"Nous sommes dans une phase de survie de l'activité économique". Le CEO de l'Union wallonne des entreprises, Olivier de Wasseige, n'avait jamais eu un baromètre aussi catastrophique devant les yeux. La quasi-totalité des employeurs et des indépendants sont impactés négativement par le Coronavirus, 73% des entreprises et 87% des indépendants ont des problèmes de trésorerie et 42% des entreprises (57% chez les indépendants) signalent déjà un risque de solvabilité. 12% voient la faillite se profiler et cette proportion grimpe jusqu'à 35% si le confinement devait se prolonger au-delà de trois mois.

Certaines sont à l'arrêt, d'autres tournent au ralenti par manque de pièces ou de matières premières, d'autres encore ne trouvent plus de clients car les consommateurs n'ont pas plus confiance (un million de Belges devraient dépendre du chômage économique) et que, la crise était mondiale, les débouchés à l'export se réduisent "dans des proportions jamais vues", précise Pierre Elias, économiste à l'UWE. Résultat : la croissance PIB, qui oscillait entre 1 et 2% ces dernières années, devrait chuter jusqu'à -5% dans les scénarios les plus pessimistes, esquissés par l'UWE.

La fédération patronale salue les efforts entrepris par les différents niveaux de pouvoir, ainsi que le secteur financier, pour aider les entreprises à traverser cette période très délicate. La situation serait particulièrement tendue pour les indépendants (pour l'occasion, inclus dans le baromètre conjoncturel). "La Wallonie a débloqué des aides forfaitaires pour une série d'établissements, commente Christophe Wambersie, secrétaire général du Syndicat neutre des indépendants. Elles sont réservées certaines activités, qui représentent 30% du tissu indépendant en Wallonie. Qu'adviendra-t-il de tous les autres, qui sont souvent touchés par ricochet ?"

En dépit de cette situation très alarmante, les économistes de l'Union wallonne des entreprises essaient de regarder le verre à moitié plein. Ils notent ainsi avec satisfaction qu'une part significative des chefs d'entreprise assure maintenir leurs projets d'investissement (31%) et leurs programmes de R&D (47%). "C'est essentiel pour profiter au maximum de la future reprise et pour rapatrier certaines chaînes de valeur en Europe", commente Pierre Elias. Ce volontariste est louable mais il ne faudrait pas oublier le verre à moitié vide et le fait qu'une majorité des entreprises remettent en question, au moins temporairement, leurs projets d'investissement. Pierre Elias insiste cependant sur le fait que la chute est ici nettement moins prononcée que lors de la crise de 2008. D'une part parce que les entreprises sont sans doute financièrement plus saines ; d'autre part, parce qu'elles ont "appris des erreurs du passé". "Le maintien des investissements est la meilleure manière de s'assurer de retrouver de la prospérité demain, dit-il. Tout le monde a pu voir que l'austérité imposée lors de la crise précédente n'a pas porté ses fruits."

Investir et vouloir innover, c'est bien. Encore faut-il ne pas se tromper de direction. Olivier de Wasseige attend un plan de relance d'une ampleur "exceptionnelle" et qui serait, précise-t-il, "articulé autour de la triple transition" (économique, sociale et écologique). Ce plan devrait aider la région et plus largement l'Europe à réduire sa dépendance envers des fournisseurs très éloignés. "Une entreprise comme Coexpair (matériaux composites pour l'aviation) a montré que l'innovation permettait de rivaliser avec des pays à bas salaires, rappelle le CEO de l'UWE. Depuis le début de la crise, des acteurs, qui dépendaient de fournisseurs étrangers, ont trouvé des solutions en Wallonie. Cette semaine, Univercells et Deltrian ont annoncé qu'ils planchaient, avec l'appui du gouvernement wallon, sur la possibilité de réinstaller à long terme des unités de production de masques chirurgicaux en Wallonie. "Une grande solidarité se manifeste à travers le pays, dit Jacques Crahay, président de l'UWE et CEO de Cosucra. C'est très encourageant et c'est l'occasion de construire de nouvelles solidarités. A l'UWE, nous travaillons à la planification de la reprise des activités, aux stratégies à suivre. C'est l'une des missions de notre organisation."

Quelles autres filières industrielles pourraient demain être rapatriées en Belgique ou en Europe ? "Il est un peu tôt pour le dire, répond Olivier de Wasseige. Mais nous oeuvrons à leur identification. Toutes les activités sous-traitées ne peuvent pas sans doute pas être rapatriées mais, dans ce cas, il faut envisager la constitution de stocks stratégiques." Il invite aussi les autorités à rester vigilants envers les possibilités de prise de contrôle de certaines sociétés dont la capitalisation boursière a été fragilisée ces derniers temps.

"Travailler ce n'est pas être incivique"

La crise risque d'être dramatique sur le front de l'emploi : 37% des employeurs envisagent de réduire leurs effectifs dans les prochains mois. Ceux qui croient pouvoir préserver l'emploi, voire en créer (11%) risquent cependant de se heurter aux réticences sanitaires, compréhensibles, du personnel. "Il faudra convaincre les travailleurs qu'ils peuvent revenir en toute sécurité, insiste Jacques Crahay. Cela signifie un approvisionnement en masques et une capacité d'analyse suffisante pour déterminer les gens immunisés et ceux qui sont contaminés." Le télétravail n'est pas possible pour toutes les fonctions et, pour les autres, les règles de distanciation sociale impliquent de changer certaines habitudes.

"Les règles sanitaires sont évidemment la priorité, reprend Olivier de Wasseige. Mais il est aussi vital s'assurer un minimum d'activité économique. Pour approvisionner les magasins alimentaires, il est nécessaire d'avoir derrière toute une chaîne d'activités qui travaille. Je ne comprends pas que des personnes soient arrêtées par la police alors qu'elles se rendent dans leur entreprise sur un parc d'activités économiques. Ceux qui travaillent ne sont pas des inciviques. C'est nécessaire pour l'approvisionnement aujourd'hui, pour toute une série de services mais aussi pour la survie à terme de notre économie." Il rappelle que le Forem et les sociétés d'interim ont mis en place des procédures accélérées pour fournir la main d'oeuvre aux entreprises en sous-effectifs, pour des raisons de santé ou de soucis de garde d'enfants d'une partie de leur personnel.

"Nous sommes dans une phase de survie de l'activité économique". Le CEO de l'Union wallonne des entreprises, Olivier de Wasseige, n'avait jamais eu un baromètre aussi catastrophique devant les yeux. La quasi-totalité des employeurs et des indépendants sont impactés négativement par le Coronavirus, 73% des entreprises et 87% des indépendants ont des problèmes de trésorerie et 42% des entreprises (57% chez les indépendants) signalent déjà un risque de solvabilité. 12% voient la faillite se profiler et cette proportion grimpe jusqu'à 35% si le confinement devait se prolonger au-delà de trois mois.Certaines sont à l'arrêt, d'autres tournent au ralenti par manque de pièces ou de matières premières, d'autres encore ne trouvent plus de clients car les consommateurs n'ont pas plus confiance (un million de Belges devraient dépendre du chômage économique) et que, la crise était mondiale, les débouchés à l'export se réduisent "dans des proportions jamais vues", précise Pierre Elias, économiste à l'UWE. Résultat : la croissance PIB, qui oscillait entre 1 et 2% ces dernières années, devrait chuter jusqu'à -5% dans les scénarios les plus pessimistes, esquissés par l'UWE.La fédération patronale salue les efforts entrepris par les différents niveaux de pouvoir, ainsi que le secteur financier, pour aider les entreprises à traverser cette période très délicate. La situation serait particulièrement tendue pour les indépendants (pour l'occasion, inclus dans le baromètre conjoncturel). "La Wallonie a débloqué des aides forfaitaires pour une série d'établissements, commente Christophe Wambersie, secrétaire général du Syndicat neutre des indépendants. Elles sont réservées certaines activités, qui représentent 30% du tissu indépendant en Wallonie. Qu'adviendra-t-il de tous les autres, qui sont souvent touchés par ricochet ?"En dépit de cette situation très alarmante, les économistes de l'Union wallonne des entreprises essaient de regarder le verre à moitié plein. Ils notent ainsi avec satisfaction qu'une part significative des chefs d'entreprise assure maintenir leurs projets d'investissement (31%) et leurs programmes de R&D (47%). "C'est essentiel pour profiter au maximum de la future reprise et pour rapatrier certaines chaînes de valeur en Europe", commente Pierre Elias. Ce volontariste est louable mais il ne faudrait pas oublier le verre à moitié vide et le fait qu'une majorité des entreprises remettent en question, au moins temporairement, leurs projets d'investissement. Pierre Elias insiste cependant sur le fait que la chute est ici nettement moins prononcée que lors de la crise de 2008. D'une part parce que les entreprises sont sans doute financièrement plus saines ; d'autre part, parce qu'elles ont "appris des erreurs du passé". "Le maintien des investissements est la meilleure manière de s'assurer de retrouver de la prospérité demain, dit-il. Tout le monde a pu voir que l'austérité imposée lors de la crise précédente n'a pas porté ses fruits."Investir et vouloir innover, c'est bien. Encore faut-il ne pas se tromper de direction. Olivier de Wasseige attend un plan de relance d'une ampleur "exceptionnelle" et qui serait, précise-t-il, "articulé autour de la triple transition" (économique, sociale et écologique). Ce plan devrait aider la région et plus largement l'Europe à réduire sa dépendance envers des fournisseurs très éloignés. "Une entreprise comme Coexpair (matériaux composites pour l'aviation) a montré que l'innovation permettait de rivaliser avec des pays à bas salaires, rappelle le CEO de l'UWE. Depuis le début de la crise, des acteurs, qui dépendaient de fournisseurs étrangers, ont trouvé des solutions en Wallonie. Cette semaine, Univercells et Deltrian ont annoncé qu'ils planchaient, avec l'appui du gouvernement wallon, sur la possibilité de réinstaller à long terme des unités de production de masques chirurgicaux en Wallonie. "Une grande solidarité se manifeste à travers le pays, dit Jacques Crahay, président de l'UWE et CEO de Cosucra. C'est très encourageant et c'est l'occasion de construire de nouvelles solidarités. A l'UWE, nous travaillons à la planification de la reprise des activités, aux stratégies à suivre. C'est l'une des missions de notre organisation." Quelles autres filières industrielles pourraient demain être rapatriées en Belgique ou en Europe ? "Il est un peu tôt pour le dire, répond Olivier de Wasseige. Mais nous oeuvrons à leur identification. Toutes les activités sous-traitées ne peuvent pas sans doute pas être rapatriées mais, dans ce cas, il faut envisager la constitution de stocks stratégiques." Il invite aussi les autorités à rester vigilants envers les possibilités de prise de contrôle de certaines sociétés dont la capitalisation boursière a été fragilisée ces derniers temps.