Amid Faljaoui
Immortalité: devenir un super-humain, un délire de milliardaire?
Pilules, manipulations génétiques, implants neuronaux… Des milliardaires comme Elon Musk et Peter Thiel veulent hacker leur corps pour défier la mort. Entre science, utopie et dérives, jusqu’où iront-ils ?
“Ils veulent vaincre la mort. Rien que ça.” Ce n’est pas moi qui le dis, c’est The Economist. Le vénérable magazine britannique a consacré un dossier à un sujet qui aurait pu sortir d’un film de science-fiction : les nouveaux gourous de l’immortalité. Des hommes, souvent milliardaires, parfois mégalos, qui veulent littéralement pirater leur propre corps pour ne jamais mourir.
Vous ne rêvez pas. Brian Johnson, par exemple — un entrepreneur américain — avale une centaine de pilules par jour, ne touche plus à rien après 11 heures du matin et surveille son corps comme un trader surveille la Bourse : pulsations, sang, protéines, hormones, tout y passe. Son objectif ? Pas simplement vivre plus vieux. Il veut vaincre la mort. Tout simplement.
Et il n’est pas seul. Peter Thiel, Elon Musk, et toute une brochette de milliardaires jouent les apprentis sorciers du corps humain. Ils parlent d’“optimisation biologique”, de “hack du vivant” et testent tout ce qui pourrait repousser les limites du vieillissement. Des exemples ?
La Metformine, un vieux médicament pour les diabétiques. Chez la souris, il prolonge la vie. Chez l’homme ? On l’ignore, mais eux le prennent déjà.
Il y a aussi Testostérone, Ritaline, NAD+, follistatine — des mots imprononçables, mais autant de promesses de jeunesse éternelle.
Et pour les plus téméraires ? Direction Próspera, une mini-juridiction au Honduras, où l’on peut carrément modifier son ADN dans une clinique financée par Peter Thiel. Injections de gènes pour faire pousser du muscle et allonger ses télomères (ces petits capuchons au bout de nos chromosomes qui raccourcissent avec l’âge).
Et si vous êtes geek jusqu’au cerveau, il y a le nec plus ultra : une interface cerveau-ordinateur. Neuralink — la boîte d’Elon Musk — a déjà implanté des puces dans des cerveaux humains pour contrôler un curseur à l’écran. Pourquoi ? Parce que, selon Musk, seuls les humains fusionnés à l’intelligence artificielle pourront survivre dans un monde dominé par l’IA.
Tout cela peut faire peur. Ou faire rire. Ou fasciner. Ou tout cela à la fois. Mais The Economist le dit clairement : il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain.
Certaines idées sont sérieuses. D’autres ne sont que des paris fous. Beaucoup trop ne sont que de simples arnaques bien marketées. Le vrai problème, c’est qu’il n’y a pas assez de régulation pour distinguer la science de la poudre de perlimpinpin. Résultat: les chercheurs sérieux galèrent pour financer leurs travaux, pendant que les vendeurs de pilules magiques font fortune.
Ce qui pousse The Economist à plaider pour un changement des règles du jeu médical. Il faut accepter qu’améliorer un corps sain relève aussi de la médecine, et qu’elle n’est pas seulement là pour réparer un corps malade.
D’autant plus que si un traitement anti-âge permettait de gagner ne serait-ce qu’un an d’espérance de vie en bonne santé pour tout un pays, l’impact économique serait colossal. Cela pourrait créer jusqu’à 38 000 milliards de dollars de valeur rien qu’aux États-Unis.
Mais il y a un piège. Si ces avancées se concrétisent, les riches seront les premiers servis. Et ils ne seront pas seulement plus riches. Ils seront aussi plus forts, plus intelligents, et peut-être même immortels. Pas sûr que cela contribue à une société plus apaisée.
Alors, on peut rire de Brian Johnson et de ses 100 pilules par jour. On peut aussi le trouver flippant, fascinant ou pathétique. Mais une chose est sûre : ce qu’il fait aujourd’hui, d’autres le feront demain. Et ce sera peut-être vous… ou vos enfants.
Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici