Olivier Mouton
Le vrai marathon social? Créer des emplois
Les syndicats ont prolongé leur “marathon social” avec une grève générale, lundi 31 mars. Un mouvement très politique, orchestré contre un gouvernement De Wever touchant à des tabous de longue date : retardement effectif de l’âge de départ à la retraite, limitation des allocations de chômage dans le temps, suppression de certains privilèges pour la fonction publique… Ces mesures feront mal, mais leurs détails doivent encore être concertés. “Tout est déjà décidé”, peste en substance le front commun syndical, qui remettra le couvert le 29 avril. Enseignants, non-marchand, cheminots ont également leurs dates de grève et manifestations. C’est la chienlit.
Cette fuite en avant sociale est détachée des réalités budgétaires, économiques et géopolitiques. C’est comme si l’on se croisait les bras alors que notre monde s’écroule. Un abandon de poste. Le budget sera hors de contrôle si l’on ne fait rien. Le vieillissement de la population nécessite des mesures pour garantir le financement des pensions à l’avenir. La menace russe impose des investissements importants pour assurer notre défense après des années de déni. Le défi climatique et l’intelligence artificielle réclament que l’on déploie des trésors de créativité. Une mobilisation générale de toutes les énergies est indispensable. Un nouveau pacte pour la nation.
L’esprit d’entreprise et le travail doivent être au cœur de toutes les politiques. Le vrai marathon social ne consiste pas en une fronde dont on ne voit guère l’approche constructive ou la revendication finale, mais bien dans une quête effrénée des 550.000 emplois voulus par l’Arizona fédérale – un objectif qui semble démesuré. Bien sûr, cela ne passera pas que par des mesures coercitives contre les chômeurs et les malades de longue durée. Il s’agit de redonner du sens au travail, d’imaginer les carrières différemment, de libérer les énergies entrepreneuriales et de construire un narratif incitant à se retrousser les manches pour protéger notre modèle social.
La répartition des richesses peut et doit faire partie du cocktail, mais il convient avant cela… de créer cette richesse.
Si Bart De Wever, Georges-Louis Bouchez et les partis au pouvoir commettent une faute, c’est de ne pas réussir à emmener tout le monde avec eux, ou du moins à dépasser les frontières de leur camp. À la tête de l’État, ils doivent fédérer. Ce n’est pas avec l’arrogance de celui qui détient la seule vérité ou la provocation de celui qui veut polariser à outrance que l’on atteindra nos objectifs. Les entreprises sont les premières à savoir qu’il leur faut désormais convaincre, séduire et travailler à la conquête tant des clients que des employés. L’heure est à la communication autant qu’à l’action, pour être à la hauteur.
Un nouveau pacte social ? Ce ne sont pas que des mots en l’air. C’est ce qui avait relancé notre pays en 1945. Patronat et syndicats se sont entendus récemment sur un rapport au sein du Conseil central de l’économie pour jeter les fondements d’un système social repensé, mêlant compétitivité et durabilité. Pourquoi ne pas concrétiser l’essai sur le terrain au lieu de s’envoyer des invectives stériles ?
Les syndicats font fausse route lorsqu’ils affirment que l’on peut répondre aux défis énormes du moment en taxant les riches. La répartition des richesses peut et doit faire partie du cocktail, mais il convient avant cela… de créer cette richesse. Le front commun dit vouloir démontrer par l’absurde que ce sont les travailleurs qui la créent en arrêtant la machine. Peut-être seraient-ils mieux inspirés de songer qu’il n’y aurait pas de travailleurs sans entrepreneurs qui prennent des risques. Par vents et marées.
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