Droits de douane américains : un réel coup dur pour les brasseurs belges ?

Les Etas-Unis ont décidé de quintupler les droits d’importation sur la bière produite en Europe, et donc en Belgique. Ceux-ci passeront de 5 à 25%. Cette annonce soulève des inquiétudes dans le secteur. Quel sera l’impact pour les brasseurs belges ? Eléments de réponse avec Krishan Maudgal, le directeur de l’Association des Brasseurs Belges.

Les nouveaux droits de douane américains auront-ils un impact important pour le secteur brassicole belge dans son ensemble ?

Il n’y a pas de panique généralisée des acteurs belges. Les États-Unis ne représentent en effet aujourd’hui qu’environ 1 % du volume total des exportations de bières belges. À l’échelle du secteur, l’impact volumétrique restera donc limité. Cela dit, certaines brasseries seront bien plus exposées que d’autres. Certaines d’entre elles (NDLR le droit de réserve du patron de l’Association des Brasseurs belges ne lui permet pas de les citer nommément) ont développé des activités commerciales solides sur le marché américain. Pour elles, la mesure aura un effet bien plus prononcé.

En dehors des volumes, y a-t-il un impact plus symbolique ?

Absolument. Le volet réputationnel est loin d’être négligeable. La bière belge, reconnue par l’UNESCO comme patrimoine culturel immatériel, est perçue aux États-Unis comme une référence mondiale. Il y a une longue tradition d’échanges. C’est même l’arrivée des bières belges qui a en partie initié le mouvement craft américain dans les années 90 et 2000.

Mais ce mouvement craft américain n’est-il pas aussi responsable du recul des bières belges là-bas ?

Tout à fait. Le marché s’est retourné. Avec plus de 6000 brasseries artisanales locales, les consommateurs américains se tournent davantage vers des produits domestiques, souvent moins chers. Ajoutez à cela la perte de compétitivité belge, avec des hausses de coûts de production de 20 à 25 % ces cinq dernières années, et vous obtenez un cocktail qui rend les bières belges moins accessibles.

Est-ce que la pression sur les prix des bières belges pourrait faire fuir les consommateurs américains ?

C’est un risque. La bière belge reste perçue comme un produit premium aux Etats-Unis ce qui limite l’élasticité des prix… jusqu’à un certain point. Si les droits de douane entraînent des hausses de prix trop fortes, la présence belge sur le marché américain pourrait se fragiliser davantage.

Les grandes brasseries comme AB InBev sont-elles également concernées ?

Elles sont concernées par les droits de douane imposés par Trump mais pas dans les mêmes proportions que des acteurs plus modestes. AB InBev a pris les devants il y a quelques années en localisant une bonne partie de sa production sur le sol américain, notamment pour des raisons de durabilité. Leurs bières spéciales restent exportées, donc touchées, mais l’essentiel de leurs volumes n’est pas concerné par les nouveaux tarifs.

Qu’en est-il des taxes sur l’aluminium, qui pourraient impacter les canettes?

C’est l’autre incertitude du moment. Les droits de douane sur l’aluminium incluent désormais aussi les bières conditionnées. Trois scénarios sont sur la table. Taxer à 25 % l’ensemble des bières, quelle que soit leur forme (bouteilles, canettes, fûts consignés). Appliquer les 25 % uniquement sur les canettes, les autres formats étant à 20 %. Ne taxer l’emballage qu’à 25 % et le contenu (la bière elle-même) à 20 %. Pour l’instant, un grand flou persiste, notamment sur le traitement logistique, par exemple, si une cargaison est déjà en mer avant le 9 avril, date d’entrée en vigueur des droits de douane, elle pourrait échapper à ces mesures.

Peut-on encore espérer une négociation entre les États-Unis et l’Union européenne pour alléger ces droits de douane ?

Le levier diplomatique est très limité. Ces mesures sont imposées unilatéralement par les États-Unis. Quelques importateurs américains tentent actuellement une action de lobbying, mais peu d’observateurs croient en leur efficacité. Cela dit, on peut espérer qu’à moyen terme, le bon sens diplomatique l’emportera. Il n’y a pas de gagnant dans ce genre de guerre commerciale. Je reste confiant dans un retour à une forme de normalisation.

Le secteur brassicole belge appelle-t-il à une réaction politique ?

Oui, clairement. Notre Association en appelle désormais aux décideurs politiques belges et européens pour garantir un cadre stable aux brasseurs. Après une succession de crises – Covid, guerre en Ukraine, inflation – l’ajout de nouvelles barrières commerciales mettrait encore un peu plus sous pression un secteur qui reste un fleuron de l’économie belge à l’international.

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