Lineas (ex SNCB Logistics) cherche un investisseur stratégique

Robert Van Apeldoorn
Robert Van Apeldoorn Journaliste Trends-Tendances

Malgré une période économique difficile, le premier transporteur belge par rail, Lineas, a fortement réduit ses pertes, il s’approche de la profitabilité. Prochain épisode: trouver un actionnaire stratégique.

Le premier opérateur de fret ferroviaire du pays, Lineas, a finalement annoncé la couleur. Après quelques années de restructuration et de réorientation, il annonce avoir réduit la perte à -13,6 millions d’euros en 2024, contre -40,2 millions en 2023, et espère l’équilibre l’an prochain. En 2022, la perte atteint -82,3 millions d’euros (norme EBIT, bénéfice avant intérêts et taxes). C’est le résultat d’une réorganisation et d’une réorientation de l’entreprise.

Les revenus de Lineas étaient de 493 millions d’euros en 2024, contre 479 millions d’euros en 2023 (+2,8%).

« Un bon résultat dans un contexte difficile »

 »C’est un bon résultat dans le contexte macro économique difficile que nous traversons », dit Bernard Gustin, président du conseil d’administration et ex CEO, car il occupe depuis le 15 janvier dernier le poste de CEO d’Elia, mais garde un oeil sur Lineas. « D’ici quelques semaines, un managing director sera nommé » assure le président de Lineas. 

L’entreprise, qui se présente comme le premier transporteur ferroviaire privé de fret en Europe, réduit progressivement ses pertes, malgré une économie en stagnation. « Nous perdons du volume, mais quasiment pas de clients, dans la chimie, l’automobile ou l’acier, la période est difficile ». Un constructeur comme Tesla livrer moins d’autos, ce qui impacte Lineas, qui opère pour la majorité des constructeurs installés en Europe. Le secteur du transport par rail est peu rentable en Europe.

Malgré ces turbulences, l’entreprise vise une rentabilité de 6% à 8% à l’EBIT à l’horizon 2028.

La recherche d’un actionnaire stratégique

L’histoire de Lineas est celle du fret ferroviaire en Belgique, que la SNCB n’avait jamais réussi à rentabiliser, malgré sa position dominante sur le marché belge. Le groupe public a finalement cédé la majorité de sa filiale fret, B Logistics, à un fonds français, Argos Wityu, en 2015, mais la nouvelle configuration, une réorganisation et un nouveau nom, Lineas n’ont pu rendre l’activité profitable.

La perspective de prochains bénéfices pourrait aider Lineas à attirer un nouvel actionnaire. « Nous espérons trouver un investisseur du secteur de la logistique au sens large » dit Bernard Gustin. «Je veux dire un actionnaire fort qui peut soutenir notre stratégie, avec qui il y a moyens de dégager des synergies. » Il rappelle que Lineas est le « premier transporteur de fret privé en Europe ».

Le président de Lineas avait cherché à attirer des investisseurs voici deux ans, mais ceux contactés préféraient attendre que la santé de l’entreprise s’améliore pour ouvrir des discussions sérieuses. L’entreprise a été refinancée par ses actionnaires actuels, Argos Wityu et la SFPIM, et l’an dernier un club de banques a signé apporté un financement de 46,5 millions d’euros.

Un actionnaire privé majoritaire qui ne devrait pas rester

Pour l’heure le capital est partagé entre le fonds privé français Argos Wityu (54%) et le fonds souverain fédéral SFPIM (46%). Le premier est un private equity qui, par nature, n’a pas vocation à rester dans la capital, et devrait donc revendre ses parts, sans doute après retour à bonne fortune de Lineas. 

Il faut dire que depuis 2008, le fret ferroviaire n’est plus une activité de monopoles publics nationaux, elle a été ouverte à la concurrence, avec l’espoir d’en augmenter l’activité. Lineas s’est positionné comme un opérateur privé dont l’organisation s’est calquée sur le secteur de la logistique, y compris le statut du personnel. Hormis près de 300 personnes détachées de la SNCB, les salariés sont tous sous contrat privé (effectif total : 1600 personnes).

Lineas fonctionne indépendamment de la SNCB, son ancien propriétaire, et son personnel n’est du reste pas en grève comme une partie de celui de la SNCB.

Une concurrence déséquilibrée, mais ça s’arrange

Cela n’a pas suffit car la concurrence est très perturbée. Le marché est déséquilibré par les deux champions publics du marché européen, la SNCF et l’allemand DB, qui ont bénéficié de subsides contestés, tout en développant des pertes importantes. 

Lineas, très actif en France et en Allemagne, a donc été confronté à des concurrents qui vendaient à perte. La Commission européenne a récemment pris des mesures pour interdire les subsides illicites en France et en Allemagne, ce qui donne des perspectives nouvelles à Lineas, tant en France qu’en Allemagne. La SNCF restructure et réduit son activité fret, DB Cargo doit devenir rentable en 2026. Lineas a récupéré 5 lignes de la SNCF et espère gagner des activités en Allemagne.

Se limiter à la sous-traitance du transport, sans risque commercial

Bernard Gustin a aussi impulsé un changement dans le business model de Lineas : il entend se limiter à un travail de sous-traitance pour le compte de grosses entreprises, comme des constructeurs automobiles ou des sidérurgistes, ou de logisticiens, en organisant des trajets charter, comme on dit dans l’aérien. Lineas entend quitter le modèle où l’entreprise prend des risques avec des lignes régulières et cherche des clients pour remplir les trains.

« Nous voulons nous limiter à la traction » précise Bernard Gustin. « Dans ce contexte , nous avons cédé des wagons et transféré du personnel à un client comme Hupac, qui est devenu l’un des plus important de Lineas. » Hupac Intermodal est un acteur important de la logistique en Europe, spécialiste des transports intermodaux (conteneurs sur trains,…). Il est basé en Suisse, à Chiasso.

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