Pendant toute sa campagne, Donald Trump a défendu des politiques qui font frissonner la plupart des économistes : restrictions commerciales, allégements fiscaux non provisionnés, et expulsions en masse. Si elles sont mises en oeuvre, ces idées se solderont presque certainement par une récession. Une projection de l'agence de notation Moody's révèle une pénurie de main-d'oeuvre, un ralentissement de la productivité et une dette souveraine en hausse, laissant en 2020 l'économie en plus mauvais état qu'aujourd'hui.
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Pendant toute sa campagne, Donald Trump a défendu des politiques qui font frissonner la plupart des économistes : restrictions commerciales, allégements fiscaux non provisionnés, et expulsions en masse. Si elles sont mises en oeuvre, ces idées se solderont presque certainement par une récession. Une projection de l'agence de notation Moody's révèle une pénurie de main-d'oeuvre, un ralentissement de la productivité et une dette souveraine en hausse, laissant en 2020 l'économie en plus mauvais état qu'aujourd'hui. Pour l'heure, personne ne sait dans quelle mesure son programme sera réellement appliqué. Le futur président rechigne à détailler ses politiques. Pendant la campagne, il a publié trois versions de son programme sur la fiscalité, sans apporter plus de clarté. Sa politique budgétaire devra être validée par le Congrès. Les initiatives fiscales soutenues par les républicains de la Chambre des représentants coûtent moitié moins cher que celles proposées par Trump. Tout cadeau fiscal devra expirer, probablement au bout de 10 ans, sinon les démocrates seront en mesure de le bloquer au Sénat. En matière de commerce, de réglementation et d'immigration, le président a davantage de pouvoir. La question des échanges commerciaux est particulièrement inquiétante. Donald Trump pourrait renoncer à l'Accord de libre-échange nord-américain (Aléna) avec un préavis de six mois seulement, sans consulter le Congrès. En utilisant les bonnes manoeuvres juridiques, il arrivera probablement à imposer les tarifs douaniers qu'il a évoqués : 45 % pour les biens venant de Chine, 35 % pour ceux venant du Mexique. Ces déclarations pourraient faire fuir les investisseurs et saper la croissance, quelles que soient les mesures réellement prises par Donald Trump. Une politique monétaire plus accommodante permettrait de compenser ces risques, ce dont a bénéficié la Grande-Bretagne après le vote favorable au Brexit. La Réserve fédérale américaine pourrait reporter les hausses des taux d'intérêt prévues pour 2017 ou même les réduire. Les inquiétudes de la Fed concernant l'inflation pourraient aussi s'estomper : le taux de chômage est faible, mais la croissance des salaires l'est aussi ; de nombreux travailleurs qui ont quitté le marché de l'emploi pendant la récession de 2008 n'en ont pas retrouvé (voir le graphique ci-dessous).Mais si Trump applique rapidement des baisses d'impôts et, comme il l'a également promis, augmente les budgets alloués aux routes, aux aéroports et autres infrastructures, des taux d'intérêt plus élevés seront peut-être nécessaires pour limiter l'inflation. Ce serait une aubaine pour Donald Trump, qui a désavoué les faibles taux d'intérêt pendant la campagne, faisant valoir qu'ils avaient favorisé une bulle économique. Il a même accusé Janet Yellen, présidente de la Fed, de maintenir les taux au plus bas pour des raisons politiques (il ne peut pas la licencier avant février 2018, quand se terminera son mandat de quatre ans.) Des taux d'intérêt plus élevés ne peuvent que soutenir le dollar, ce qui - c'est ironique - désavantagerait les fabricants américains qui veulent exporter. Le déficit commercial s'aggravera. Ces deux tendances renforceront d'autant plus la pression sur Trump, qui sera contraint de concrétiser son discours protectionniste. Si c'est le cas, ne vous attendez pas à une embellie. Quelques emplois industriels finiront par être créés pour remplacer les importations chinoises, mais les Etats-Unis ne sont pas près de vendre des produits bon marché au reste du monde. Par Henry Curr, rédacteur économie américaine à "The Economist".