit viser l’efficacité.
Notre continent a besoin d’agilité, de réactivité et de détermination en cette période de tensions, alors que les prédateurs rôdent. Fabrice Brion, CEO d’I-Care et Manager de l’Année de Trends-Tendances, en est convaincu : “Je pense que l’Union européenne est dans une phase de sa vie assez similaire à celle de l’URSS à la fin des années 1980. Trop de bureaucratie, avec une déconnexion complète des besoins de ses citoyens. Les entreprises sont aussi des citoyens de l’UE et nous sommes à un moment charnière. Soit on a l’humilité de se rendre compte qu’on est au bout d’un modèle et on réinvente le suivant. Soit le modèle va s’écrouler.”
Les nouvelles moroses sont trop nombreuses en ce début 2026. Les CEO retardent leurs investissements ou se contentent du strict nécessaire. Selon le FMI, l’économie mondiale est résiliente, mais elle dépend surtout… des sommes considérables investies aux États-Unis dans les nouvelles technologies et l’intelligence artificielle. Plus que jamais, l’Europe doit hausser son niveau de jeu. Réguler, c’est bien, mais l’heure est à la lutte mondiale. Pour peser sur les affaires du monde, il convient d’être fort économiquement et de savoir où l’on veut aller. Cela ne dépend que de nous.
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