Joe Biden est devenu officiellement le nouveau président américain. Sur le plan des relations commerciales, que peut-on attendre de l'administration démocrate qui vient de s'installer à la Maison-Blanche? Et sur quel héritage doit-elle construire sa politique?
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Joe Biden est devenu officiellement le nouveau président américain. Sur le plan des relations commerciales, que peut-on attendre de l'administration démocrate qui vient de s'installer à la Maison-Blanche? Et sur quel héritage doit-elle construire sa politique? "Si je devais caractériser l'héritage de Donald Trump, je dirais: quatre années d'agitation mais peu de résultats, répond Konstantinos Apostolatos, managing director et senior partner du Boston Consulting Group à Bruxelles. Donald Trump voulait rééquilibrer la balance commerciale américaine ("America First"). Il voulait renégocier les accords commerciaux qu'il qualifiait d'obsolètes et de déséquilibrés. Il se déclarait protectionniste et voulait imposer de manière agressive la loi commerciale américaine. Et il désirait, pour reprendre son expression, 'défendre les intérêts américains', notamment face à l'organisation mondiale du commerce (OMC)." En réalité, Donald Trump a engagé une guerre commerciale avec la Chine. Il a renégocié l'Accord de libre-échange nord-américain (Nafta), ce qui a rendu nerveux de nombreux acteurs économiques car les relations commerciales des Etats-Unis avec le Canada et le Mexique pèsent 1.500 milliards de dollars. Et les Etats-Unis, sous son administration, ont imposé de nouveaux tarifs douaniers sur des importations annuelles de l'ordre de 400 milliards de dollars. Car pour Donald Trump, qui considérait l'économie sous de vieilles lunettes mercantilistes, importer est mauvais et exporter est bien. Une vision trop simpliste pour appréhender une économie mondialisée, et qui n'a pas donné de grands résultats. "Ce protectionnisme a réduit la richesse de la nation, souligne Konstantinos Apostolatos. En raison de cette politique, les consommateurs ont dû payer davantage pour leur consommation. Les producteurs américains de biens et services dépendant d'éléments fabriqués à l'extérieur ont été aussi mis dans une position inconfortable car leurs coûts de production ont augmenté. Si Apple avait dû construire l'intégralité de son iPhone aux Etats-Unis, le consommateur aurait dû payer 5.000 dollars le téléphone! La communauté des affaires a donc été très critique à l'égard de cette politique et les partenaires commerciaux des Etats-Unis ont perdu confiance." Cette politique a par ailleurs été inefficace. La guerre commerciale a pesé sur les investissements directs étrangers aux Etats-Unis, qui ont baissé en moyenne de 10 à 12% par an par rapport à ce qu'ils étaient sous Obama. Le déficit commercial a augmenté. Et le pouvoir d'achat des ménages a diminué puisque les ménages américains ont supporté la quasi-totalité de la hausse des droits de douane... "Au niveau de l'emploi, et plus spécialement au niveau de l'emploi industriel, le gain avant la crise sanitaire était proche de zéro", rappelle Konstantinos Apostolatos. Voilà donc l'héritage avec lequel Joe Biden doit composer. Sur le plan de la politique commerciale, le président démocrate a fixé trois priorités: réintégrer le système de coopération internationale (rejoindre rapidement l'accord de Paris sur le climat, redevenir membre de l'Organisation mondiale de la santé, respecter à nouveau les règles de l'OMC, etc.), reprendre un rôle de leader dans le combat pour l'environnement et renforcer l'économie américaine. Et si la politique du buy american sera maintenue, cela se fera sans pour autant céder aux sirènes du protectionnisme. Dans leurs efforts pour ramener les emplois industriels et les chaînes d'approvisionnement au pays, les Etats-Unis s'appuieront donc davantage sur des outils tels que les incitations fiscales, les subventions et les achats publics plutôt que sur des droits de douane élevés. Face aux partenaires européens, Washington aura à réinstaurer une relation de confiance passablement endommagée. "Cela ne se fera pas automatiquement. Mais tout le monde connaît Joe Biden et les membres de son administration. Il y a de nouveau des adultes dans la pièce", observe Konstantinos Apostolatos qui note cependant que l'administration Biden se concentrera surtout, pendant la première moitié de son mandat, sur les problèmes intérieurs: combattre un virus qui reste incontrôlé et restaurer l'économie du pays. Dans ce contexte, Konstantinos Apostolatos ne croit pas que l'on arrive rapidement, au sein de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), à un vaste accord pour accroître la fiscalité des géants du numérique. "Ce sera difficile, je crois", dit-il, ajoutant que la politique générale de Joe Biden face aux multinationales sera de les inciter à investir davantage aux Etats-Unis. Mais la reprise d'un partenariat avec l'Europe pourrait se concrétiser ailleurs. D'abord, du côté du Fonds monétaire international (FMI). Les Etats-Unis de Biden devraient accepter ce qu'avait refusé l'administration Trump: augmenter les moyens du FMI, ce qui serait positif alors que l'économie mondiale souffre de la crise sanitaire. Des liens pourraient être restaurés aussi au sein d'autres organisations internationales: Otan, OMC... ou via des partenariats, notamment dans le domaine scientifique. Le projet d'un vaste accord commercial transatlantique, le TTIP, pourrait resurgir, estime le consultant du BCG. "Ce serait une opportunité, non seulement d'augmenter les échanges commerciaux entre les deux zones mais aussi de freiner l'influence du gouvernement chinois dans son développement agressif..." La Chine, parlons-en. "Joe Biden va continuer à mener une politique restrictive pour protéger en particulier le secteur technologique contre toute tentative agressive de la Chine, affirme le consultant. C'est devenu une guerre pour la dominance économique et le pays a le projet très clair de dépasser l'économie américaine pour devenir la première du monde d'ici à 2025. Néanmoins, ajoute-t-il, la nouvelle administration essayera de normaliser les relations avec Pékin."Mais face à la Chine, l'arrivée du président démocrate est aussi une opportunité de combiner les forces américaines et européennes pour contrer la volonté de domination du géant asiatique dans divers domaines, comme la haute technologie et l'intelligence artificielle. Reste que les choses sont plus compliquées aujourd'hui. "Pour l'Europe, le défi sera de renforcer ses relations avec les Etats-Unis alors que ses Etats membres ont des intérêts économiques avec la Chine (un accord sur les investissements vient d'être signé entre la Chine et l'Union européenne, Ndlr) et ne parlent pas d'une même voix sur le sujet", souligne Konstantinos Apostolatos. On le voit, l'arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche apaise certaines tensions et est un gage de retour à une certaine normalité. Mais elle ne résout pas tous les problèmes.