J’ai déjà évoqué à plusieurs reprises les divergences ou paradoxes entre les indicateurs économiques. Il est rare que tous aillent dans le même sens. Mais certaines divergences sont plus dérangeantes que d’autres, car elles sont intenables dans le temps. La question est alors de savoir quels indicateurs disent vrai.
Les indices de confiance des consommateurs en zone euro, et particulièrement en Belgique, illustrent bien ces “divergences dérangeantes”. Concrètement, en Belgique, on sait que la rentrée politique et économique sera mouvementée. Tout d’abord, le contexte géopolitique mondial est en pleine ébullition. Le contexte économique pèse également : on peut pousser un ouf de soulagement suite à l’accord commercial passé entre les États-Unis et l’UE (grosso modo, l’accord correspond à ce qui était prévu…), mais la politique protectionniste américaine demeure un choc négatif pour l’économie mondiale. Enfin, sur le plan socio-économique belge, plusieurs manifestations et mouvements de grève sont déjà prévus dans les prochaines semaines, alors même que le budget 2026 nécessitera probablement de nouveaux efforts et que plusieurs agences de notation évalueront leur niveau de confiance dans les finances publiques belges d’ici octobre.
Bien que la situation ne soit pas dramatique (la croissance reste positive…), l’activité économique affronte de très nombreux vents contraires qui, a priori, empêchent toute accélération de celle-ci pour le moment. Ce n’est pas très bon pour le moral.
Et pourtant, parlons-en du moral ! L’indice de confiance des ménages, mesuré très objectivement par la Banque nationale, continue de se redresser de mois en mois. La tendance est clairement à l’amélioration depuis le début de l’année et l’indice de confiance atteint un niveau correspondant au haut du cycle économique. Fait encore plus marquant, les ménages belges sont optimistes quant à l’évolution du chômage dans les prochains mois. C’est paradoxal au regard des éléments que j’ai soulignés ci-dessus, mais aussi au regard des indicateurs du marché du travail lui-même : les créations d’emplois sont relativement faibles, le nombre de demandeurs d’emploi a augmenté de plus de 7% sur un an, le chômage temporaire pour raison économique est en légère hausse et l’activité dans le secteur de l’intérim stagne à un niveau faible.
Comment expliquer le décalage entre des enquêtes annonçant une confiance des ménages en hausse et le ras-le-bol que les conflits sociaux semblent indiquer ?
Un élément peut expliquer, au moins en partie, le regain d’optimisme des ménages (que l’on retrouve ailleurs en Europe) : l’inflation ralentit alors même que les salaires nominaux ont grimpé, ce qui a permis, au moins jusqu’en milieu de cette année, de faire progresser le pouvoir d’achat. C’est d’autant plus vrai que, mis à part en juin suite aux tensions entre Israël et l’Iran, les prix de l’énergie sont plutôt en baisse. Or, on sait que cela joue fortement sur le moral des ménages.
Bref, l’activité et l’emploi restent en croissance, même faible, et le pouvoir d’achat a progressé, ce qui joue positivement sur le moral des ménages. Mais une zone d’ombre persiste : ont-ils intégré les défis des prochains mois ? Comment expliquer le décalage entre ces enquêtes et le découragement, les tensions et le ras-le-bol que les conflits sociaux semblent indiquer ? Seuls les prochains mois apporteront les éléments de réponse à ces questions. La confiance des ménages en hausse était-elle le prélude à une accélération de l’activité, soutenue par la consommation des ménages ? Ou le contexte tendu et l’incertitude qui l’entoure auront eu raison de ce regain de moral. L’ensemble des indicateurs me ferait actuellement pencher pour la deuxième conclusion.
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