Dans les débats en cours entre capitales, Paris mène le camp des partisans d'une grande fermeté, inquiets à l'idée que le Royaume-Uni perturbe le fonctionnement de l'UE en y gardant encore un pied pendant une période indéterminée, tandis que Berlin fait partie d'un groupe plus "modéré".

La prolongation au-delà du 12 avril "n'est ni acquise ni automatique", a insisté mardi la secrétaire d'Etat française aux Affaires européennes, Amélie de Montchalin, en marge d'une réunion avec ses homologues pour préparer le sommet extraordinaire convoqué mercredi à Bruxelles.

Mais aucun pays européen ne devrait faire obstacle à un nouveau report lors de ce sommet, car leur priorité partagée est d'éviter le scénario d'un divorce brutal le 12 avril, ont affirmé à l'AFP plusieurs sources diplomatiques. Ils pourraient même donner leur feu vert selon certains à la date du 30 juin, demandée par la Première ministre britannique Theresa May, qu'ils avaient pourtant écartée lors d'un précédent sommet en mars.

Cette concession serait soumise à une condition ferme, selon des diplomates : le Parlement britannique devra avoir donné son feu vert avant le 22 mai au traité de retrait que Mme May a négocié avec Bruxelles, mais que ses députés ont déjà rejeté par trois fois.

La date limite précise fait encore l'objet de discussions entre 27, mais si elle n'est pas respectée, la date du Brexit deviendrait de facto le 22 mai, a indiqué une source diplomatique.

- "Elément nouveau" -

Cette date correspond à la veille des élections européennes, que le gouvernement britannique est désormais prêt à organiser le 23 mai. Tout en assurant qu'il fera tout pour ne pas avoir à le faire, en poursuivant ses efforts pour faire approuver l'accord de divorce.

S'il y parvient, les Européens accepteraient de donner ensuite du temps aux Britanniques pour mener à son terme la ratification de ce texte et valideraient cette date du 30 juin, selon des sources concordantes. Soit juste avant la session inaugurale des nouveaux députés européens début juillet à Strasbourg.

"L'élément nouveau dans ce contexte grave et complexe, c'est la discussion inter-partis qui a été finalement engagée par Theresa May avec le Labour", le parti de l'opposition travailliste, a dit mardi le négociateur en chef des Européens, le Français Michel Barnier.

Mais si ce dialogue ne mène finalement pas à l'adoption rapide du traité de retrait, comme le craignent en coulisses la plupart des représentants des 27, l'UE ne fermera pas la porte à un report plus long.

Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a proposé d'accorder un long report, de jusqu'à un an, qui pourrait être raccourci à tout moment en cas de feu vert des députés britanniques au traité de retrait.

- "Neuf mois" -

Plutôt que cette "flextension" sans conditions, un groupe de pays mené par la France, soutenue notamment par le Luxembourg, exige que des "conditions draconiennes" soient imposées à Londres en cas de longue prolongation.

Selon une source diplomatique, Paris défend notamment l'idée d'une "prolongation de neuf mois, en trois tranches de trois mois" à l'issue desquelles les 27 évalueraient si Londres tient bien ses engagements.

Parmi ceux-ci, les Britanniques devraient notamment promettre de ne pas perturber des lourds dossiers qui se profilent pour l'UE dans les prochains mois, comme l'élaboration de son budget pour la période 2021-2027.

Ils devraient aussi se tenir à l'écart du choix du prochain président de la Commission européenne, qui devra succéder à Jean-Claude Juncker à l'automne 2019.

Les Allemands, de leur côté, seraient moins insistants sur les conditions à poser, selon des diplomates.

L'un d'eux a confié que la pression mise par le Premier ministre irlandais est "mal passée" à Paris. Leo Varadkar a notamment jugé que des pays qui utiliseraient leur veto contre un report du Brexit "ne seraient pas pardonnés".

"Les discussions se poursuivent entre capitales", a indiqué une source diplomatique, estimant que "la solution ne pourra être finalisée que mercredi lors du sommet".

"La longueur de l'extension, ça doit être lié à l'objet - 'pour quoi faire?' - et ça dépend de ce que Mme May dira demain", a prévenu de son côté Michel Barnier.