Depuis le début du confinement, en mars dernier, nous n'avons jamais bénéficié de la plénitude de nos libertés. Même en juillet dernier, lorsqu'on espérait pouvoir oublier le cauchemar du Covid, il subsistait des contraintes importantes, incompatibles avec la liberté de réunion et celle de circuler, notamment à l'étranger. Il ne faudrait pas que nous nous habituions à cette espèce de "dictature sanitaire", en subissant sans broncher des contrôles, des couvre-feux, et des interdictions multiples.
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Depuis le début du confinement, en mars dernier, nous n'avons jamais bénéficié de la plénitude de nos libertés. Même en juillet dernier, lorsqu'on espérait pouvoir oublier le cauchemar du Covid, il subsistait des contraintes importantes, incompatibles avec la liberté de réunion et celle de circuler, notamment à l'étranger. Il ne faudrait pas que nous nous habituions à cette espèce de "dictature sanitaire", en subissant sans broncher des contrôles, des couvre-feux, et des interdictions multiples. Une récente déclaration de la ministre de l'Intérieur, Annelies Verlinden, a pourtant fait peur. Elle a froidement annoncé qu'à Noël, des policiers pourraient venir sonner aux portes pour vérifier le respect des "bulles" qui nous sont imposées. Sans doute la déclaration est-elle surtout maladroite, parce qu'elle ne dit rien de neuf: rien n'empêche, jamais, un policier de sonner à votre porte. A vous de décider si vous ouvrez ou non. La ministre a d'ailleurs déclaré que les policiers ne pouvaient pas entrer chez vous sans votre consentement, ce qui est presque exact (en réalité, ils le peuvent en cas d'appel depuis la maison ou de flagrant délit). Ce qui choque,ce n'est pas le contenu de la déclaration mais la volonté de faire peur, d'annoncer à la population, déjà infantilisée par nombre de politiciens et d'experts officiels, que même lors de fêtes familiales sacrées, ils seront sous la surveillance de la police. Beaucoup plus inquiétante est la nouvelle qui nous vient de France. Le président Macron, dont les tendances autocratiques sont de plus en plus évidentes, a fait voter à l'Assemblée nationale une disposition légale interdisant de filmer des policiers en action. Même s'il y a des exceptions au profit des journalistes, cette mesure est particulièrement dangereuse. Nos policiers sont certes habituellement respectueux du droit mais, comme dans tout métier, des dérives, des "bavures", sont possibles. Et la loi, en cas de doute, leur donne habituellement raison, tandis que des juges ont le plus souvent tendance à les croire. Si quelqu'un veut se plaindre d'un acte illégal commis par un policier, il est le plus souvent dépourvu de preuve. De ce point de vue, des photos, des enregistrements ou un film peuvent faire toute la différence pour que ce ne soit pas perpétuellement la lutte du pot de fer policier contre le pot de terre citoyen. Si, d'aventure, une scène effroyable comme celle du meurtre de sang froid du noir américain George Floyd par un policier devait survenir en France, personne n'en saurait jamais rien, sauf peut-être si par hasard un journaliste passait par là. Lorsque les preuves sont impossibles à produire, c'est un grand pas vers l'impunité et la répétition des dérives. On peut comprendre que les policiers n'apprécient pas de se retrouver ensuite sur les réseaux sociaux dans le cadre de vidéos parfois tronquées. Mais c'est là un autre problème: aujourd'hui, la loi permet de filmer, mais non de publier. C'est là une protection qui paraît amplement suffisante pour protéger le droit à la "vie privée" des policiers, encore que la notion de vie privée puisse se discuter dans le cas de personnes investies de la force publique, dans le cadre de leurs activités. Tout cela fait penser à cette règle qui, hélas, paraît constante: en cas de crise, les Etats en profitent toujours pour accroître leurs prérogatives et réduire les droits des citoyens et, après la crise, ne restituent jamais qu'une partie de ce qu'ils ont pris.