Remerciera-t-elle un jour Georges-Louis Bouchez? Le président du MR a en effet propulsé Valérie De Bue au centre de l'actualité politique en annonçant, le 1er octobre, son éviction du gouvernement wallon au profit de Denis Ducarme. La ministre de la Fonction publique, de l'Informatique, de la Simplification administrative, du Tourisme, du Patrimoine et de la Sécurité routière (oui, tout cela! ) a reçu des marques de soutien venues de tous les horizons. Au point que, même sans le décret imposant au moins un tiers de femmes (ou d'hommes) au gouvernement wallon, il n'est pas exclu qu'elle aurait sauvé son poste. En outre, malgré sa discrétion coutumière, Valérie De Bue est une femme politique populaire: tous partis confondus, elle a réalisé le troisième score en nombre de voix de préférence (le huitième, en proportion du nombre d'électeurs, dans sa circonscription) au scrutin de 2019 pour le Parlement wallon.
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Remerciera-t-elle un jour Georges-Louis Bouchez? Le président du MR a en effet propulsé Valérie De Bue au centre de l'actualité politique en annonçant, le 1er octobre, son éviction du gouvernement wallon au profit de Denis Ducarme. La ministre de la Fonction publique, de l'Informatique, de la Simplification administrative, du Tourisme, du Patrimoine et de la Sécurité routière (oui, tout cela! ) a reçu des marques de soutien venues de tous les horizons. Au point que, même sans le décret imposant au moins un tiers de femmes (ou d'hommes) au gouvernement wallon, il n'est pas exclu qu'elle aurait sauvé son poste. En outre, malgré sa discrétion coutumière, Valérie De Bue est une femme politique populaire: tous partis confondus, elle a réalisé le troisième score en nombre de voix de préférence (le huitième, en proportion du nombre d'électeurs, dans sa circonscription) au scrutin de 2019 pour le Parlement wallon. Economiste de formation (UCLouvain), Valérie De Bue a travaillé un temps à l'Institut de recherches économiques et sociales de l'université - elle y a notamment côtoyé l'ancien président d'Ecolo Philippe Defeyt - avant de rejoindre l'intercommunale de développement économique IBW. Un choix résolu en faveur d'une structure publique. "Je ne me voyais pas travailler pour Coca-Cola", a-t-elle un jour résumé dans L'Echo. "J'ai beaucoup apprécié le côté hybride de l'intercommunale, commente-t-elle. On s'occupait de développement économique mais aussi d'urbanisme et d'environnement. Nous avons ainsi mis en place les premières unités de valorisation des déchets. L'IBW reste une petite intercommunale, avec une gestion souple et agile." Entre l'économie et l'environnement, il y a l'aménagement du territoire. Une passion chez Valérie De Bue, qui décrochera d'ailleurs par la suite un diplôme en études spécialisées en aménagement du territoire et urbanisme. "Nous étions toute une petite bande à suivre ce DES, se souvient-elle. Il y avait des architectes, des historiens de l'art, des juristes... C'était très stimulant sur le plan intellectuel." Ce diplôme en poche, la jeune Nivelloise pousse la porte de la Commission communale d'aménagement du territoire (CCAT). Elle espère décrocher une mission technique pour valoriser ses nouvelles compétences, elle ressort avec... une place sur la liste électorale emmenée par l'échevin de l'Urbanisme, Pierre Huart. "J'étais intéressée par la chose publique, la liste était en phase de renouvellement, je n'ai en fait pas beaucoup hésité", se souvient celle qui fut élue au conseil communal et obtint la présidence de la CCAT! La boucle est bouclée. Elle sera même bouclée une seconde fois puisque, dans la foulée, son parti (le PRL, à l'époque) lui propose une place de conseillère au cabinet d'un très jeune ministre wallon des Pouvoirs locaux, un certain Charles Michel. "Quinze ans plus tard, quand je suis à mon tour devenue ministre des Pouvoirs locaux, j'ai retrouvé des dossiers qui avaient été initiés à l'époque, comme la réforme des intercommunales ou le débat sur le rôle des provinces, s'amuse-t-elle. Ce fut vraiment une période très intense." Parmi ses collègues du cabinet Michel, on retrouve Marc Leclercq (Sofico), Clarisse Ramakers (directrice du service d'étude de l'Union des classes moyennes) ou encore Philippe Rasquin, qui est aujourd'hui son chef de cabinet adjoint. Valérie De Bue allait approfondir davantage encore sa connaissance des pouvoirs locaux en devenant échevine en 2006, puis première échevine en 2012. Elle a pris ensuite un peu de recul par rapport à la vie politique locale en choisissant, en 2014, de siéger au Parlement wallon, pour se conformer aux règles anti-cumul. La politique nivelloise lui a permis de nouer de solides relations en dehors de son parti, en particulier avec l'écologiste Marcel Cheron et le socialiste André Flahaut, deux personnalités qu'elle côtoyait aussi à la Chambre. Elue députée fédérale en 2003 en effet, elle s'était surtout investie dans les questions de mobilité et de gestion des entreprises publiques. Son nom avait d'ailleurs circulé avec insistance pour le ministère de la Mobilité, après la démission de Jacqueline Galant. Mais c'est bien en Wallonie, avec la responsabilité des pouvoirs locaux ("c'est vraiment intéressant d'avoir, au fil du temps, travaillé sur le même sujet sous différents angles") qu'elle décrochera son premier portefeuille ministériel. Avec une mission de taille: piloter la sortie du dossier Publifin et mettre en oeuvre les recommandations de la commission d'enquête. "Avec Pierre-Yves Dermagne (son prédécesseur, puis successeur, dans la fonction), nous avons bâti l'édifice pierre par pierre, explique-t-elle. J'ai changé d'attributions et je n'ai pas pu poser le toit ; mais nous avons fait émerger les solutions et c'est bien là l'essentiel." En tant que ministre des Pouvoirs locaux, elle a aussi oeuvré pour améliorer la représentation des femmes au sein des collèges communaux. "Le décret avait été voté et, en 2018, c'était la première fois qu'il allait s'appliquer, précise-t-elle. J'ai mené une campagne de sensibilisation pour inciter les femmes à se présenter et pour que l'on pense à voter 'femmes'. Les choses bougent: une Première ministre, une présidente de la Chambre, de plus en plus d'élues, etc. C'est le résultat de règles pour la confection des listes, pour la présence dans les instances, dans les conseils d'administration... Les quotas restent, je pense, un mal nécessaire." Valérie De Bue s'est en fait plongée dans ces questions lors de son passage au Sénat, entre 2014 et 2017. Elle a alors participé à une étude mondiale sur la représentation des femmes en politique, en compagnie notamment de son actuelle collègue au gouvernement wallon Christie Morreale (PS). Désormais en charge du Tourisme et du Patrimoine, elle n'abandonne pas ce combat. Elle évoque ainsi le concept de "matrimoine", dans le but de "mettre en valeur les femmes qui ont joué un rôle-clé" dans l'architecture et l'artisanat. Et, sans doute un peu grâce à Georges-Louis Bouchez, on l'écoutera désormais plus attentivement sur de tels thèmes.