Expatrié à Paris depuis quelques années déjà, l'humoriste belge Alex Vizorek croise régulièrement des personnalités politiques dans les studios de France Inter où il anime l'émission quotidienne Par Jupiter ! avec sa compatriote Charline Vanhoenacker. Parmi elles, peu de ministres et de députés se sont risqué, dans leur jeunesse, à interpréter les grandes figures du théâtre classique. En Belgique, Marie-Christine Marghem est en revanche l'une des rares politiciennes à avoir fait le conservatoire. C'est donc tout naturellement que Trends-Tendances a eu l'idée de réunir l'animateur-humoriste et la ministre fédérale de l'Energie pour une rencontre inattendue à la table de L'Ecailler du Palais Royal à Bruxelles. Nucléaire, caricature et assistanat au programme.
...

Expatrié à Paris depuis quelques années déjà, l'humoriste belge Alex Vizorek croise régulièrement des personnalités politiques dans les studios de France Inter où il anime l'émission quotidienne Par Jupiter ! avec sa compatriote Charline Vanhoenacker. Parmi elles, peu de ministres et de députés se sont risqué, dans leur jeunesse, à interpréter les grandes figures du théâtre classique. En Belgique, Marie-Christine Marghem est en revanche l'une des rares politiciennes à avoir fait le conservatoire. C'est donc tout naturellement que Trends-Tendances a eu l'idée de réunir l'animateur-humoriste et la ministre fédérale de l'Energie pour une rencontre inattendue à la table de L'Ecailler du Palais Royal à Bruxelles. Nucléaire, caricature et assistanat au programme. MARIE-CHRISTINE MARGHEM. On a déjà eu l'occasion de se croiser deux ou trois fois en studio, à l'époque où vous étiez à la RTBF... ALEX VIZOREK. Oui, malheureusement, je ne traite plus de l'actualité belge aujourd'hui... M.-C.M. Et je le regrette ! Cela s'est à chaque fois bien passé. Vous m'avez fait rire. Vous êtes quelqu'un de fin. A.V. J'ai eu des retours, d'ailleurs. Madame Milquet m'a écrit pour me dire : " Vous nous manquez ! ". Cela m'a touché. Etonnamment, je n'ai rien reçu de Laurette Onkelinx ( clin d'oeil à un billet dédié au " grand cirque PS " en 2017 sur La Première qui n'avait pas fait rire l'intéressée, Ndlr). Mais c'est venu un peu de tous les bords... M.-C.M. Plutôt des femmes ? A.V. ( Rires) Non, c'est assez mixte ! J'ai eu aussi des réactions d'hommes : Jean-Luc Crucke, Rudi Vervoort aussi... Du coup, je ne sais pas si j'ai bien fait mon travail puisque je manque à ces personnes ! Mais je me demande si, pour une femme, cela n'est pas plus facile d'avoir en face d'elle un humoriste masculin... M.-C.M. Ah non, pas du tout ! Pour moi, c'est asexué. A.V. Rien n'est asexué ! M.-C.M. Le talent est asexué ! TRENDS-TENDANCES. Les femmes et les hommes politiques aiment-ils la caricature ? M.-C.M. Moi, ça ne me dérange pas. J'ai eu l'occasion d'en faire aussi puisque j'ai dirigé pendant 10 ans la revue du barreau de Tournai et, chaque année, nous devions faire preuve d'imagination pour nous moquer de nos confrères... A.V. Vous avez donc vu le travail que cela représente ! M.-C.M. Bien entendu ! A.V. Mais je vais vous dire quelque chose. Avec un peu de recul, je dois bien admettre que, en moyenne, les gens de droite rigolent plus que les gens de gauche. Peut-être parce qu'ils s'en foutent un peu plus. Ils savent que les humoristes n'ont aucun intérêt et donc que ce n'est pas grave ! En revanche, les gens de gauche se sentent attaqués sur leurs valeurs avec lesquelles ils ne sont pas toujours droits dans leurs bottes et donc, parfois, ça les met mal à l'aise. M.-C.M. Moi, je suis bon public. J'adore rire et je ris très souvent. Mais vous avez plutôt une image sévère. On ne vous voit que très rarement sourire... M.-C.M. Ce sont mes traits. ( Alex Vizorek rit) Je vous assure que ce sont mes traits ! Et, très honnêtement, à part l'une ou l'autre photo où mes traits sont détendus, je pense que la presse a joué un rôle de bashing assez interpellant à mon égard, en choisissant des photos expressément orientées, j'en suis convaincue. J'ai vu des dizaines d'autres photos, mais si on choisit toujours celles où j'ai l'air sévère, c'est que l'on veut faire passer un message, vous le savez bien... A.V. C'est vrai pour tout le monde ! M.-C.M. Oui. Mais je n'ai pas de problème avec ça. A.V. Moi, j'ai l'impression que ça vous touche quand même. Le fait d'avoir été mal jugée... M.-C.M. Non. Vous savez, j'ai fait toutes mes classes en art dramatique et en déclamation. Ce côté sévère qui est naturel au vu de mes traits et cette voix qui est assez grave et profonde... A.V. ( Il l'interrompt) Il n'est jamais trop tard pour faire une bonne Agrippine ! M.-C.M. Je suis tout à fait d'accord avec vous ! C'est assez évident que je sois dans ce type de rôle. Ou Antigone... Madame Marghem, vous avez fait le conservatoire à l'adolescence. Pourquoi n'avez-vous pas été plus loin ? M.-C.M. Parce que j'ai été éduquée dans une idée qui est, à mon avis, éminemment juste et qui consistait à dire : " Il faut que tu aies un métier solide qui te permette de subvenir à tes besoins sans savoir de quoi sera faite ta vie ". Donc, j'ai eu l'habitude de développer une activité qui me permettait, en tout temps, de subvenir à mes propres besoins et d'être indépendante. Ça, c'est un des ressorts fondamentaux de ma personnalité : l'indépendance. Et donc d'abandonner ce rêve de comédienne ?M.-C.M. Ben oui. Je me suis dit à l'époque : " A moins d'être hyper-douée et de passer le cap physique des critiques qui vont être formulées parce que je ne suis pas conforme à l'image que l'on se fait de l'être humain... " ( la ministre fédérale souffre d'une malformation au bras droit, Ndlr). Si j'étais née beaucoup plus tard, les choses auraient été différentes. A mon grand plaisir, j'ai vu par exemple une jeune actrice, tout à fait comme moi, qui avait présenté un seul en scène et cela m'a beaucoup touchée. Dans le compte-rendu journalistique, on sentait cette revendication et cette volonté d'exister comme tout le monde. Je trouve que c'est une volonté fondamentale. Elle anime tous les êtres humains. Et là, on peut tous se rejoindre. Bref, je me suis dit à l'époque : " Je ne vais pas commencer à me mettre dans cette situation qui va compliquer encore plus les choses ". Vous savez, cela a déjà été un enjeu supplémentaire, pour moi, d'être une femme dans la société... Je suis dans une case. Et il y a beaucoup de cases de minorités qu'on soutient : femmes, handicapés... A.V. De droite ( rires) ! M.-C.M. Oui, vous avez raison ( sourire) ! Ma force est là. Je me suis rendu compte très vite et très jeune que je n'avais qu'une seule voix : la mienne. Je fais confiance à ma personne. Ma solidité est intérieure. J'existe. Comme tout le monde. A.V. Mais l'art dramatique ne vous a jamais manqué ? M.-C.M. Oui, ça me manque. Vous savez, il y avait trois choses qui m'intéressaient. Un : l'art dramatique. Deux : être avocate car je savais dès 14 ans que je voulais être avocate. Trois : écouter les autres et comprendre la psychologie de la société, à savoir ce qu'il y a dans l'âme humaine. Je me suis donc dit ceci, de façon probablement simpliste mais en même temps efficace : " En étant avocate, tu vas avoir la possibilité de faire les trois en même temps. Tu vas pouvoir écouter les gens, tu vas pouvoir trouver les solutions et tu feras aussi un peu d'art dramatique ". A.V. Je vous conseille d'aller voir Richard Berry dans Plaidoiries à Paris. Il interprète les vrais textes de grandes plaidoiries d'avocats sur scène. C'est brillant. M.-C.M. Magnifique ! J'irai le voir. Pour moi, l'éloquence et la communication sont fondamentales. Et c'est ce qui m'a d'ailleurs beaucoup frustrée - je n'ai pas peur de le dire - mais pas au point d'être attristée : c'est cette espèce d'écran qu'il y a eu entre les citoyens et moi pour expliquer ce que je faisais de bon et de bien fondé dans mon département. A.V. Mais pensez-vous que cela soit dû uniquement à une mauvaise compréhension des citoyens ou y a-t-il eu des erreurs de votre part dans la façon de vous adresser à eux ? M.-C.M. Oui, je l'admets, il y a sans doute eu des erreurs. A.V. Cela dit, quand vous êtes arrivée en tant que ministre de l'Energie, la première impression était bonne. Le sketch de Catherine Fonck vous a rendue immédiatement sympathique ( lors de la passation de pouvoir, l'ancienne secrétaire d'Etat à l'Energie avait offert une lampe de poche qui fonctionne " à l'huile de bras " (sic) à Marie-Christine Marghem, Ndlr). M.-C.M. J'ai beaucoup d'humour. Je peux avoir de l'humour quand on parle de mon bras, sauf si la manière d'en parler est grossière et vulgaire. Ça, je ne l'ai jamais apprécié. Et depuis que je suis toute petite, j'ai remis les choses à leur place systématiquement. Vous savez, là, je suis convaincue que Catherine Fonck ne s'est pas rendu compte. Il y a des tas de gens qui me croisent pendant des années qui ne voient rien ou qui oublient. Alors, évidemment, c'est embêtant pour son service de communication parce que c'est la grosse bourde... A.V. Nous, à l'époque, on ne vous connaissait pas du tout et c'est la première image qu'on avait de vous. M.-C.M. C'est vrai. A.V. Et je le redis : cela a amené quelque chose de sympathique. Mais y a-t-il une frontière pour les humoristes ? Peut-on rire d'un handicap ?A.V. Je ne savais pas que l'on allait parler de ça, mais je peux répondre facilement... M.-C.M. C'est une très bonne question, je trouve ! A.V. Ça y est, je sens que je vais me faire engueuler. M.-C.M. Mais non, pourquoi ? C'est l'éternelle débat philosophique : peut-on rire de tout ? A.V. Moi, je pense que plus les sujets sont compliqués, plus il faut être drôle. M.-C.M. Je suis tout à fait d'accord. A.V. Si on va sur le djihadisme, c'est compliqué. Donc, il faut être marrant. Personnellement, quand je ne connais pas la sensibilité de mes interlocuteurs, j'essaie d'appeler des gens. M.-C.M. Il faut assumer ce que l'on fait. Moi, ça m'est arrivé avec cette revue du barreau du Tournai où, parfois, l'humour avait été un peu trop loin et avait blessé. Il fallait alors prendre sur soi et s'excuser, via le bâtonnier, auprès de l'avocat que l'on avait brocardé de façon excessive et trop personnelle. Cela peut arriver et il faut assumer ses responsabilités. A.V. Alors, maintenant, sur le plan personnel, penserait-on ou non à rire de votre bras... M.-C.M. Mais vous savez, on peut en rire ! Cela ne me pose aucun problème. Je vais vous expliquer. Il y a des gens malins qui sont capables de faire dans la finesse à ce sujet-là. En revanche, si vous commencez à être grossier et à utiliser contre moi des expressions du genre " Quel bras cassé ! ", il est évident que ça ne va pas. A.V. Et puis, ce n'est pas comme si vous ne l'aviez pas déjà entendu deux millions de fois... M.-C.M. En plus, j'ai une répartie très rapide là-dessus parce que j'en ai l'habitude depuis que j'ai l'âge d'être socialisée, c'est-à-dire depuis mes trois ans. Vous êtes blindée... M.-C.M. Je suis tout à fait blindée, oui. Et même plus que ça ! A.V. Je pense que le physique ou le côté personnel ne doit servir, potentiellement, qu'un propos presque politique... M.-C.M. Ça doit être utile. Il faut se poser la question : quelle est la plus-value ? A.V. Se moquer de Gérard Larcher ( le président du Sénat français, Ndlr) parce qu'il est gros, ça n'a pas de sens. En revanche, dire " Un sénateur, ça ne fout rien, regardez Gérard Larcher ! ", cela peut amener quelque chose qui ne serait pas injustifié dans la drôlerie. M.-C.M. Le cerveau qui produit des propos de bacs à sable n'est pas un cerveau qui a les capacités d'aller loin dans un raisonnement, de trouver des finesses et de rechercher vraiment le ressort du rire. A.V. La semaine prochaine, vous déjeunerez avec Kiki l'Innocent et vous vous démerderez ! M.-C.M. ( Le serveur apporte les plats) Les gamberoni avec la petite touche de caviar, c'est pour Alex ! A.V. Moi, j'assume complètement mon côté gauche caviar ! M.-C.M. Ah, mais je ne dis rien... A.V. C'est moi qui le dis ! Donc, vous êtes de gauche... A.V. Oui, enfin, de sensibilité de gauche. Cela dit, je trouve personnellement que je ne devrais pas voter, parce que je vois les hommes et les femmes politiques de trop près. Je devrais être exempté du droit de vote ! M.-C.M. Je vais vous expliquer pourquoi je ne suis pas de gauche. Tout mon parcours explique pourquoi je trouve qu'il est meilleur d'essayer de se débrouiller soi-même et d'être utile à l'ensemble. C'est la liberté de faire ce qu'on a envie de faire avec une responsabilité qui est celle d'être utile aux autres. Mais cela ne se fait pas sans un travail sur soi-même. Ça ne tombe pas du ciel. A.V. Vous voulez dire que la valeur de gauche annihile l'ambition personnelle ? M.-C.M. Oui, tout à fait. L'idée que la collectivité va être pourvoyeuse de tout et que tout va tomber du ciel... Mais cela n'existe pas ! C'est la caricature de l'assistanat ?M.-C.M. Oui. Moi, je trouve qu'on est arrivé à ce point-là. Il faut redonner aux gens le goût d'entreprendre, d'avoir envie d'exister et de valoriser leurs talents dans l'intérêt de la société, désolée ! A.V. Et de payer leurs impôts légalement dans des pays comme les nôtres. M.-C.M. Mais enfin, c'est quoi, cette caricature d'évasion fiscale ! A.V. C'est la même que vous ! M.-C.M. Vous n'êtes pas évadé fiscal, j'espère ? A.V. Si ! Je paie mes impôts en France puisque j'y habite. Je suis devenu fiscalement français. M.-C.M. Mais quelle horreur ( rires) ! A.V. Il faudrait qu'une partie de mes impôts revienne à la Belgique car c'est grâce à la RTBF que j'ai pu aller gagner ma vie en France. Arrangez-vous avec les ministres des Finances belge et français ! Moi, je trouverais ça bien... M.-C.M. Mais qu'est-ce qu'on vous a fait pour que vous partiez ? On ne peut plus profiter de votre talent... A.V. Je regrette de ne plus pouvoir traiter de la politique belge. Vous savez, j'aime beaucoup votre analyse sur le choix de carrière parce que, moi, j'ai eu de la chance. Je m'intéressais beaucoup au théâtre, au cinéma et aux spectacles vivants de manière générale, mais je ne me voyais pas partir à Paris à 17 ans. J'étais encore le fils chéri à sa maman qui ne savait pas cuire un oeuf. Donc, je suis resté à Bruxelles et j'ai fait Solvay en me disant " On verra bien si tu es malin "... Et vous avez même étudié le journalisme en même temps ! Pourquoi ?A.V. Parce que je sentais bien que tout ce qu'on me racontait en économie ne m'intéressait pas ! Et donc quand j'ai su que je n'étais pas trop con et que j'ai eu mes deux diplômes, je ne suis pas parti faire le tour du monde, mais je suis juste allé à Paris. A l'inverse de ce que vous disiez - " je ne veux jamais ne pas pouvoir m'assumer " - moi j'avais compris que je trouverais toujours bien un boulot avec ces deux diplômes et donc j'ai pris un risque. J'ai fait le Cours Florent et là j'ai rencontré ma prof de one man show qui a mis en scène mon premier spectacle. Alex Vizorek, en tant que citoyen, êtes-vous pour ou contre le nucléaire ?A.V. Alors, je dirais contre, idéologiquement... M.-C.M. Ça veut dire quoi " contre, idéologiquement " ? Est-ce que cela a du sens de parler d'idéologie par rapport à du technique ? A.V. J'ai le droit d'avoir une réponse idéologique là où vous avez une réponse politique. M.-C.M. Je n'ai pas de réponse politique, j'ai une réponse technique. Ou bien on revient en arrière et on ne pousse plus sur le bouton pour avoir de l'électricité - et je ne pense pas que la majorité de la population attende cela. Ou bien on assure la sécurité d'approvisionnement en incitant de plus en plus à être sobre énergétiquement et à trouver d'autres moyens. Mais il faut arrêter de faire de l'idéologie à ce sujet. Il faut être pragmatique. J'ai une agence fédérale de contrôle nucléaire qui surveille très rigoureusement l'ensemble du parc nucléaire, j'ai une population qui, en hiver, a besoin de 14.000 MW et donc, tant que je n'ai pas de centrales à gaz - qui, entre parenthèses, vont produire plus de CO2 que les centrales nucléaires - pour remplacer la capacité de base produite par le nucléaire dans ce pays, je dois gérer l'approvisionnement nécessaire de la population. A.V. Je suis né dans une génération où l'acte individuel n'était pas un grand souci. On ne mettait pas la ceinture en voiture, on ne coupait pas l'eau du robinet quand on se brossait les dents, etc. Donc, à un moment, on peut rêver idéologiquement qu'à tous niveaux, l'énergie comme les impôts, on en vienne à une conscience citoyenne qui valorise le vivre-ensemble. Alors, par rapport au nucléaire, je n'ai pas les solutions, mais j'aimerais que l'on trouve idéologiquement les solutions. M.-C.M. Mais que faire alors pour alimenter maintenant la population en électricité ? A.V. Ça, c'est votre travail ! M.-C.M. Mais je le fais et, depuis que je suis là, il n'y a pas eu, que je sache, de rupture d'approvisionnement électrique, point. A.V. Il n'y a pas eu non plus de Tchernobyl en Belgique. M.-C.M. Non plus. Merci Alex ! A.V. Je ne vous fais aucun procès, mais le fait que la conscientisation soit globale et qu'on vous en demande plus en tant que ministre, ça prouve qu'on est dans le même bateau et c'est plutôt touchant. M.-C.M. C'est pour cette raison que j'ai participé à la marche pour le climat le 2 décembre dernier. Certains l'ont mal perçu et m'ont dit : " C'est honteux, votre place n'est pas là ! ". Mais d'autres m'ont félicitée en me disant : " Bravo Madame, vous êtes courageuse, c'est bien que vous soyez ici ! " C'était important pour moi d'y être car, oui, on est tous dans le même bateau. A.V. J'étais en studio quand Nicolas Hulot ( ex-ministre français de la Transition écologique, Ndlr) a annoncé, sur France Inter, sa démission en direct. La moitié de la presse française a écrit qu'il était lâche de partir, l'autre moitié a dit qu'il a bien fait de donner un coup de pied dans la fourmilière. Personnellement, je ne sais pas quel est le bon angle mais pour écrire une chronique humoristique, la réflexion que ça sous-tend est intéressante. M.-C.M. Moi, je regrette les gens qui, après avoir décidé de prendre des responsabilités, les abandonnent avant la fin du moment prévu pour cela, c'est-à-dire le renouvellement des urnes, aussi bien en Belgique récemment avec la N-VA qu'en France avec Nicolas Hulot que j'ai eu l'occasion de rencontrer à plusieurs reprises et qui était d'une grande anxiété par rapport à la situation dans laquelle il se trouvait. Il y a quand même 58 réacteurs nucléaires en France et il s'est toujours trouvé très mal à l'aise par rapport à cela. A.V. Je peux comprendre humainement le geste de Nicolas Hulot et je me dis même que vous, peut-être, vous avez dû penser la même chose parce que vous n'avez peut-être pas pu défendre vos convictions, notamment par rapport aux Régions. C'est un des ministères les plus difficiles que vous gérez là... M.-C.M. Je suis une combattante. Si je décide, à un moment donné, de prendre en charge une responsabilité, je vais l'assumer jusqu'au bout. Il n'y a pas de difficulté par rapport à cela. A.V. Si votre vie politique s'arrête demain, vous pourriez être angoissée ? M.-C.M. Non. Mais c'est moi qui l'aurais décidé. Vous pourriez alors refaire de l'art dramatique et peut-être monter un jour votre one woman show, madame Marghem... M.-C.M. On évolue toujours dans sa vie. Rien n'est fixe. Donc, pourquoi pas ? A.V. Bernard Tapie l'a fait. Bon, en politique, il n'y a pas beaucoup d'autres exemples de gens qui sont montés sur les planches... M.-C.M. Vous savez, on a une vie artistique à la maison. Mon mari est chef d'orchestre. On fait des concerts. C'est une vie merveilleuse d'avoir un musicien chez soi. A.V. Ça doit vous emmener ailleurs par rapport à la politique... M.-C.M. Tout le temps ! C'est l'île magique. Le matin, je prends mon armure, mon épée et je pars au combat. Et quand je rentre le soir, je laisse tout ça au vestiaire et je vis une autre vie. Mais j'ai une demande pour terminer. Pourrions-nous imaginer un petit moment à deux ? A.V. ( Interloqué) A nous deux ? M.-C.M. Pas sexuel ! A.V. Hors média ? M.-C.M. Non, sur scène ! A.V. Ah ! Je suis en tournée en France, mais je viens en spectacle le 28 avril à Mouscron. Vous voulez faire ma première partie ? M.-C.M. Pourquoi pas ? A.V. Ecoutez, si vous préparez un bon sketch... M.-C.M. Vous m'avez dit tout à l'heure qu'il n'était jamais trop tard pour recommencer... A.V. Ce serait rigolo ! Mais pas de politique, hein ! M.-C.M. Bon, je vais le faire. C'est bloqué !