Amid Faljaoui
Trump: Bourse KO, populisme OK
Le choc Trump rebat les cartes. Et si ce n’était n’est pas une simple correction boursière, mais un signal que les règles du jeu changent.
La Bourse américaine dévisse… et ce n’était pas dans le scénario de début d’année. Ce premier trimestre 2025 marque un tournant. Le Nasdaq recule de 10,4 %, le S&P 500 de 4,6 % et le Dow Jones de 1,3 %. Il s’agit de la pire sous-performance des actions américaines par rapport au reste du monde depuis 2002. Pourtant, personne ne l’avait anticipée. Ni les analystes stars, ni les grandes banques d’investissement.
En janvier, l’ambiance était encore au beau fixe. On évoquait un soft landing pour l’économie américaine, une Fed plus conciliante, et un éventuel retour de Trump qui, selon certains, redonnerait confiance aux marchés. Mais la réalité est venue brutalement corriger cette narration.
Deux événements majeurs ont fait basculer l’équilibre
Le premier est le retour de la stagflation, soit une croissance atone combinée à une inflation persistante. C’est un mot qui fait frémir Wall Street. Un cocktail redoutable, difficile à combattre, même pour une banque centrale. Cette perspective a lourdement pénalisé les valeurs technologiques, très sensibles aux anticipations de taux d’intérêt et de croissance.
Le deuxième est l’effet Trump, version 2025.
Le 2 avril, Donald Trump annonce par décret l’instauration de droits de douane réciproques sur toutes les importations. Une taxe de base de 10 %, avec des surtaxes pouvant atteindre 34 % pour certains pays comme la Chine, le Japon ou l’Union européenne. Si ce n’est pas une déclaration de guerre commerciale, cela y ressemble fortement.
Ces deux chocs ont fait grimper la nervosité sur les marchés. Goldman Sachs a abaissé deux fois ses prévisions pour le S&P 500 en mars, passant de 6 200 à 5 700 points. Et les mots employés sont lourds de conséquences : récession possible, incertitude géopolitique, tensions commerciales.
Deux scénarios sont désormais sur la table : Soit Trump bluffe, et ces tarifs ne sont qu’un levier pour renégocier de meilleurs accords. Soit la guerre commerciale est bien réelle, avec des conséquences durables sur les prix, la croissance et la stabilité mondiale.
L’or, grand gagnant de la tempête
Dans ce contexte, un actif tire son épingle du jeu : l’or.
L’or redevient une valeur refuge en période de turbulences politiques et monétaires. Une forme d’assurance contre le chaos. Les banques centrales elles-mêmes continuent d’en acheter massivement pour réduire leur dépendance au dollar, dans un monde devenu plus multipolaire.
Et vous avez peut-être entendu parler des ETF or (Exchange Traded Funds), des fonds cotés en Bourse qui répliquent le prix de l’or. Une manière simple, liquide et accessible d’investir dans ce métal précieux, sans acheter de lingots. Résultat : près de 20 milliards de dollars ont afflué vers ces ETF au premier trimestre. Un record depuis la pandémie de Covid-19.
Et si c’était plus qu’une guerre commerciale ?
Une autre hypothèse, plus politique, prend de l’ampleur : Et si Trump utilisait ces droits de douane comme levier pour supprimer l’impôt sur le revenu des classes moyennes ?
C’est l’intuition de plusieurs analystes et stratèges politiques. L’idée serait simple et redoutablement efficace : taxer les importations pour financer une réforme fiscale spectaculaire. Populaire. Lisible. Et stratégiquement redoutable à un an des élections de mi-mandat aux États-Unis.
Ce serait un game changer. Un basculement stratégique majeur. Les marchés détestent l’incertitude, mais encore plus les scénarios qu’ils n’avaient pas anticipés. Et cela expliquerait aussi pourquoi la Bourse tremble. Car ce ne sont peut-être pas seulement les cours qui vacillent… Ce sont peut-être aussi les règles du jeu qui sont en train de changer.
Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici