L'emploi a retrouvé sa vitesse de croisière d'avant-pandémie. Mieux encore, les entreprises pleurent pour trouver du personnel. En Belgique, les emplois vacants sont estimés à 3,5% de l'ensemble des jobs, le pourcentage le plus élevé d'Europe. Théoriquement une excellente nouvelle puisque révélatrice de la reprise économique mais, en pratique, une très mauvaise nouvelle pour les différents acteurs.
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L'emploi a retrouvé sa vitesse de croisière d'avant-pandémie. Mieux encore, les entreprises pleurent pour trouver du personnel. En Belgique, les emplois vacants sont estimés à 3,5% de l'ensemble des jobs, le pourcentage le plus élevé d'Europe. Théoriquement une excellente nouvelle puisque révélatrice de la reprise économique mais, en pratique, une très mauvaise nouvelle pour les différents acteurs. A commencer par les employeurs: les entreprises croulent en effet sous les commandes et n'arrivent plus à honorer les délais de livraison à cause de cette pénurie de personnel... Le deuxième grand perdant est l'économie. Selon le FMI, il faudra trois ans avant que la Belgique ne retrouve le niveau d'avant la crise. Autrement dit, elle ne renouera avec l'activité de fin 2019 qu'en 2022. Compte tenu d'une croissance annuelle de 2% en moyenne, l'économie est aujourd'hui 6% en-deçà de son niveau normal, soit un manque à gagner de quelque 25 milliards d'euros. Tertio, le contribuable qui se verra présenter la note de la pandémie. Si l'économie pouvait tourner à plein régime, le redressement générerait davantage de rentrées. Quarto, les chômeurs à la recherche d'un emploi. Le taux de chômage est aujourd'hui estimé à 6,7% de la population active... Tant les employeurs, l'économie, les contribuables et les chercheurs d'emploi sont donc perdants. Pourtant, rien ne bouge. Comment l'expliquer? Tout simplement parce qu'en Belgique, l'inactivité est considérée comme une alternative valable au travail. Se lever chaque matin, s'habiller et aller travailler pour ne pas gagner beaucoup plus que les allocations de chômage, avouez que ce n'est pas vraiment motivant. La différence entre l'inactivité et le travail n'est pas assez marquée. La faute à qui? Certainement pas aux employeurs qui paient 41 euros de charges salariales par heure en Belgique, le taux le plus élevé d'Europe après le Luxembourg et le Danemark. Le problème se situe au niveau du salaire net empoché par l'employé. Ce n'est donc pas l'employeur qui paie trop peu mais l'Etat qui ponctionne beaucoup trop. La Belgique détient depuis 20 ans la palme des charges salariales les plus élevées d'Europe. La seule solution? Changer les mentalités. Un petit recadrage, d'ailleurs, s'impose: l'indemnité de chômage est censée être une aide temporaire allouée aux demandeurs dans l'impossibilité temporaire de retrouver un emploi. Tel est le principe même de l'aide aux chômeurs. Une assurance revenus minimum, en quelque sorte. Une aide qui doit être accordée temporairement, seulement et seulement s'il n'y a pas de travail disponible, et immédiatement suspendue si une offre se présente. L'application stricte de la règle permettrait d'offrir à nouveau des perspectives d'emploi à tous les chômeurs et à de nombreux malades psychologiques. Tout le monde ou presque serait alors gagnant: les chômeurs, les employeurs, les contribuables et l'économie en général. Les seuls perdants seraient les syndicats qui, du fait de la baisse du chômage, perdraient leurs rentrées (200 millions d'euros par an selon les estimations), destinées au paiement des indemnités. Des syndicats dont il faudrait dès lors inverser le mode de financement, à savoir octroyer une dotation assortie d'un bonus pour chaque chômeur remis au travail. Pourquoi n'accepteraient-ils pas? N'est-ce pas là l'essence même de leur combat? Cela permettrait de trancher le noeud gordien de nombreux chômeurs et de résoudre l'énorme pénurie de main-d'oeuvre. Le travail cesserait alors d'être une anomalie et le chômage un statut à part entière.