Vous voulez déjà un scoop sur les négociations gouvernementales ? Eh bien, on peut déjà vous confier que, quels que soient les résultats qui sortent des urnes le 26 mai, personne ne parlera de la taxation de la viande autour d'une table de négociation fédérale ou régionale. Ou alors juste en clin d'oeil aux libéraux et aux écologistes, histoire de détendre l'atmosphère. Et on est à peu près sûr que personne ne s'amusera non plus à tenter d'inclure le port du voile ou l'étourdissement des animaux dans un accord de gouvernement.
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Vous voulez déjà un scoop sur les négociations gouvernementales ? Eh bien, on peut déjà vous confier que, quels que soient les résultats qui sortent des urnes le 26 mai, personne ne parlera de la taxation de la viande autour d'une table de négociation fédérale ou régionale. Ou alors juste en clin d'oeil aux libéraux et aux écologistes, histoire de détendre l'atmosphère. Et on est à peu près sûr que personne ne s'amusera non plus à tenter d'inclure le port du voile ou l'étourdissement des animaux dans un accord de gouvernement. De quoi parleront-ils alors, ces braves négociateurs ? Nous avons pointé 15 questions d'intérêt économique qui devraient les diviser, pas toujours selon un strict axe gauche-droite d'ailleurs. Le bras de fer idéologique reste largement cantonné au niveau fédéral. C'est là que se discutent des dossiers clivants comme le sort des voitures de société, le niveau des allocations de chômage ou l'âge de la pension. Les partis belges sont habitués à mettre de l'eau dans leur vin, mais ils tiennent aussi à avoir l'un ou l'autre " trophée " susceptible de marquer la législature. C'est d'autant plus compliqué au niveau fédéral, que cela implique un plus grand nombre de partis. " Les budgets wallon et fédéral sont déficitaires, rappelle le patron de l'Union wallonne des entreprises Olivier de Wasseige. Il faudra faire des choix : visera-t-on l'équilibre budgétaire ou un déficit, et si c'est cette optique, à quelle hauteur ? Quels seront les arbitrages : la levée de nouveaux impôts ou la diminution de dépenses ? " " Au niveau régional, le consensus est plus grand sur le socio-économique, analyse le politologue Vincent Laborderie (UCLouvain). S'il doit y avoir des tiraillements, je les verrais plutôt à la Fédération Wallonie-Bruxelles autour du Pacte d'excellence pour l'enseignement et le décret inscriptions. Le MR a été très offensif sur ce thème et, s'il est à la table des négociations, il voudra amender de manière significative les textes de l'équipe sortante. " " La question scolaire demeure compliquée, y compris à propos de l'enseignement supérieur, renchérit son confère de l'ULB, Pascal Delwit. J'ai l'impression qu'il y a plus de dossiers conflictuels au niveau de la Fédération, avec des positions fortes des partis. A l'échelon régional, le point principal, c'est d'être dans l'exécutif. " Il souligne toutefois qu'il s'agira de la dernière législature avant la diminution progressive de la solidarité budgétaire entre les Régions, et que cela pourrait durcir les positionnements des uns et des autres. On songe, par exemple, à la facture grandissante des points APE, qui a crispé la fin de législature et qu'il faudra résoudre d'une manière ou d'une autre. Au niveau régional, Jérémy Dodeigne (UNamur) envisage quand même de belles étincelles du côté de la politique de l'énergie, avec le probable retour au pouvoir d'Ecolo. " Tout le monde n'a pas la même approche de l'initiative industrielle publique et des missions d'acteurs comme Resa ou Publifin, dit-il. Cela divise même les gens au sein des partis. " Et c'est d'autant plus vrai que les Verts se sont profilés très en pointe sur les questions de gouvernance. Un autre dossier pourrait surgir, autour du service minimum et de l'encadrement du droit de grève. Le gouvernement wallon vient d'infliger une sanction financière d'un million d'euros au TEC pour non-respect du service minimum lors de la journée de grève du 14 mai. On imagine que le PS et Ecolo auront très envie d'obtenir la suppression de cette sanction dans le prochain accord de gouvernement. Et que le MR et le cdH n'auront pas très envie de se désavouer. Le sujet est très sensible, il y a une forte demande patronale en faveur du respect du " droit au travail " et de l'interdiction des piquets et autres blocages lors des journées d'actions syndicales. Olivier de Wasseige s'attend, lui, à quelques conflits idéologiques pour la formation du gouvernement régional. Il constate, par exemple, que les partis et les Régions se positionnent " en ordre dispersé " sur la fiscalité routière. Il s'interroge également sur la capacité du prochain exécutif à réorienter les politiques du Forem, au vu de la diminution du nombre de demandeurs d'emploi. " Le gouvernement décidera-t-il de réduire le personnel à l'accompagnement administratif pour augmenter la politique de formation ? interroge-t-il. Et si tel est le cas, la formation sera-t-elle internalisée ou y aura-t-il des appels à projets et donc une ouverture à la sous-traitance ? "