" Nous préférons parler de 'smart industry'. Ces dernières années, le concept d'Industrie 4.0 a perdu de son sens. Il ne s'agit plus seulement de technologie pour numériser les processus d'entreprise. L'un des défis majeurs de l'industrie moderne consiste à trouver les bons collaborateurs de production et à combler le fossé numérique. Aujourd'hui, les collaborateurs n'ont pas toujours, et de loin, les compétences numériques dont ils auront besoin demain dans leur travail. La Commission européenne préfère dès lors parler d'Industrie 5.0 qu'elle qualifie de prolongement de l'Industrie 4.0, mais où l'aspect humain joue alors un rôle plus central. "

Au-delà de l'effet de mode

Quelle est la situation actuelle sur le plan de l'Industrie 4.0 ?

" Nous constatons qu'aujourd'hui - soit trois à quatre ans après le premier effet de mode majeur - les applications IoT (internet des objets) et l'intelligence artificielle se sont généralisées. Nous le voyons notamment dans les modèles prédictifs pour la maintenance de production et dans le recours aux jumeaux numériques ainsi qu'à la réalité augmentée. Par ailleurs, on remarque que les entreprises belges sont performantes dans la conception de solutions intelligentes, mais ne sont pas particulièrement des early adopters dans l'implémentation de telles solutions. "

De nombreuses applications en matière d'Industrie 4.0 s'appuient sur l'IoT. Comment voyez-vous cette situation évoluer dans le futur ?

" L'IoT devient meilleur marché et plus abordable techniquement. Pourtant, une application IoT peut rester relativement complexe. Ainsi, un environnement de production n'est en général pas homogène. Des machines des années '70 et '80 y côtoient des lignes de production numériques hypermodernes. L'IT et l'OT - la technologie opérationnelle - convergents certes, mais demeurent toujours des disciplines distinctes. Il reste donc certainement encore du chemin à parcourir. "

Frederik De Naeyer, Sector Lead Industry chez Inetum-Realdolmen

Les entreprises ont besoin d'une feuille de route pour déployer à grande échelle l'innovation liée à l'Industrie 4.0.

Changement de paradigme

La connectivité est essentielle pour l'Industrie 4.0. Quel rôle la 5G est-elle appelée à jouer demain ?

" La 5G est un changement de paradigme. Mais la technologie seule ne suffit pas. En effet, il est tout aussi important de développer un état d'esprit de la donnée. La connectivité est en général le point de départ, mais il faut aussi la cognitivité. Mettre l'ensemble des acteurs autour de la table et établir une feuille de route dans le but de générer une plus-value sur le long terme : tel est le véritable défi. Mais une fois que la 5G sera déployée de manière optimale, nous nous attendons à un déferlement de projets autour de l'Industrie 4.0 "

Quels sont selon vous les défis principaux pour inciter davantage d'entreprises à se tourner vers l'Industrie 4.0 ?

" De nombreuses entreprises sont largement concentrées sur leurs opérations IT quotidiennes. Certes, tout le monde croit dans l'avenir de l'Industrie 4.0, mais certaines entreprises ne parviennent tout simplement pas à franchir les premières étapes dans la mesure où elles sont coincées par le travail opérationnel au quotidien. Du coup, elles disposent de trop peu de temps, de personnel et de moyens pour l'innovation stratégique, même si celle-ci est vitale. D'autres entreprises se sont certes lancées dans l'expérimentation, mais ne parviennent pas à démultiplier à grande échelle les résultats engrangés. C'est quelque part entre ces deux extrêmes que se situe l'équilibre idéal, ce qu'Inetum-Realdolmen qualifie de Positive Digital Flow. Nous plaidons pour une approche pas à pas, où une entreprise réinvente ses processus existants au lieu de les remplacer. "

L'importance du changement

Quelles sont les opportunités de l'Industrie 4.0 qui restent aujourd'hui inexploitées ?

" Elles sont très nombreuses. Les entreprises se laissent très souvent aveugler par l'efficience de la production. Dès lors, elles en oublient l'importance du collaborateur dans ce contexte - qu'il s'agisse de l'ouvrier ou de l'employé. L'un des risques majeurs est que ces projets se limitent à un exercice ponctuel. Pour que l'Industrie 4.0 soit un succès, il faut nécessairement englober l'innovation dans un cadre plus vaste. Il faut une feuille de route. Le management doit porter et soutenir cette vision. Dans cette optique, une attention spéciale doit être portée à l'accompagnement des changements induits par l'Industrie 4.0. Les organisations continuent à surestimer souvent la capacité d'acceptation du changement par les collaborateurs. Il s'agit là en pratique d'un défi majeur qui risque de miner très rapidement le ROI d'un projet - sur papier pourtant prometteur. "

" Nous préférons parler de 'smart industry'. Ces dernières années, le concept d'Industrie 4.0 a perdu de son sens. Il ne s'agit plus seulement de technologie pour numériser les processus d'entreprise. L'un des défis majeurs de l'industrie moderne consiste à trouver les bons collaborateurs de production et à combler le fossé numérique. Aujourd'hui, les collaborateurs n'ont pas toujours, et de loin, les compétences numériques dont ils auront besoin demain dans leur travail. La Commission européenne préfère dès lors parler d'Industrie 5.0 qu'elle qualifie de prolongement de l'Industrie 4.0, mais où l'aspect humain joue alors un rôle plus central. "Quelle est la situation actuelle sur le plan de l'Industrie 4.0 ?" Nous constatons qu'aujourd'hui - soit trois à quatre ans après le premier effet de mode majeur - les applications IoT (internet des objets) et l'intelligence artificielle se sont généralisées. Nous le voyons notamment dans les modèles prédictifs pour la maintenance de production et dans le recours aux jumeaux numériques ainsi qu'à la réalité augmentée. Par ailleurs, on remarque que les entreprises belges sont performantes dans la conception de solutions intelligentes, mais ne sont pas particulièrement des early adopters dans l'implémentation de telles solutions. "De nombreuses applications en matière d'Industrie 4.0 s'appuient sur l'IoT. Comment voyez-vous cette situation évoluer dans le futur ?" L'IoT devient meilleur marché et plus abordable techniquement. Pourtant, une application IoT peut rester relativement complexe. Ainsi, un environnement de production n'est en général pas homogène. Des machines des années '70 et '80 y côtoient des lignes de production numériques hypermodernes. L'IT et l'OT - la technologie opérationnelle - convergents certes, mais demeurent toujours des disciplines distinctes. Il reste donc certainement encore du chemin à parcourir. " La connectivité est essentielle pour l'Industrie 4.0. Quel rôle la 5G est-elle appelée à jouer demain ?" La 5G est un changement de paradigme. Mais la technologie seule ne suffit pas. En effet, il est tout aussi important de développer un état d'esprit de la donnée. La connectivité est en général le point de départ, mais il faut aussi la cognitivité. Mettre l'ensemble des acteurs autour de la table et établir une feuille de route dans le but de générer une plus-value sur le long terme : tel est le véritable défi. Mais une fois que la 5G sera déployée de manière optimale, nous nous attendons à un déferlement de projets autour de l'Industrie 4.0 "Quels sont selon vous les défis principaux pour inciter davantage d'entreprises à se tourner vers l'Industrie 4.0 ?" De nombreuses entreprises sont largement concentrées sur leurs opérations IT quotidiennes. Certes, tout le monde croit dans l'avenir de l'Industrie 4.0, mais certaines entreprises ne parviennent tout simplement pas à franchir les premières étapes dans la mesure où elles sont coincées par le travail opérationnel au quotidien. Du coup, elles disposent de trop peu de temps, de personnel et de moyens pour l'innovation stratégique, même si celle-ci est vitale. D'autres entreprises se sont certes lancées dans l'expérimentation, mais ne parviennent pas à démultiplier à grande échelle les résultats engrangés. C'est quelque part entre ces deux extrêmes que se situe l'équilibre idéal, ce qu'Inetum-Realdolmen qualifie de Positive Digital Flow. Nous plaidons pour une approche pas à pas, où une entreprise réinvente ses processus existants au lieu de les remplacer. "Quelles sont les opportunités de l'Industrie 4.0 qui restent aujourd'hui inexploitées ?" Elles sont très nombreuses. Les entreprises se laissent très souvent aveugler par l'efficience de la production. Dès lors, elles en oublient l'importance du collaborateur dans ce contexte - qu'il s'agisse de l'ouvrier ou de l'employé. L'un des risques majeurs est que ces projets se limitent à un exercice ponctuel. Pour que l'Industrie 4.0 soit un succès, il faut nécessairement englober l'innovation dans un cadre plus vaste. Il faut une feuille de route. Le management doit porter et soutenir cette vision. Dans cette optique, une attention spéciale doit être portée à l'accompagnement des changements induits par l'Industrie 4.0. Les organisations continuent à surestimer souvent la capacité d'acceptation du changement par les collaborateurs. Il s'agit là en pratique d'un défi majeur qui risque de miner très rapidement le ROI d'un projet - sur papier pourtant prometteur. "