Pourquoi avoir décidé de monter au capital d'Ageas? Quel rôle est dévolu à la SFPI? Comment le bras financier de l'Etat intervient-il pour aider l'économie belge dans la relance et la transition énergétique? Et pourquoi vouloir regrouper les participations de l'Etat au sein d'un seul instrument? Les réponses du ministre des Finances et vice- Premier ministre CD&V Vincent Van Peteghem.
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Pourquoi avoir décidé de monter au capital d'Ageas? Quel rôle est dévolu à la SFPI? Comment le bras financier de l'Etat intervient-il pour aider l'économie belge dans la relance et la transition énergétique? Et pourquoi vouloir regrouper les participations de l'Etat au sein d'un seul instrument? Les réponses du ministre des Finances et vice- Premier ministre CD&V Vincent Van Peteghem. TRENDS-TENDANCES. Alors, pourquoi la SFPI est-elle montée dans le capital d'Ageas? Il y avait une menace d'OPA? VINCENT VAN PETEGHEM. La stratégie 2020-2025 de la SFPI met l'accent sur les entreprises qui sont importantes pour la sécurité nationale, celles qui sont importantes pour l'intérêt public et celles qui sont actives dans les secteurs clés de l'économie belge. Et Ageas est évidemment importante pour l'économie du pays. C'est davantage qu'un simple assureur. Il s'agit d'un acteur important des deuxième et troisième piliers de notre système de pension. C'est aussi un investisseur important en obligations d'Etat. Il soutient en outre les entreprises de croissance et est actif dans des partenariats public-privé. Il est donc normal qu'en voyant aussi qu'une telle entreprise attire les intérêts étrangers, nous regardions, en tant que pouvoir public, ce qui pourrait se passer. D'autant que l'actionnariat d'Ageas est très diversifié. Et à un certain moment, au début janvier, la SFPI a eu l'opportunité d'acheter un bloc de 6,3% du capital, qui appartenait à l'assureur Ping An. Si nous avions dû amasser cette participation en achetant dans le marché, cela aurait pris du temps. Aujourd'hui, avec 6,3% du capital, nous pouvons bloquer une éventuelle OPA ou un éventuel squeeze out (retrait forcé de la Bourse, Ndlr), et cela assure un ancrage du capital. C'est donc plus l'existence de l'opportunité d'un bloc d'actions à vendre qui est à l'origine de l'opération? Oui. Nous en avons eu connaissance et nous avions conscience que si nous ne franchissions pas le pas, d'autres acteurs pouvaient le faire et poursuivre d'autres intérêts qu'ancrer Ageas dans l'économie belge. Et qui a pris la décision? Elle a été intégralement prise par le conseil d'administration de la SFPI. Nous avons été naturellement tenus au courant de très près, et c'est une décision que je soutiens complètement. Il n'y a pas très longtemps, l'Etat a vendu sa participation de 25% dans BNP Paribas Fortis et songeait à introduire Belfius en Bourse. C'est un retournement de politique? Cette montée au capital d'Ageas fait partie de la stratégique établie pour la période 2020- 2025. Nous désirons garder dans le pays un certain nombre de centres de décision et éviter, comme cela a souvent été le cas par le passé, qu'ils n'aillent à l'étranger. Alors oui, nous voulons désormais être proactifs si nous en avons l'occasion. Mais cela veut-il dire que si l'Etat avait encore ses 25% dans Fortis, il ne les vendrait plus? Cela dépend des opportunités de marché et c'est naturellement difficile à évaluer. Et c'est aussi la SFPI qui a les connaissances et la vision sur la gestion de ces investissements, puisque ceux-ci seront regroupés dorénavant en son sein. Justement, pourquoi avoir voulu regrouper les participations de l'Etat dans un seul instrument? C'était un point qui faisait partie de l'accord du gouvernement. Et il a été approuvé en conseil des ministres en mai de l'an dernier. La raison de cette centralisation est de pouvoir gérer ces participations de la manière la plus professionnelle possible et de pouvoir définir et mettre en oeuvre, pour les pouvoir publics, une ownership policy. Il s'agissait aussi d'avoir une gestion plus efficiente encore, grâce aux connaissances et à l'expertise accumulées par la SFPI. Et puis il y avait une question de bonne gouvernance: il fallait différencier l'Etat comme régulateur, de l'Etat comme superviseur et de l'Etat comme actionnaire. Ces trois rôles devaient pouvoir être séparés. De plus, en centralisant ces actifs, nous créons un fonds souverain qui peut déployer une stratégie pour aider l'économie du pays à relever les défis auxquels elle est confrontée, dans la transition énergétique, la mobilité, etc. Mais les moyens financiersde la SFPI ne sont pas infinis.Ce n'est pas le fonds souverain norvégien alimenté par la manne pétrolière. Non bien sûr (sourires). Naturellement, les moyens ne sont pas illimités et il faut donc les utiliser de manière intelligente. Cela suppose de concentrer l'expertise et les compétences nécessaires au sein de la SFPI pour ce faire. Et puis, un certain nombre d'entreprises ont déjà leur ancrage. Je songe à KBC, à AB InBev... Mais oui, il faut tenir compte du fait que le capital institutionnel est moins présent en Belgique que dans d'autres pays, comme les Pays-Bas (où les fonds de pension pèsent environ 1.800 milliards, Ndlr). Or, il aideà un certain ancrage des entreprises du pays. Je crois que nous ne sommes parfois pas assez chauvins en Belgique. Par le passé, on s'est un peu trop souvent dit: "Bon, nos entreprises vont de toute façon rester chez nous et puis on verra bien". Mais l'exemple d'Ageas montre que parfois, un jour, la question de leur ancrage peut se poser. La centralisation des participations est encore en cours. Selon "L'Echo", il semblerait y avoir un problème avec Belfius et la Loterie nationale. Nous sommes en effet en train de regarder ce problème. En fait, si vous possédez 100% du capital d'une institution financière, vous êtes considérés comme un holding financier, ce qui suppose de passer sous le contrôle de la BCE et de la BNB comme superviseurs et vous êtes tenus à un important travail de reporting. Mais ce n'est pas l'intention de la SFPI d'en devenir un. Il s'agit pour la SFPI d'assurer un ancrage stratégique et de regarder cette participation de manière très passive. Nous allons donc discuter avec les régulateurs pour expliquer la situation dans le futur. C'est un work in progress qui pourrait en effet retarder le moment où Belfius intégrerait la SFPI. Un problème juridique d'une autre nature se pose pour la Loterie nationale qui concerne sa situation de monopole. Mais les avocats y travaillent. Aujourd'hui, une série de secteurs sont considérés comme stratégiques par la SFPI: la santé, l'aéronautique, la finance, l'"impact investing", la transition énergétique et la mobilité. Mais pourquoi la SNCB ou Infrabel ne sont pas repris? Parce que l'objectif de la SFPI est surtout de soutenir les entreprises privées de ce secteur et de donner des moyens pour soutenir dans ces secteurs la durabilité et la nouvelle mobilité qui sont les défis de demain. Toutefois, des partenariats existent. Il y a à la SNCB, mais aussi dans les administrations fédérales, à la Défense, à la Régie des Bâtiments, une série de bâtiments où une rénovation énergétique s'impose et que nous voulons stimuler. Le gouvernement souhaite que la moitié de ses bâtiments publics aient été rénovés pour être climatiquement neutres d'ici 2030 et veut disposer d'un patrimoine totalement neutre d'ici 2040. Il a désigné la SFPI comme investisseur et coordinateur pour accompagner la transition climatique. Et je vous rappelle que la SFPI détient déjà quelques parts dans chacune des deux sociétés, ce qui lui permet d'être représentée aux assemblées générales. Certains estiment que les fonds souverains ne sont en général pas très efficaces, tout comme la présence de l'Etat comme actionnaire. L'efficience est une préoccupation. Nous réalisons du benchmarking pour examiner la relation coût-efficience de la SFPI et ses filiales vis-à-vis d'autres acteurs, et l'on voit qu'elle est en ligne avec le standard des autres gestionnaires de fonds. Nous essayons d'éliminer toute source d'inefficacité en dotant la SFPI de moyens et de compétences et en réunissant ces moyens pour réaliser un certain type d'investissements répondant à une stratégie bien définie. Mais sa force de frappe (lorsque les participations seront centralisées dans la SFPI, celle-ci aura un bilan de 16 milliards) lui permet de gérer les participations actuelles et de rechercher de nouveaux investissements potentiels. Les avantages et la stimulation que la SFPI apporte à l'économie ne peuvent que se renforcer. La SFPI a un rôle spécifique dans la politique de relance? Oui. L'accord gouvernemental stipule qu'elle doit soutenir la transformation de l'économie. Un fonds de transformation, géré par la SFPI, dispose d'une enveloppe de 750 millions d'euros et chapeaute trois initiatives. La première est le Belgian Recovery Fund, pour lequel la SFPI est conseillée par le gestionnaire d'actifs Tikehau Capital. Ce fonds agit sur le court terme et a pour objectif d'octroyer des prêts subordonnés ou convertibles aux entreprises qui étaient financièrement saines avant la crise du coronavirus mais qui ont dû faire face à une réduction de leurs fonds propres en raison de la pandémie. Le fonds de transformation injecte 100 millions, à quoi s'ajouteront des fonds de partenaires privés. Egalement à court terme, le fonds va investir jusqu'à 150 millions dans les initiatives de relance des Régions. Et il y a deux autres initiatives à moyen et long terme. D'un côté, Relaunch, une filiale dotée de 250 millions, ciblant plus particulièrement la transition digitale, la productivité, l'inclusion et la mobilité. De l'autre, un fonds de transition écologique. A côté de ces deux piliers, la SFPI elle-même cherchera naturellement, via sa mission stratégique à soutenir aussi les investissements durables et à accompagner la transition énergétique des secteurs qui utilisent aujourd'hui intensivement les énergies fossiles. Peut-on imaginer renforcer dans le futur les moyens de la SFPI? Déjà, via le fonds de transformation, les fonds publics seront accompagnés de fonds privés (l'objectif du gouvernement est que, via le fonds de transformation, les investisseurs institutionnels et privés débloquent plus de 2 milliards d'euros pour la reprise et la transition, Ndlr). Ces instruments devraient avoir un sérieux impact sur l'économie. Mais on peut aussi, dans une phase ultérieure, songer à mobiliser le grand public.