Le défi climatique a tenu la vedette lors de la 5e édition du Trade Forum de Credendo avec l'intervention de Bertrand Piccard (Fondation Solar Impulse) en fin de journée, mais aussi lors de discussions sur l'endettement des Etats ou l'analyse des risques par l'assureur-crédit belge. Et bonne nouvelle, on en ressort avec un certain optimisme. Le credo de Bertrand Piccard est connu : les solutions techniques existent, elles sont rentables mais la volonté politique de les appliquer aujourd'hui fait encore défaut.
...

Le défi climatique a tenu la vedette lors de la 5e édition du Trade Forum de Credendo avec l'intervention de Bertrand Piccard (Fondation Solar Impulse) en fin de journée, mais aussi lors de discussions sur l'endettement des Etats ou l'analyse des risques par l'assureur-crédit belge. Et bonne nouvelle, on en ressort avec un certain optimisme. Le credo de Bertrand Piccard est connu : les solutions techniques existent, elles sont rentables mais la volonté politique de les appliquer aujourd'hui fait encore défaut. Plusieurs entrepreneurs belges ont présenté leurs contributions concrètes à ce défi climatique. Contributions qui ne résultent d'ailleurs pas forcément de postures idéologiques en faveur du développement durable. Colruyt a ainsi investi dans l'éolien avant tout pour tenter d'assurer son indépendance énergétique et ne pas voir ses activités logistiques paralysées par un black-out. " Notre objectif était de devenir autosuffisant à 100%, commente Stephan Wildens, business unit manager pour Colruyt. Et peu à peu, nous sommes arrivés à développer des offres de produits et services qui permettent à nos clients de participer aussi à cette transition. " Colruyt investit également, poursuit-il, dans l'hydrogène comme carburant alternatif et dans l'élevage durable de moules, et bientôt peut-être d'huîtres, en mer du Nord. La mer du Nord, c'est le terrain de jeu de Blue Cluster, dirigé par Caroline Ven. Ce groupement soutient des projets maritimes innovants et durables. L'un d'eux vise, par exemple, la désalinisation de l'eau de mer. " L'innovation ici, ce n'est pas de désaliniser (cela existe depuis longtemps) mais de le faire sans consommer d'énergie fossile et en réutilisant le sel dans un processus circulaire, a expliqué Caroline Ven à la tribune du Trade Forum. Si nous y parvenons, c'est un marché gigantesque qui s'ouvre. " Engie participe à la démarche de Blue Cluster. L'électricien planche, avec Deme, sur la production d'énergie photovoltaïque en mer. " Nous ne pourrions pas mener un tel projet sans l'apport de partenaires, confie Philippe Van Troeye, CEO d'Engie Benelux. Le défi climatique, ce n'est pas trouver une solution à un problème. Nous devons vraiment avancer ensemble et combiner les compétences venant de différentes industries pour relever le défi. " Le groupe John Cockerill s'est également intégré dans cette démarche, où son savoir-faire technique peut intéresser de nombreux partenaires. " L'exportation représente 90% de notre chiffre d'affaires, explique Jean-Luc Maurange, CEO de John Cockerill. Notre plus gros électrolyseur est implanté en Chine. Il alimentera en hydrogène vert les bus qui circuleront aux Jeux olympiques de Pékin en 2022. Mais la recherche et le développement de projets pilotes, tout cela reste en Belgique. A la fois parce que plus ce travail reste concentré et localisé, plus la propriété intellectuelle est sécurisée ; et parce que nous avons besoin de projets pilotes qui fonctionnent pour asseoir notre crédibilité. " A les entendre, notre pays bouillonne de projets environnementaux étonnants. Mais, à ce stade, ils paraissent encore largement insuffisants pour infléchir le cours des choses. Les quatre intervenants restaient néanmoins optimistes, convaincus que la mutation économique en cours présentait plus d'opportunités que d'obstacles. Cet optimisme repose notamment sur... la mobilisation des citoyens. " Le sentiment d'urgence est là et il poussera chacun d'entre nous à poser des choix et à adapter ses comportements ", estime Stephan Windels. " Ce qui me donne confiance, c'est ce que j'entends des clients ", abonde Philippe Van Troeye. Et aussi ce qu'il entend en famille. Le patron d'Engie a en effet confié que les vacances familiales impliquaient maintenant des discussions de type " avion ou pas avion ". " Les dernières décennies nous ont donné des habitudes, explique-t-il. Voyager, c'est tellement simple et ça ne coûte pas très cher. La solution viendra de toutes les actions différentes que les uns et les autres pourront prendre. " " Technologiquement, il est possible d'atteindre les objectifs climatiques, assure Caroline Ven, en phase sur ce point avec Bertrand Piccard. Mais elles impliquent des investissements énormes. " Est-ce soutenable pour un pays très endetté et aux finances déjà vacillantes, comme la Belgique ? Peut-être bien, si l'on en croit les déclarations d'un autre participant au Trade Forum, Declan Costello, directeur général adjoint pour les Affaires économiques et financières à la Commission européenne. L'Europe pourrait en effet revoir ses grilles d'analyse des budgets nationaux, en vue d'y intégrer les investissements pris par les Etats pour répondre au défi climatique, à l'image de ce qu'elle avait décidé il y a quelques années pour prendre en compte les mesures prises (ou pas) pour anticiper le vieillissement de la population. " La transition impose des investissements importants qui n'entrent pas dans les règles budgétaires classiques, a-t-il expliqué. Il faudra trouver de nouveaux points d'équilibre. " L 'intention européenne n'est évidemment pas d'ouvrir grandes les vannes budgétaires. Mais, peut-être, de dégager une marge d'action. L'organisateur de ce forum, Credendo, est un assureur-crédit. Une institution dont le métier est d'analyser les risques. Ces dernières années, le risque environnemental a gagné en importance. " Aucune région du monde ne sera épargnée par les effets des changements climatiques, pointe Raphaël Cecchi, analyste country and sector risk chez Credendo. Et les pays émergents sont les plus vulnérables face à ces impacts. " Les dérèglements climatiques vont assécher des sols, en inonder d'autres et tout cela va intensifier les flux migratoires (réfugiés climatiques) et les tensions militaires pour le contrôle des terres arables et des accès à l'eau. " Par nature, les changements climatiques n'ont pas de frontière et des coûts externes importants, ajoute Raphaël Cecchi. Ce contexte peut générer de vives tensions entre les Etats, entre les plus vertueux et les moins sensibles à la question. L'instauration de taxes douanières liées au carbone peut aussi affecter les relations commerciales. "