On a pas mal glosé sur les budgets wallons et bruxellois, sur la rareté des chiffres dans les accords de gouvernement et sur le report de l'équilibre budgétaire à 2024. Mais on n'a pas dit grand-chose de la Fédération Wallonie-Bruxelles, dont les nouveaux ministres ont prêté serment ce mardi. Le volet budgétaire de l'accord de gouvernement y est pourtant particulièrement éloquent : c'est simple, il n'existe pas. Pas une ligne, pas un paragraphe, pas un chapitre. Rien. Les projections du Bureau du plan annoncent pourtant un déficit de 462 millions d'euros à l'horizon 2024, soit le plus gros déficit à politique inchangée parmi toutes les entités fédérées du pays. Et on fait comme si on ne l'avait pas vu. Ou, peut-être, les négociateurs ont-ils simplement eu la sagesse de ne pas coucher sur papier un objectif budgétaire qu'ils savaient inatteignable...

Le budget 2019 de la FWB affichait un déficit de 364 millions, ramené à 29 millions grâce aux diverses corrections SEC (comptabilité européenne), en particulier l'immunisation des dépenses liées au Pacte d'excellence, considérées ici comme un investissement pour l'avenir. Le retour à l'équilibre était prévu pour 2023, toujours en immunisant le Pacte d'excellence (280 millions en 2023). C'était déjà un décalage par rapport aux trajectoires recommandées par le Conseil supérieur des Finances, qui indiquaient un objectif d'équilibre en 2021. Et maintenant, on laisse donc supposer qu'on n'y arrivera pas au cours de la législature. Inquiétant.

Les projections de l'Université de Namur sont encore plus alarmantes pour la Fédération. Elles pointent notamment une forte croissance de la dette brute de l'institution (+43% sur la législature pour la dette brute consolidée), qui frôlerait les 12 milliards en 2024 et dépasserait ainsi, pour la première fois, le total des recettes de la FWB. Quand on vous disait que c'était inquiétant...

Rectifier le tir, c'est très compliqué pour un exécutif qui ne dispose d'aucun pouvoir fiscal et doit vivre des dotations d'autres entités. En outre, l'essentiel des dépenses profite à l'enseignement, un domaine jugé, à juste titre, prioritaire au sud du pays. Comment sortir de cette quadrature du cercle ? Peut-être par un refinancement... Après tout, ce ne serait pas la première fois que les finances communautaires serviraient de monnaie d'échange pour une réforme de l'Etat.