On n'est pas tous égaux face au coronavirus. La crise que nous traversons a déjà placé plus d'un million de Belges en chômage temporaire. Le télétravail s'est invité sans prévenir dans de nombreux foyers. On parle beaucoup, et à juste titre, du personnel soignant qui se bat sans relâche au chevet des patients. Mais aussi de la fermeture des écoles et de l'élargissement des horaires des magasins d'alimentation. On oublie parfois injustement de citer les éboueurs et chauffeurs de poids lourds. Et puis, confinés dans un recoin de la société, il y a ceux qui poursuivent leur activité, normalement ou presque.

Urban winery

Assignés à résidence par le coronavirus et ne pouvant exercer pleinement leur activité professionnelle principale, Joris (gérant d'une société active dans le gaming) et Katrien Dubois (ingénieure agronome et professeure) ont su saisir l'opportunité qui s'est présentée à eux. Déjà propriétaires du domaine Arbami à Chevron, dans la province de Liège, frère et soeur ont racheté il y a tout juste deux semaines les raisins de la récolte 2020 d'un vignoble laissé à l'abandon à Flémalle, dans la périphérie liégeoise. "En nous offrant du temps, la crise du coronavirus nous a permis de transformer un désavantage en un atout", raconte Joris. Armés de leurs outils qu'ils désinfectent, et dans le strict respect de la distance sociale - le vignoble accueille 4.300 pieds et chaque travailleur occupe une allée qui mesure 100 mètres -, ils viennent de réaliser la taille d'hiver. "Le vignoble est notamment constitué de vignes vieilles de plus de vingt ans, ce qui est exceptionnel. Celles-ci conféreront plus de terroir et de profondeur à notre vin, qui pourra être élevé en barriques. Il était grand temps d'en prendre soin", précise Joris, qui a débuté il y a deux ans des cours de viticulture avec sa soeur.

Katrien Dubois, n/a
Katrien Dubois © n/a

Outre la qualité des raisins, la vinification a toute son importance. Et c'est sous le signe de l'urban winery que Joris et Katrien ont l'intention de procéder, dans leurs propres installations au centre-ville de Liège. Présent à Paris et à Londres, ce concept de chai urbain né aux États-Unis dans les années 2000 en est à ses balbutiements chez nous. "Tant en termes d'assemblages que de matériaux, une urban winery n'est soumise à aucune appellation. Nous allons acheter des raisins bios à de petits vignerons européens pour compléter notre récolte afin d'expérimenter des vins de ville insolites", explique Katrien. Et au papa Marc Dubois de conclure non sans une certaine fierté : "De la vinification à l'étiquetage en passant par l'embouteillage, le processus sera entièrement maîtrisé par nos soins, sous la supervision d'une oenologue française. La récolte aura lieu fin de l'été et la vinification débutera dans la foulée."

Nous allons expérimenter des vins de ville insolites

Du boulanger au facteur, il n'y a qu'un pain

Transformer une période de crise en une occasion de se réinventer, c'est aussi la philosophie que Pierre Hennen a choisi d'adopter. C'est que ce boulanger depuis six générations s'y connaît en matière de défis puisqu'il est allergique au gluten. En pleine crise de coronavirus, il a décidé de livrer ses pains sans gluten par la poste. Un succès qui dépasse ses espérances et une expérience qu'il compte bien poursuivre toute l'année.

Du pain sans gluten de qualité livré par la poste, n/a
Du pain sans gluten de qualité livré par la poste © n/a

"Je testais la livraison par la poste depuis plusieurs mois. La croûte assez épaisse de mes pains cuits sur pierre leur permet de résister au transport. Je n'ai pas de boulangerie fixe. Je fabrique les pains seul dans un atelier que je partage avec un autre artisan, et les livre une fois par semaine à différents points de vente. La livraison par la poste évite à mes clients de devoir sortir de chez eux, de toucher des surfaces éventuellement contaminées et de croiser d'autres personnes", explique le boulanger qui vient d'être reconnu artisan par le SPF Économie. Ainsi les Belges qui ont du mal à trouver du pain sans gluten de qualité ont enfin une solution. "Malheureusement, j'ai dû suspendre les livraisons en France et au Grand-Duché de Luxembourg en raison de la longueur des délais. Je les relancerai dès que les postes française et luxembourgeoise fonctionneront à nouveau normalement." Concrètement, on passe commande en ligne du vendredi au lundi pour profiter d'un système de livraison mis en place via bpost par ce boulanger 2.0. Attention, il n'y en aura pas pour tout le monde !

La croûte épaisse de mes pains leur permet de résister au transport

Familles connectées

C'est en juillet 2018 que aSmartWorld voit le jour dans l'objectif de développer une activité positive pour la société et l'environnement. Parfaitement dans l'air du temps, la jeune entreprise collecte des smartphones et tablettes usagés principalement auprès d'entreprises, qu'elle reconditionne dans son atelier avant de les remettre en circulation. "Il y a 2,7 millions d'abonnements smartphone d'entreprise. Cela représente un potentiel énorme de collecte", explique Geoffroy Van Humbeeck, fondateur de aSmartWorld. "À une époque où les entreprises ont envie de redorer (comprenez : verdir) leur image mais ne savent pas quelles démarches entreprendre dans ce sens sans tomber dans le greenwashing, nous leur offrons une solution simple, concrète et responsable, qui constitue une arme de choix pour se démarquer de la concurrence et séduire des candidats dans la guerre des talents."

Geoffroy Van Humbeeck, fondateur de aSmartWorld, n/a
Geoffroy Van Humbeeck, fondateur de aSmartWorld © n/a

Alors que la quarantaine est imposée aux maisons de repos, aSmartWorld organise via un groupe Facebook une collecte et une distribution de smartphones aux seniors afin de leur permettre de communiquer avec leurs proches. Assurée dans le respect des mesures de sécurité, cette opération n'est pas sans difficulté. Outre la logistique de l'opération, l'obtention de numéros de téléphone dans un contexte où les shops des opérateurs sont fermés n'est pas une sinécure. Il s'agit aussi de se procurer des smartphones en quantité suffisante face à une demande grandissante. Geoffroy Van Humbeeck : "Par l'intermédiaire d'Olivier Vergeynst de Green IT Belgium, la Croix-Rouge de Belgique nous a fait un don de 55 tablettes d'occasion et BNP Paribas Asset Management vient de nous offrir 120 anciens smartphones. Dans le cadre de cette opération, c'est Bleustein qui se charge de notre communication. On n'arrive pas à réaliser ce genre d'action tout seul."

Il y a 2,7 millions d'abonnements smartphone d'entreprise

#strongertogether

Contraint de stopper ses activités depuis le 14 mars, le secteur de l'Horeca est touché de plein fouet par la crise sanitaire. Mais il aura fallu moins de deux semaines aux équipes du Grand Café de la Gare, situé à l'entrée de la gare de Liège-Guillemins, pour rempiler et se réinventer. Rejoints par des bénévoles, les membres du personnel ont renfilé, sur une base volontaire, toques et tabliers dans le cadre d'une vaste opération de solidarité qui durera jusqu'à la fin du confinement et la réouverture du restaurant.

Chaque jour, plusieurs centaines de repas sont ainsi préparés et fournis gracieusement à des personnes précarisées, avec toutes les précautions de sécurité et d'hygiène recommandées, notamment les mesures de distance sociale. De véritables partenariats sont nés avec les fournisseurs, et des actions spécifiques avec des chefs étoilés pourraient également voir le jour.

"La crise du coronavirus complique énormément le travail des associations qui doivent fonctionner avec un personnel réduit, tout en étant confrontées à de nouvelles demandes et des problèmes inédits", explique Stephan Uhoda, propriétaire du Groupe Uhoda et concessionnaire du Grand Café de la Gare.

Un montant de 200.000 euros en numéraire a été versé par le Groupe sur un compte spécialement créé à cette occasion. Un budget qui augmente déjà grâce à des donations d'entreprises et de particuliers. À la fin de l'opération, le solde de ce compte sera clôturé et reversé intégralement, pour moitié à une oeuvre venant en aide aux personnes défavorisées et pour l'autre moitié à un fonds de recherche médicale.

"La journée commence à 9 heures et se termine à 15 heures. Le moral des troupes est bon. Une fois dans les cuisines, on oublie un peu ce qui se passe en dehors. Je ne vais pas dire qu'on s'amuse, mais l'ambiance est très bonne", souligne Pierre Stassart, responsable du Grand Café de la Gare.

Le Grand Café de la Gare rempile et se réinvente., Paul K.
Le Grand Café de la Gare rempile et se réinvente. © Paul K.

En tant que particulier ou entreprise, vous pouvez dès à présent faire un don pour cette opération de solidarité menée en faveur des plus démunis. Il vous suffit d'effectuer un versement sur le compte du CPAS de Liège BE94 0910 2227 9414. Vous recevrez alors une attestation qui vous permettra de bénéficier de la déduction fiscale. Concrètement, les associations qui souhaitent passer une commande de repas sont invitées à envoyer un e-mail à solidarite@grandcafedelagare.be. Enfin, tous les jours ou presque, une capsule vidéo concernant cette action sera postée sur la page Facebook et le site web du restaurant. Elle mettra en scène un acteur ou un bénéficiaire de l'opération, ou encore une personnalité liégeoise cliente du Grand Café de la Gare.

On n'est pas tous égaux face au coronavirus. La crise que nous traversons a déjà placé plus d'un million de Belges en chômage temporaire. Le télétravail s'est invité sans prévenir dans de nombreux foyers. On parle beaucoup, et à juste titre, du personnel soignant qui se bat sans relâche au chevet des patients. Mais aussi de la fermeture des écoles et de l'élargissement des horaires des magasins d'alimentation. On oublie parfois injustement de citer les éboueurs et chauffeurs de poids lourds. Et puis, confinés dans un recoin de la société, il y a ceux qui poursuivent leur activité, normalement ou presque.Urban wineryAssignés à résidence par le coronavirus et ne pouvant exercer pleinement leur activité professionnelle principale, Joris (gérant d'une société active dans le gaming) et Katrien Dubois (ingénieure agronome et professeure) ont su saisir l'opportunité qui s'est présentée à eux. Déjà propriétaires du domaine Arbami à Chevron, dans la province de Liège, frère et soeur ont racheté il y a tout juste deux semaines les raisins de la récolte 2020 d'un vignoble laissé à l'abandon à Flémalle, dans la périphérie liégeoise. "En nous offrant du temps, la crise du coronavirus nous a permis de transformer un désavantage en un atout", raconte Joris. Armés de leurs outils qu'ils désinfectent, et dans le strict respect de la distance sociale - le vignoble accueille 4.300 pieds et chaque travailleur occupe une allée qui mesure 100 mètres -, ils viennent de réaliser la taille d'hiver. "Le vignoble est notamment constitué de vignes vieilles de plus de vingt ans, ce qui est exceptionnel. Celles-ci conféreront plus de terroir et de profondeur à notre vin, qui pourra être élevé en barriques. Il était grand temps d'en prendre soin", précise Joris, qui a débuté il y a deux ans des cours de viticulture avec sa soeur. Outre la qualité des raisins, la vinification a toute son importance. Et c'est sous le signe de l'urban winery que Joris et Katrien ont l'intention de procéder, dans leurs propres installations au centre-ville de Liège. Présent à Paris et à Londres, ce concept de chai urbain né aux États-Unis dans les années 2000 en est à ses balbutiements chez nous. "Tant en termes d'assemblages que de matériaux, une urban winery n'est soumise à aucune appellation. Nous allons acheter des raisins bios à de petits vignerons européens pour compléter notre récolte afin d'expérimenter des vins de ville insolites", explique Katrien. Et au papa Marc Dubois de conclure non sans une certaine fierté : "De la vinification à l'étiquetage en passant par l'embouteillage, le processus sera entièrement maîtrisé par nos soins, sous la supervision d'une oenologue française. La récolte aura lieu fin de l'été et la vinification débutera dans la foulée."Du boulanger au facteur, il n'y a qu'un painTransformer une période de crise en une occasion de se réinventer, c'est aussi la philosophie que Pierre Hennen a choisi d'adopter. C'est que ce boulanger depuis six générations s'y connaît en matière de défis puisqu'il est allergique au gluten. En pleine crise de coronavirus, il a décidé de livrer ses pains sans gluten par la poste. Un succès qui dépasse ses espérances et une expérience qu'il compte bien poursuivre toute l'année."Je testais la livraison par la poste depuis plusieurs mois. La croûte assez épaisse de mes pains cuits sur pierre leur permet de résister au transport. Je n'ai pas de boulangerie fixe. Je fabrique les pains seul dans un atelier que je partage avec un autre artisan, et les livre une fois par semaine à différents points de vente. La livraison par la poste évite à mes clients de devoir sortir de chez eux, de toucher des surfaces éventuellement contaminées et de croiser d'autres personnes", explique le boulanger qui vient d'être reconnu artisan par le SPF Économie. Ainsi les Belges qui ont du mal à trouver du pain sans gluten de qualité ont enfin une solution. "Malheureusement, j'ai dû suspendre les livraisons en France et au Grand-Duché de Luxembourg en raison de la longueur des délais. Je les relancerai dès que les postes française et luxembourgeoise fonctionneront à nouveau normalement." Concrètement, on passe commande en ligne du vendredi au lundi pour profiter d'un système de livraison mis en place via bpost par ce boulanger 2.0. Attention, il n'y en aura pas pour tout le monde !Familles connectéesC'est en juillet 2018 que aSmartWorld voit le jour dans l'objectif de développer une activité positive pour la société et l'environnement. Parfaitement dans l'air du temps, la jeune entreprise collecte des smartphones et tablettes usagés principalement auprès d'entreprises, qu'elle reconditionne dans son atelier avant de les remettre en circulation. "Il y a 2,7 millions d'abonnements smartphone d'entreprise. Cela représente un potentiel énorme de collecte", explique Geoffroy Van Humbeeck, fondateur de aSmartWorld. "À une époque où les entreprises ont envie de redorer (comprenez : verdir) leur image mais ne savent pas quelles démarches entreprendre dans ce sens sans tomber dans le greenwashing, nous leur offrons une solution simple, concrète et responsable, qui constitue une arme de choix pour se démarquer de la concurrence et séduire des candidats dans la guerre des talents." Alors que la quarantaine est imposée aux maisons de repos, aSmartWorld organise via un groupe Facebook une collecte et une distribution de smartphones aux seniors afin de leur permettre de communiquer avec leurs proches. Assurée dans le respect des mesures de sécurité, cette opération n'est pas sans difficulté. Outre la logistique de l'opération, l'obtention de numéros de téléphone dans un contexte où les shops des opérateurs sont fermés n'est pas une sinécure. Il s'agit aussi de se procurer des smartphones en quantité suffisante face à une demande grandissante. Geoffroy Van Humbeeck : "Par l'intermédiaire d'Olivier Vergeynst de Green IT Belgium, la Croix-Rouge de Belgique nous a fait un don de 55 tablettes d'occasion et BNP Paribas Asset Management vient de nous offrir 120 anciens smartphones. Dans le cadre de cette opération, c'est Bleustein qui se charge de notre communication. On n'arrive pas à réaliser ce genre d'action tout seul."