En Belgique, la hausse des contaminations au coronavirus fait craindre un durcissement des mesures sanitaires. Avec Noël en ligne de mire, de nombreux Belges se demandent si les fêtes de fin d'année en famille ne sont pas déjà hypothéquées. Les commerçants, de leur côté, craignent aussi le pire pour la période des achats de cadeaux.
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En Belgique, la hausse des contaminations au coronavirus fait craindre un durcissement des mesures sanitaires. Avec Noël en ligne de mire, de nombreux Belges se demandent si les fêtes de fin d'année en famille ne sont pas déjà hypothéquées. Les commerçants, de leur côté, craignent aussi le pire pour la période des achats de cadeaux. En France, la situation s'aggrave. Paris et les trois départements de la petite couronne vont être placés en zone d'alerte maximale. La perspective d'un confinement généralisé autour des fêtes de fin d'année n'est pas à écarter. Les rassemblements familiaux avec leurs longs moments de convivialité autour d'une table sont propices aux contaminations. " Si on ajoute à cela le refroidissement des températures, qui va ramener les soirées entre amis à l'intérieur à partir d'octobre, on s'expose à une augmentation de plus en plus rapide des cas à l'automne, et une recrudescence catastrophique de la maladie - et donc des hospitalisations et des décès - chez les personnes âgées après Noël", expliquent les prix Nobel d'économie 2019 Abhijit Banerjee et Esther Duflo dans une Tribune publiée sur Le Monde. "Leurs enfants et petits-enfants risquent, malheureusement, de les contaminer. Cela pourrait forcer le gouvernement à déclarer un reconfinement généralisé quand il sera déjà trop tard ou bien, s'il fait preuve d'un peu d'anticipation, d'interdire les voyages et les réunions familiales pour Noël. Emmanuel Macron sera donc soit le Grinch, soit le père Fouettard... La perspective n'est pas réjouissante", continuent les deux Prix Nobel.Le confinement des personnes âgées semble, par ailleurs, impossible à mettre en oeuvre. "Si on laisse l'épidémie se propager, il faudrait qu'il dure pendant des mois pour réellement les protéger. Cela ne paraît ni possible ni humain". Et compter sur les tests bon marché faciles d'accès et aux résultats rapides pour les jeunes avant qu'ils ne rendent visite à leurs grands-parents n'est pas non plus envisageable cet automne, estiment les signataires de la Tribune. Dans ce contexte délicat tant sur le plan psychologique qu'au niveau économique, les deux Prix Nobel, mariés à la ville, proposent une piste pour remédier à cette situation redoutée : un effort collectif pour sauver Noël, sous la forme d'un confinement de toute la France pour la période de l'Avent. Le lockdow serait décrété du 1er au 20 décembre, afin de sauver les fêtes de fin d'année et, en partie, la période d'achats qui la précède. Il serait demandé aux familles de rester chez elles et de ne pas anticiper les vacances en se précipitant chez les grands-parents."Que ce soit pour l'économie du pays ou pour la psychologie de tout le monde dans le pays, on a besoin d'avoir des fêtes de Noël qui puissent se faire sereinement", déclare Esther Duflo sur France Inter. Selon eux, le coût éducatif serait très faible : "les deux dernières semaines de cours avant les vacances pourraient se faire en ligne ; il serait peut-être même envisageable de réduire la durée des vacances de la Toussaint d'une semaine et d'augmenter celles de Noël d'une semaine."Le coût pour l'économie serait, par contre, plus important, mais cependant moins dévastateur que d'avoir à annuler Noël ou de décréter un reconfinement dans des circonstances bien pires quinze jours plus tard, sont-ils d'avis. "Les achats de Noël pourraient être encouragés pendant le mois de novembre (en autorisant les ouvertures tardives, les soldes, etc.), et les magasins pourraient rester ouverts pour les commandes pendant le confinement", proposent Abhijit Banerjee et Esther Duflo."D'ici au 21 décembre, il serait possible d'organiser une grande campagne de tests gratuits que les gens pourraient faire au moindre doute à leur sortie de confinement, avant de se rendre dans leurs familles. C'est une solution qui a le mérite de prendre, pour une fois, de l'avance sur le virus, d'être claire, uniforme et transparente. Elle pourrait, de plus, être perçue comme le prix à payer pour une récompense immédiate, un effort collectif pour sauver Noël...", plaident encore le couple de Prix Nobel dans leur Tribune. Pour l'heure, un tel confinement n'est pas à l'ordre du jour des gouvernants d'Europe, préférant durcir les mesures en fermant, entre autres, pour une période déterminée (deux semaines ou un mois) les bars, comme à Bruxelles ou à Paris. "Il faut rester humbles face à ce virus, que l'on connaît encore mal, et surtout être très réactifs, alors dire que l'on reconfinera dans deux mois, c'est trop tard, il faut le faire dès que l'on constate une accélération" de l'épidémie, juge Jonathan Benchimol, économiste-chercheur à la Banque d'Israël, cité par l'AFP.Israël a été le premier Etat, mi-septembre, à décréter un nouveau confinement de la population. Mais, alors qu'en mars et avril, "tout était fermé, sauf les centres commerciaux, cette fois, le confinement est plus intelligent, à la fois économiquement et psychologiquement", estime l'économiste. Sur recommandation de la banque centrale, "les entreprises à forte contribution au PIB, et présentant un faible risque de morbidité pour les travailleurs et les clients, sont restées ouvertes comme la haute technologie, l'industrie lourde, la finance et la construction". "Comment faire pour éviter le plus de morts possible, en entraînant le moins de bouleversements négatifs sur la vie sociale et économique": c'est l'équation complexe à laquelle les gouvernants restent confrontés, déclare à l'AFP Pierre-Yves Geoffard, directeur de recherche au CNRS.Car la baisse du PIB "ce n'est pas un chiffre abstrait, c'est l'explosion du chômage, de la pauvreté, de la précarité...". A ses yeux, le confinement est une solution trop extrême, une "bombe atomique". "En Suède, le raisonnement qui a été tenu, c'est que si on ferme les écoles, on prive les enfants d'éducation alors qu'on sait que l'éducation est déterminante dans la santé à long terme", déclare Pierre-Yves Geoffard. C'est la "santé des uns contre la santé des autres demain".Pour cet économiste de la santé, la meilleure stratégie face au Covid-19 reste celle qui a été utilisée au cours de l'histoire contre la plupart des maladies infectieuses: "tester, tracer et isoler" les malades.