Au micro de la chaîne de télévision américaine ABC, le docteur Fauci, responsable de l'Institut américain des allergies et des maladies infectieuses et grand ordonnateur de la lutte contre le Covid aux Etats-Unis, a convoqué les mânes de John Wayne et l'étendard du 7e de cavalerie pour annoncer la bonne nouvelle. Oui, voici venir deux vaccins au grand galop, l'un monté par Pfizer/BioNTech et l'autre cravaché par Moderna. Ils ont réussi les premiers pas de la "phase 3" et pourraient donc être mis ces prochains mois sur le marché. L'Union européenne a déjà sécurisé plus de 300 millions de doses.
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Au micro de la chaîne de télévision américaine ABC, le docteur Fauci, responsable de l'Institut américain des allergies et des maladies infectieuses et grand ordonnateur de la lutte contre le Covid aux Etats-Unis, a convoqué les mânes de John Wayne et l'étendard du 7e de cavalerie pour annoncer la bonne nouvelle. Oui, voici venir deux vaccins au grand galop, l'un monté par Pfizer/BioNTech et l'autre cravaché par Moderna. Ils ont réussi les premiers pas de la "phase 3" et pourraient donc être mis ces prochains mois sur le marché. L'Union européenne a déjà sécurisé plus de 300 millions de doses. Bien sûr, si vous avez des médecins dans votre entourage, ils refroidiront votre enthousiasme. Ils vous diront, avec raison, que d'un point de vue logistique, il faudra encore attendre de longs mois avant de se voir administrer un de ces deux vaccins dont l'un nécessite d'être stocké à -70° C, ce qui complique encore un peu le processus. Ils vous diront aussi de se méfier de ces effets d'annonce: les résultats publiés sont préliminaires. Ils ne portent, chaque fois, que sur de petits échantillons de patients infectés, ce qui est évidemment trop peu pour éliminer avec certitude d'éventuels effets indésirables. Ils vous diront que pour être efficaces, il faut une campagne de vaccination massive. Or, les anti-vaccins se mobilisent déjà. Pourtant, les marchés financiers ne s'y sont pas trompés. Ils ont bondi de joie et de soulagement. Car ces annonces constituent un tournant dans le cheminement de cette crise. Elles valent à elles seules autant que les 15 trillions de dollars déversés par les pouvoirs publics dans le monde pour combattre l'épidémie. Pour nous qui sommes assiégés par le Covid depuis de nombreux mois, pour nous qui avons renversé les chariots et qui nous défendons vaille que vaille contre les assauts tournoyants du virus, voici venir le premier véritable espoir de libération. Car sans espoir de vaccin, les milliers de milliards dépensés par les pouvoirs publics ne servent pas à grand-chose. Nous savons en effet depuis près d'un siècle (merci Monsieur Keynes!) que ce qui fait tourner l'économie, c'est la manière dont les entrepreneurs anticipent la demande future. La tâche d'un chef d'entreprise n'est pas seulement d'organiser la production aujourd'hui. Elle est de prévoir la demande pour ses produits demain. Ce sont ces prévisions qui vont faire en sorte qu'une industrie décidera d'ouvrir ou non de nouvelles lignes de production, d'investir dans le développement de produits, d'engager du personnel... Pour le dire plus simplement: sans confiance, pas d'économie. Or, les vagues agressives de la pandémie avaient étouffé toute prévision et noyé notre moral. Nous avions des munitions mais aucune échappatoire. Le vaccin nous en donne une désormais. Il ne faudrait toutefois pas succomber à l'euphorie, ce n'est pas le moment de baisser la garde: il faudra attendre encore de longs mois avant que la cavalerie n'arrive à nous. Puis, une fois qu'elle nous aura libérés, il ne sera pas question d'aller nous enivrer au saloon le plus proche en gaspillant l'argent reçu. Des moyens considérables ont été mobilisés mais si l'argent reçu ne finance pas la véritable production de richesse, s'il sert simplement à inflater les prix des actions, de l'immobilier ou du marché de l'art, nous aurons un gros problème. Mais une chose est sûre désormais: voici venir la cavalerie, et ça, c'est une bonne nouvelle!