L'été 2022 restera dans les mémoires pour ses températures record, après l'épisode d'extrême chaleur que plusieurs pays européens ont connu. Sur le plan économique, les chiffres record de l'inflation (8,6% en juin dans la zone euro, 10,5% en Belgique selon la mesure d'Eurostat) marquent aussi les esprits, sans compter que de nouveaux records pourraient encore être atteints en juillet.
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L'été 2022 restera dans les mémoires pour ses températures record, après l'épisode d'extrême chaleur que plusieurs pays européens ont connu. Sur le plan économique, les chiffres record de l'inflation (8,6% en juin dans la zone euro, 10,5% en Belgique selon la mesure d'Eurostat) marquent aussi les esprits, sans compter que de nouveaux records pourraient encore être atteints en juillet. Face à cette inflation record, cet été 2022 restera aussi dans les mémoires comme LE moment où la Banque centrale européenne (BCE) a décidé de relever ses taux d'intérêt. Ce n'était plus arrivé depuis...2011. Par ailleurs, alors qu'elle avait initialement prévu de relever les taux d'un quart de pour cent, la décision de doubler la mise au dernier moment est intéressante à plus d'un titre. Tout d'abord, cette décision permet à la BCE de sortir plus rapidement que prévu la zone euro de la période de taux négatifs. Ont-ils été une bonne chose pour l'économie européenne? Il faudra probablement encore un peu de temps pour analyser l'apport exact de cette stratégie atypique. La banque centrale américaine ne s'y est d'ailleurs jamais risquée. Certes, elle a permis aux gouvernements de bénéficier de taux d'intérêt particulièrement attrayants. Mais elle a aussi eu un coût pour les épargnants. Ensuite, on sait bien que la hausse de taux du 21 juillet dernier ne fera pas baisser l'inflation à court terme. Cette hausse, ainsi que d'autres hausses potentielles, visent toutes à réduire les anticipations d'inflation et à restaurer la réputation et la crédibilité de la BCE en tant que combattante de l'inflation. En actant une telle décision, la BCE affiche sa volonté de rattraper la réalité d'une inflation galopante: si l'on n'augmente pas les taux avec vigueur maintenant, quand le ferait-on? Enfin, la décision du 21 juillet montre peut-être aussi que la fenêtre permettant à la BCE de poursuivre ce que Mme Lagarde avait encore appelé en juin un long voyage se ferme rapidement. Et dans ce contexte, il valait mieux procéder au plus vite au relèvement de taux d'un demi pour cent prévu initialement en septembre. Mais sur ce point, il faut avouer que la BCE est assez floue. D'un côté, elle ne stipule plus qu'elle procédera à "de multiples hausses de taux" mais prendra ses décisions "réunion après réunion". La voilà donc bien moins certaine de l'évolution économique des prochains trimestres. Mais d'un autre côté, Mme Lagarde continue de marteler que la volonté de retrouver une série d'activités (dont le tourisme), l'utilisation de l'épargne accumulée durant la pandémie et les mesures de soutien des gouvernements pour faire face à l'augmentation des prix de l'énergie sont de nature à maintenir la consommation des ménages. Ces arguments, que je prends personnellement avec beaucoup de prudence tant ils me paraissent optimistes dans la situation actuelle, plaideraient pour relever davantage les taux afin de freiner la demande et, à terme, l'inflation. Mais ne serait-ce pas un peu le serpent qui se mord la queue...? En pesant ces différents arguments, on peut envisager une nouvelle hausse des taux de 50 points de base au total avant le début de l'hiver. Par la suite, comme je le disais, la fenêtre sera refermée. Au lieu d'un long voyage de relèvement des taux, la normalisation de la politique de la BCE ressemble plutôt à un short break.