"Je vous préviens: ma vie est un conte de fées!" C'est par ces quelques mots enchanteurs que Sandrine Roustan débute la conversation en cette après-midi d'avril. La nouvelle directrice du Pôle Contenus de la RTBF a pris ses fonctions juste avant les vacances de Pâques et contemple Bruxelles depuis ce vaste bureau qu'elle occupe désormais au huitième étage du paquebot Reyers.
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"Je vous préviens: ma vie est un conte de fées!" C'est par ces quelques mots enchanteurs que Sandrine Roustan débute la conversation en cette après-midi d'avril. La nouvelle directrice du Pôle Contenus de la RTBF a pris ses fonctions juste avant les vacances de Pâques et contemple Bruxelles depuis ce vaste bureau qu'elle occupe désormais au huitième étage du paquebot Reyers. A ses pieds, le futur siège de l'entreprise publique - inauguration prévue en 2024 - se construit doucement et la Française de 51 ans ose la métaphore pour résumer les défis qui l'attendent: "Le nouveau Media Square prend forme sous mes yeux, lâche Sandrine Roustan. Dans cet écosystème de média global que la RTBF a déjà lancé, il va falloir aller plus loin encore et imaginer de nouvelles formules en termes de contenus. C'est mon rôle aujourd'hui et je me retrouve un peu comme dans un mall qui est en train de se construire. Il va falloir installer les rayons et surtout les remplir." Sandrine Roustan est une enfant de la télé. C'est d'ailleurs elle qui a imaginé, avec le réalisateur Michel Royer, le concept de cette émission culte lancée en 1994 et dédiée aux archives télévisuelles (Les Enfants de la télé, présentée par Arthur et Pierre Tchernia). Si la nouvelle directrice du Pôle Contenus de la RTBF n'a physiquement rien en commun avec Obélix, elle avoue toutefois être "tombée dans la marmite de la télé" quand elle était petite, ce qui a déterminé ses choix de carrière professionnelle. Nous sommes dans les années 1970. Sandrine Roustan grandit entre une maman femme de ménage et un papa médecin qui se sont rencontrés à l'hôpital où ils travaillent à Cannes. "Un vrai conte de fées!", rappelle-t-elle avec le sourire. Comme les parents sont très occupés, la fillette passe ses journées chez sa grand-mère, le plus souvent devant la télé. "Je m'ennuyais beaucoup, alors je regardais toutes les émissions et je les répertoriais sur des fiches de visionnage que je classais dans une grande boîte en aluminium avec des intercalaires, se souvient Sandrine Roustan. A l'époque, je rêvais d'être speakerine car elles étaient les seules personnes que j'écoutais. Quand l'une d'elles me disait qu'il était temps d'aller se coucher, j'obéissais immédiatement." Envoûtée par la petite lucarne, la jeune fille grandit avec l'envie persistante de faire de la télé. Bonne élève, elle décroche son bac, puis un DESS (diplôme d'études supérieures spécialisées) en Droit et Administration de la communication audiovisuelle à l'université Panthéon-Sorbonne de Paris en 1992. Elle a 23 ans à peine et débute d'emblée sa carrière chez Canal+. Durant ses études, Sandrine Roustan a en effet conçu une émission de radio sur les coulisses de la télévision et lorsqu'elle croise Alain De Greef, directeur des programmes de cette chaîne à péage sur le campus de son université, elle lui souffle l'idée de développer le même concept en télé. Durant cinq ans, la jeune femme travaille "dans les pattes de Michel Denisot" ( sic) qui est alors aux commandes de Télés Dimanche, une émission sur l'actualité des médias, inédite dans le paysage audiovisuel français. "Travailler avec lui? Un vrai conte de fées", insiste-t-elle. Documentaliste, scripte, monteuse, journaliste... Sandrine Roustan cumule les fonctions et se plonge régulièrement dans les archives de l'Institut national de l'audiovisuel (INA) pour nourrir les reportages de l'émission. Le destin fait son chemin: c'est au coeur de ces explorations à répétition qu'elle retrouvera ses speakerines pour un documentaire fouillé et que jaillira l'idée des Enfants de la télé, première émission française à parcourir l'histoire du petit écran. La carrière de Sandrine Roustan est lancée. En 1997, elle rejoint la chaîne M6 et travaille comme rédactrice en chef, puis adjointe au directeur des magazines, dans un groupe audiovisuel en pleine expansion. Thomas Valentin, directeur des programmes de la chaîne privée, a une influence considérable sur elle: "Il m'a appris la gestion des budgets, la rationalisation, l'organisation du travail, etc. Il m'a beaucoup marquée." Deux enfants plus tard, la jeune mère décide de quitter M6 en 2003 pour rejoindre la société de production Endemol France comme productrice des divertissements du groupe (excepté les émissions de téléréalité). Le rythme s'accélère - plus de 140 programmes à gérer - et la pression augmente. "Cela a été un rouleau compresseur, confie-t-elle. Je travaillais énormément et j'avais même un lit sur place. A un moment donné, j'ai fini par dire stop pour retrouver une vie de famille." Nous sommes en 2007. Sandrine Roustan lance alors sa propre maison de production et adopte un rythme "plus cool" (sic). Dénommée La Prod d'en face, sa société se spécialise dans la fiction avec une série télévisée de format court (26'), Mademoiselle, mais la sauce ne prend pas. La patronne jette l'éponge et rejoint, en 2010, le groupe France Télévisions. Pendant quatre ans, la jeune quadra s'imprègne de la télévision de service public, d'abord au sein de la filiale de production interne du groupe (MultiMedia France Productions), puis comme directrice des programmes de France 4, la chaîne dédiée aux jeunes adultes, avant d'en devenir la directrice d'antenne. "Je me suis révélée dans le 'public', tant sur le plan personnel que professionnel, constate Sandrine Roustan. Cela m'a appris à être plus calme et à mettre ma passion de côté pour gérer les contraintes et faire des compromis par rapport aux missions et aux obligations de service public." La directrice d'antenne aurait pu continuer dans cette voie mais à la fin de l'année 2013, tout s'arrête brusquement. Sandrine Roustan est victime d'un grave accident de moto et le conte de fées bascule dans l'horreur. "J'ai été coupée en deux et j'ai cru ne jamais récupérer mon bras ni mon épaule, lâche-t-elle stoïquement. Je suis restée six mois alitée et handicapée." Les opérations chirurgicales se succèdent, une longue rééducation s'installe et France 4 n'est déjà plus qu'un lointain souvenir. Epargnée par la mort, Sandrine Roustan voit dans cet accident le signe qu'il est peut-être temps de changer de vie. Elle décide alors de suivre son mari qui évolue dans le monde des salons professionnels et qui vient de recevoir une proposition "irrefusable" en Chine. En juin 2014, la Française débarque à Shanghai avec la ferme intention de ne rien faire, si ce n'est de s'occuper de sa famille qu'elle a un peu négligée durant toutes ces années. Elle se pose, côtoie le monde des expatriés, mais découvre surtout un pays étonnant. "J'ai été très agréablement surprise car nous, Européens, sommes surtout informés sur les mauvais côtés de la Chine, regrette-t-elle. Or, je pense que nous gagnerions beaucoup à expliquer davantage ce qui va bien là-bas et ce dont on pourrait s'inspirer. Par exemple, la télévision. Je suis d'ailleurs persuadée que l'économie d'un pays, son dynamisme, son optimisme ou son pessimisme passent aujourd'hui par l'écran de télé. En Chine, ça vous pète à la figure! Ils ont 10 ans d'avance. C'est bien simple: là-bas, j'étais Alice au Pays des Télémerveilles!" Dans ce pays de 1,4 milliard d'habitants où règnent 50 groupes de médias globaux et plus de 1.700 chaînes de télévision, l'expat ne sait plus où donner de la tête. Fascinée, elle repart au combat professionnel et décroche quelques mois plus tard un poste au sein de Shanghai Media Group, la deuxième plus grande entreprise média du pays. Elle se voit confier la stratégie d'exportation de programmes chinois à l'international et participe à la création d'une plateforme de référencement, de promotion et de distribution de tous types de contenus. "En Chine, on ne parle plus de chaînes de télévision parce qu'elles sont toutes devenues des médias intégrés, explique Sandrine Roustan. Tous ces acteurs médias font aujourd'hui de la radio, de la télé, du web, des articles, des applis, des podcasts, des messageries intégrées, du gaming, de l' e-learning et même de l'e-commerce. En termes d'interactivité, il n'y a rien de comparable avec ce que l'on trouve aujourd'hui en Europe, ni même aux Etats-Unis." En 2020, le coronavirus vient toutefois plomber le conte de fées. Sandrine "au Pays des Télémerveilles" revient en Europe durant l'été pour revoir sa famille, mais aussi pour présenter sa candidature à la présidence de France Télévisions. Atypique, son profil est retenu par le Conseil supérieur de l'audiovisuel dans une short list de huit candidats parmi lesquels figure également Jean-Paul Philippot, l'administrateur général de la RTBF. La présidente sortante Delphine Ernotte sera finalement reconduite par le CSA, mais le C.V. de Sandrine Roustan et sa vision stratégique pour France Télévisions ont tapé dans l'oeil de quelques décideurs au boulevard Reyers. Retournée en Chine pour poursuivre cette fois une mission à Hong Kong, la Française est alors contactée par un chasseur de têtes pour se voir proposer le poste de directrice du Pôle Contenus de la RTBF. "A Shanghai Media Group, j'étais la seule 'long nez' - c'est le surnom des Blancs là-bas - et cela commençait à devenir étouffant, confesse Sandrine Roustan. La langue française me manquait énormément et j'avais de plus en plus envie de revenir en Europe. Pour moi, c'est donc un bonheur d'avoir obtenu ce poste en Belgique, d'autant plus que j'avais épinglé, dans ma présentation pour France Télévisions, le modèle disruptif de la RTBF qui est largement en avance sur le service public français. Je suis donc très heureuse de travailler à présent pour un groupe qui est l'un des plus armés en Europe sur le thème du digital." Fraîchement installée à Bruxelles, Sandrine Roustan n'entend pas dévoiler trop vite ses projets pour la RTBF, mais dans le nouveau modèle d'organisation de l'entreprise publique - un pôle Médias et un pôle Contenus structurés autour de quatre publics - elle concède néanmoins à donner quelques pistes. "Il est clair que mon expérience en Chine va être une source d'inspiration et que je vais faire en sorte qu'il y ait un écosystème vertueux entre le digital et le linéaire, conclut la nouvelle employée de la RTBF qui dispose d'un mandat de six ans. Mon objectif est de trouver de nouvelles formules en amenant un peu plus de genres hybrides en termes de contenus, qu'il s'agisse de docufictions, de réalité virtuelle, de réalité augmentée, de gaming, d'interactions avec le public ou de partenariats avec des plateformes comme Twitch ou TikTok. J'ai bien conscience que je débarque un peu comme une étrangère, mais mon principal souci est d'arriver d'abord à m'intégrer dans cette famille qui m'a l'air solide et qui bénéficie d'une fameuse expertise." Le conte semble donc se poursuivre. Oserions-nous RTBF comme Fées?