Sur fond de négociations salariales tendues, une nouvelle indexation se dessine en janvier 2026

Baptiste Lambert

Alors que la concertation sociale s’apprête à se pencher sur la réforme de la loi de 1996, les prévisions d’inflation annoncent une indexation automatique de 2,45 % pour les employés de la CP200 dès janvier prochain. Une hausse qui intervient dans un contexte de tensions croissantes autour du modèle belge de formation des salaires.

L’inflation belge s’est stabilisée en août à 1,91 %, selon Statbel. Sur base de l’indice santé lissé, utilisé comme référence pour l’indexation automatique, le taux s’élève à 2,03 %. Dans ce cadre, SD Worx anticipe une indexation de 2,45 % en janvier 2026 pour les 522.000 employés de la CP200, la plus grande commission paritaire du pays. Au niveau du secteur de la construction (CP 124), dont l’indexation intervient tous les trimestres, celle-ci devrait être reportée d’octobre à janvier, précise le consultant RH.

Cette hausse reste modérée par rapport aux chocs inflationnistes de 2022-2023, mais elle n’éteint pas les critiques. Pour Pieter Timmermans, CEO de la FEB, « la quasi-totalité de la marge salariale est déjà absorbée par l’indexation automatique », indique-t-il ce vendredi à La Libre. Il plaide une nouvelle fois pour une plus grande liberté de négociation au sein des entreprises.

Un système sous pression

Le calendrier est serré. L’accord de gouvernement a demandé aux partenaires sociaux de rendre un avis sur une éventuelle réforme de la loi de 1996, qui fixe la norme salariale. Du côté syndical, on dénonce la norme maximale d’augmentation des salaires, qui laisse peu de place à la négociation sectorielle. Du côté patronal, on fustige cette double rigidité : la négociation est coincée entre l’indexation et la norme salariale. En d’autres termes, en période d’inflation, il ne reste rien à négocier.

« Si le G10 veut démontrer son utilité, il faut négocier maintenant. Sinon, le gouvernement interviendra », prévient Timmermans.

Vers une nouvelle vague inflationniste ?

Or, l’inflation pourrait sensiblement remonter au vu du contexte géopolitique et macroéconomique. Le Bureau fédéral du Plan prévoit une inflation qui baisserait à 1,3 % pour 2026, mais d’autres économistes entrevoient un tableau plus sombre.

Les droits de douane, les conflits géopolitiques, la baisse de la démographie et les besoins de financement dans la défense et la transition climatique feront mécaniquement grimper l’inflation durant les prochaines années. C’est l’avis de Philippe Gijsels, économiste chez BNP Paribas Fortis : « Nous sommes entre deux vagues. Les prix vont repartir à la hausse à la fin de l’année, puis en 2026 et 2027 », indique-t-il à L’Echo, cette semaine.

Vers un enterrement de première classe ?

Le nœud du problème reste structurel. Dans un pays où l’indexation automatique est quasi généralisée, et unique en Europe, à l’exception du Luxembourg et de Malte (pour le salaire minimum), il reste peu de latitude pour ajuster les salaires. La loi de 1996 et l’indexation automatique sont les deux faces d’une même pièce qui enferment la négociation.

Le syndicat ne veut pas toucher à l’indexation. Le patronat, lui, rappelle qu’elle met la pression sur les entreprises et en particulier les secteurs concurrentiels, comme celui de l’industrie, “qui a perdu 15.000 emplois sur les dernières années“, martelle le patron des patrons.

Le gouvernement De Wever a refilé la patate chaude au G10, qui regroupe patronat et syndicats. Les pistes sont connues depuis longtemps, mais n’ont jamais abouti : indexation étalée dans le temps, non-intégration des prix de l’énergie dans le calcul de l’indice santé, indexation progressive en fonction du niveau de revenu, indexation sur le salaire net et pas brut ou en revenir à des négociations sectorielles pures.

Vers un saut d’index ?

Si le G10 ne parvient pas à trancher, le débat reviendra sur la table du gouvernement. Et il y a peu de chance que l’exécutif fasse mieux que le G10. Sinon, ce débat aurait déjà été tranché durant les négociations gouvernementales. On voit mal Vooruit, par exemple, s’embarquer dans une telle aventure.

Ce qui conduira, plus que probablement, à un prochain saut d’index, comme tous les dix ans.

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