La guerre des talents n'est pas terminée. Les analyses publiées ces derniers mois par le Steunpunt Werk ne mentent pas. "La Belgique entière fait actuellement face à une pénurie d'emploi comme elle n'en a pas connu depuis fort longtemps", constate le Professeur Sarah Vansteenkiste du Steunpunt Werk. "Si l'on considère le nombre de candidats par poste vacant (ndlr: le ratio de tension), on constate que le chiffre est très bas dans chaque région."

Pénurie à son maximum en 2019

Il ressort du rapport trimestriel du Steunpunt Werk qu'en 2019 une offre d'emploi en Région flamande suscitait l'intérêt de 3,9 demandeurs d'emploi. À titre de comparaison: en 2014, ils étaient 9,3. En Flandre, ce chiffre n'a jamais été aussi bas au cours de ce siècle qu'en 2019. En Région wallonne, on recense 2,9 candidats par emploi à pourvoir (4,9 en 2014) et 4,7 (8 en 2014) dans la Région de Bruxelles-Capitale. Les comparaisons entre régions ne sont cependant pas réalisables car chacune d'entre elles a sa propre définition du ratio de tension. "Nous observons une diminution du nombre de demandeurs d'emploi par poste vacant dans les fonctions les plus qualifiées", précise Vansteenkiste. "La pénurie est plus marquée du côté des aides-soignants, du personnel informatique, mais aussi des chauffeurs de poids lourds... Des profils que le VDAB qualifie de professions en pénurie."

Le vieillissement démographique se poursuit

Compte tenu de l'état du marché du travail, Steunpunt Werk s'attend à ce que la pénurie se maintienne sur le plan structurel au cours des prochaines années. "Nous voyons une augmentation du nombre des plus de 55 ans qui vont quitter le marché de l'emploi", déclare Vansteenkiste. "Par rapport à il y a vingt ans, ce nombre a doublé. Et c'est le cas dans l'ensemble du pays". De 2023 à 2028, la Flandre devra remplacer près de 400 000 travailleurs de plus de 55 ans. En Wallonie, qui est une région moins peuplée, ils seront 160 000 et à Bruxelles 50 000, mais ici aussi, le chiffre a doublé comparativement à la période 1998-2003.

Même sur fond d'économie plus lente

Vansteenkiste avance plusieurs constats pour expliquer la pénurie structurelle. Ainsi, le nombre de personnes "en âge de travailler" en Flandre va diminuer dans les années à venir. En Wallonie, ce chiffre reste assez stable et, à Bruxelles, il tend même à augmenter. D'autre part, les jeunes arrivent plus tard sur le marché de l'emploi. Reste à savoir quel est l'impact de l'économie. Le nombre de postes vacants restera-t-il le même dans les années qui viennent? "Des indicateurs tels que la confiance des consommateurs et des entreprises indiquent un refroidissement de l'économie, ce qui peut avoir un impact sur la demande de travailleurs. Des événements comme le Brexit ou le conflit commercial avec la Chine peuvent également jouer un rôle. Mais même abstraction faite de cet impact, nous estimons que la sortie des 55 ans et plus et l'évolution de la population en âge de travailler continueront d'exercer une pression au niveau structurel", poursuit Vansteenkiste.

"Les employeurs doivent élargir leur recrutement à des profils auxquels ils n'avaient pas encore pensé." - Sarah Vansteenkiste

Ne pas activer que les chômeurs

Les chiffres doivent alerter les décideurs politiques. Steunpunt Werk formule plusieurs pistes et on notera à cet égard qu'elles ne se résument pas à l'activation des chômeurs. "Comme nous avons connu une période de prospérité économique, ce groupe a systématiquement diminué", explique Sarah Vansteenkiste. "C'est peut-être une bonne occasion d'activer d'autres groupes. Cela ne veut pas dire que nous devons massivement obliger les personnes relevant d'un régime d'assurance-maladie à travailler, mais une optimisation est certainement possible. Une étude en médecine du travail révèle que les gens sont souvent favorables à un retour partiel. Nous constatons que cela bouge également au niveau des bénéficiaires du revenu d'intégration grâce à la collaboration entre le VDAB et les CPAS, et d'autres mesures sont possibles à ce niveau. La politique doit évoluer vers un modèle inclusif dans lequel les différents domaines politiques travaillent ensemble pour activer des groupes qui passent encore sous le radar aujourd'hui."

Recruter autrement

Pour les employeurs, les prévisions de l'analyse du marché du travail signifient que la recherche de talents restera un sérieux défi dans les années à venir. Sarah Vansteenkiste donne un exemple : "En Flandre, 92 % des diplômés de l'enseignement supérieur appartenant au groupe des 25-50 ans sont déjà actifs. On sait aussi que de nombreuses entreprises recrutent dans ce même vivier restreint. Les employeurs vont devoir envisager des profils auxquels ils n'avaient pas encore pensé. Dans la pratique, cela signifie élargir le recrutement, créer davantage d'opportunités de croissance en interne et réfléchir à un meilleur moyen d'intensifier les formations après l'embauche."

Formation continue

Formations: le mot est lâché. Les travailleurs dont les compétences ne répondent plus à ce que recherchent les entreprises sont plus susceptibles de disparaître du marché de l'emploi. La clé réside-t-elle dans le recyclage qui permettrait aux employeurs de trouver plus facilement des candidats appropriés détenant immédiatement les bonnes compétences? "C'est certainement important", affirme Vansteenkiste, "mais ce n'est pas envisageable indépendamment d'une approche différente de la part des employeurs. Nous devons davantage encourager la formation continue. Une démarche qui dépend aussi bien du travailleur que de l'employeur. Le travailleur doit être ouvert à l'idée et l'employeur doit offrir suffisamment de possibilités dans ce sens. Mais cela non plus n'est pas évident. Quand vous manquez de collaborateurs, libérer du temps pour des formations peut a priori sembler contre-productif."

La guerre des talents n'est pas terminée. Les analyses publiées ces derniers mois par le Steunpunt Werk ne mentent pas. "La Belgique entière fait actuellement face à une pénurie d'emploi comme elle n'en a pas connu depuis fort longtemps", constate le Professeur Sarah Vansteenkiste du Steunpunt Werk. "Si l'on considère le nombre de candidats par poste vacant (ndlr: le ratio de tension), on constate que le chiffre est très bas dans chaque région."Il ressort du rapport trimestriel du Steunpunt Werk qu'en 2019 une offre d'emploi en Région flamande suscitait l'intérêt de 3,9 demandeurs d'emploi. À titre de comparaison: en 2014, ils étaient 9,3. En Flandre, ce chiffre n'a jamais été aussi bas au cours de ce siècle qu'en 2019. En Région wallonne, on recense 2,9 candidats par emploi à pourvoir (4,9 en 2014) et 4,7 (8 en 2014) dans la Région de Bruxelles-Capitale. Les comparaisons entre régions ne sont cependant pas réalisables car chacune d'entre elles a sa propre définition du ratio de tension. "Nous observons une diminution du nombre de demandeurs d'emploi par poste vacant dans les fonctions les plus qualifiées", précise Vansteenkiste. "La pénurie est plus marquée du côté des aides-soignants, du personnel informatique, mais aussi des chauffeurs de poids lourds... Des profils que le VDAB qualifie de professions en pénurie."Compte tenu de l'état du marché du travail, Steunpunt Werk s'attend à ce que la pénurie se maintienne sur le plan structurel au cours des prochaines années. "Nous voyons une augmentation du nombre des plus de 55 ans qui vont quitter le marché de l'emploi", déclare Vansteenkiste. "Par rapport à il y a vingt ans, ce nombre a doublé. Et c'est le cas dans l'ensemble du pays". De 2023 à 2028, la Flandre devra remplacer près de 400 000 travailleurs de plus de 55 ans. En Wallonie, qui est une région moins peuplée, ils seront 160 000 et à Bruxelles 50 000, mais ici aussi, le chiffre a doublé comparativement à la période 1998-2003.Vansteenkiste avance plusieurs constats pour expliquer la pénurie structurelle. Ainsi, le nombre de personnes "en âge de travailler" en Flandre va diminuer dans les années à venir. En Wallonie, ce chiffre reste assez stable et, à Bruxelles, il tend même à augmenter. D'autre part, les jeunes arrivent plus tard sur le marché de l'emploi. Reste à savoir quel est l'impact de l'économie. Le nombre de postes vacants restera-t-il le même dans les années qui viennent? "Des indicateurs tels que la confiance des consommateurs et des entreprises indiquent un refroidissement de l'économie, ce qui peut avoir un impact sur la demande de travailleurs. Des événements comme le Brexit ou le conflit commercial avec la Chine peuvent également jouer un rôle. Mais même abstraction faite de cet impact, nous estimons que la sortie des 55 ans et plus et l'évolution de la population en âge de travailler continueront d'exercer une pression au niveau structurel", poursuit Vansteenkiste.Les chiffres doivent alerter les décideurs politiques. Steunpunt Werk formule plusieurs pistes et on notera à cet égard qu'elles ne se résument pas à l'activation des chômeurs. "Comme nous avons connu une période de prospérité économique, ce groupe a systématiquement diminué", explique Sarah Vansteenkiste. "C'est peut-être une bonne occasion d'activer d'autres groupes. Cela ne veut pas dire que nous devons massivement obliger les personnes relevant d'un régime d'assurance-maladie à travailler, mais une optimisation est certainement possible. Une étude en médecine du travail révèle que les gens sont souvent favorables à un retour partiel. Nous constatons que cela bouge également au niveau des bénéficiaires du revenu d'intégration grâce à la collaboration entre le VDAB et les CPAS, et d'autres mesures sont possibles à ce niveau. La politique doit évoluer vers un modèle inclusif dans lequel les différents domaines politiques travaillent ensemble pour activer des groupes qui passent encore sous le radar aujourd'hui."Pour les employeurs, les prévisions de l'analyse du marché du travail signifient que la recherche de talents restera un sérieux défi dans les années à venir. Sarah Vansteenkiste donne un exemple : "En Flandre, 92 % des diplômés de l'enseignement supérieur appartenant au groupe des 25-50 ans sont déjà actifs. On sait aussi que de nombreuses entreprises recrutent dans ce même vivier restreint. Les employeurs vont devoir envisager des profils auxquels ils n'avaient pas encore pensé. Dans la pratique, cela signifie élargir le recrutement, créer davantage d'opportunités de croissance en interne et réfléchir à un meilleur moyen d'intensifier les formations après l'embauche."Formations: le mot est lâché. Les travailleurs dont les compétences ne répondent plus à ce que recherchent les entreprises sont plus susceptibles de disparaître du marché de l'emploi. La clé réside-t-elle dans le recyclage qui permettrait aux employeurs de trouver plus facilement des candidats appropriés détenant immédiatement les bonnes compétences? "C'est certainement important", affirme Vansteenkiste, "mais ce n'est pas envisageable indépendamment d'une approche différente de la part des employeurs. Nous devons davantage encourager la formation continue. Une démarche qui dépend aussi bien du travailleur que de l'employeur. Le travailleur doit être ouvert à l'idée et l'employeur doit offrir suffisamment de possibilités dans ce sens. Mais cela non plus n'est pas évident. Quand vous manquez de collaborateurs, libérer du temps pour des formations peut a priori sembler contre-productif."