Carte blanche

L’Interim Management: une seconde carrière stratégique après 50 ans?

En Belgique, le débat sur l’emploi des plus de 50 ans reste trop souvent enfermé dans une logique défensive : comment retarder les départs ? Comment contenir les coûts ? Comment préserver les systèmes de pension ?

Cette approche passe à côté de l’essentiel. Dans un contexte de pénurie structurelle de talents, la vraie question n’est pas l’âge, mais la capacité à créer de la valeur.

C’est précisément dans ce cadre que l’intérim management s’impose comme une trajectoire professionnelle crédible et stratégique pour les profils expérimentés, en particulier après 50 ans. D’ailleurs, sur le terrain, la majorité des candidats positionnés aujourd’hui sur ce type de missions disposent de plus de 20 ans d’expérience de vie professionnelle, confirmant que ce modèle répond à une réalité du marché, et non à une construction théorique.

Au 1er janvier 2025, le pays comptait 11,83 millions d’habitants, avec un âge médian de 42,7 ans, bien au-dessus de la moyenne mondiale et d’ici 2035, la proportion de seniors par rapport aux actifs continuera d’augmenter, exerçant une pression croissante sur les systèmes de pension, mais aussi sur la disponibilité de compétences expérimentées au sein des entreprises. Au deuxième trimestre 2025, 62,4 % des Belges âgés de 55 à 64 ans avaient un emploi et cette progression s’inscrit dans une tendance positive observée ces dernières années, mais elle reste inférieure au taux d’emploi global des 20–64 ans, qui dépasse 73 %, avec de fortes disparités régionales.

C’est d’ailleurs pour cette raison que je peine à comprendre la volonté récurrente d’alourdir la taxation des sociétés de management. Ces structures ne constituent pas une optimisation marginale, mais bien un véhicule central permettant à des professionnels expérimentés de rester actifs, utiles et fiscalement contributifs, dans un cadre flexible et adapté à leur stade de carrière.

La Belgique s’est fixé un objectif ambitieux de 80 % de taux d’emploi. Or, sans une mobilisation beaucoup plus efficace des travailleurs expérimentés, cet objectif restera difficilement atteignable. Maintenir les seniors dans des schémas d’emploi rigides, peu attractifs ou inadaptés à leurs attentes constitue un frein, tant pour les entreprises que pour les individus eux-mêmes.

L’intérim management, souvent exercé via des sociétés de management, offre précisément une alternative pragmatique : il permet de prolonger les carrières de manière choisie, d’activer rapidement des compétences critiques et de répondre à des besoins économiques réels. Fragiliser ce modèle par une fiscalité dissuasive revient à se priver d’un levier efficace pour augmenter le taux d’emploi, sécuriser les transformations et valoriser l’expérience là où elle crée le plus de valeur.

Le cadre institutionnel évolue lui aussi. L’âge légal de la pension est passé à 66 ans et atteindra 67 ans d’ici 2030. Les pouvoirs publics cherchent parallèlement à encourager la prolongation de l’activité via des mécanismes de bonus de pension et la revalorisation du minimum pension pour les carrières complètes, MAIS allonger les carrières ne peut pas se résumer à travailler plus longtemps dans les mêmes conditions. La soutenabilité passe par une transformation des formes de travail et c’est ici que l’intérim management apporte une réponse concrète.

L’intérim management repose sur une logique simple : confier à un dirigeant ou expert expérimenté un mandat clair, limité dans le temps, pour répondre à un enjeu précis. Transformation digitale, redressement opérationnel, intégration post-acquisition, remplacement temporaire d’un dirigeant clé : les besoins sont nombreux et souvent urgents.

Pour les professionnels de plus de 50 ans, ce modèle présente plusieurs atouts déterminants. L’expérience accumulée permet une crédibilité immédiate, une lecture rapide des enjeux politiques et humains, et une capacité d’exécution sans phase d’apprentissage prolongée. Le statut offre également plus de flexibilité, une autonomie accrue et un meilleur équilibre entre vie professionnelle et personnelle.

Pour les entreprises, l’avantage est tout aussi clair : accéder rapidement à une expertise de haut niveau, sans s’engager dans une embauche durable, tout en limitant les risques liés aux erreurs managériales dans des contextes sensibles.

Une solution économique et stratégique ?

Mobiliser ce capital d’expérience permet de sécuriser des transformations critiques, qu’elles soient digitales, organisationnelles ou liées aux enjeux ESG et cela contribue également à allonger les carrières de manière choisie, et non subie, en réconciliant les générations et les statuts.

Dans un environnement économique incertain, l’intérim management agit comme une force de stabilisation : mature, opérationnel et orienté résultats.

Changer de regard sur les 50+

Face au vieillissement démographique, à la pression sur les taux d’emploi des 55–64 ans et aux réformes des pensions, l’intérim management s’affirme comme une seconde carrière assumée et porteuse de sens. Il ne s’agit plus de considérer les professionnels de 50 ans et plus comme un défi à gérer, mais comme une ressource stratégique à activer.

La question n’est donc pas de savoir si les seniors ont encore leur place sur le marché du travail. La vraie question est de savoir si l’économie belge peut encore se permettre de se passer de leur expérience.

Vincenzo Carrabs, Director Michael Page MP Interim Management

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