"L'impact d'une guerre à Taiwan serait bien plus violent sur le plan économique que la guerre en Ukraine, prévient Bernard Keppenne, économiste en chef à la banque CBC. Ce serait le pire des scénarios que l'on puisse envisager aujourd'hui. Taiwan et la Chine représentent quasiment 85% de l'ensemble du marché des semi-conducteurs. Si la Chine envahit Taiwan, on va prendre des mesures de rétorsion à son encontre, et ce sera toute l'économie qui s'arrêtera parce que rien ne peut fonctionner sans semi-conducteurs."
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"L'impact d'une guerre à Taiwan serait bien plus violent sur le plan économique que la guerre en Ukraine, prévient Bernard Keppenne, économiste en chef à la banque CBC. Ce serait le pire des scénarios que l'on puisse envisager aujourd'hui. Taiwan et la Chine représentent quasiment 85% de l'ensemble du marché des semi-conducteurs. Si la Chine envahit Taiwan, on va prendre des mesures de rétorsion à son encontre, et ce sera toute l'économie qui s'arrêtera parce que rien ne peut fonctionner sans semi-conducteurs." Suite à la visite de l'Américaine Nancy Pelosi, speaker de la Chambre des représentants, les manoeuvres militaires chinoises autour de l'île - que Pékin considère comme une de ses provinces - ont vivement accru les tensions avec les Etats-Unis. Au risque de générer une situation sécuritaire et économique "inimaginable, un cataclysme", estime Bernard Keppenne. "Or, la question n'est désormais plus de savoir s'il va y avoir une invasion chinoise de Taiwan mais 'quand'. L'ambassadeur de Chine en France a tenu des propos très forts en parlant de la nécessité d'une 'rééducation, après l'invasion'. C'est très violent. Tout est dit, ce ne sont pas des propos qui sont tenus en l'air, c'est très mesuré." En choeur, Bernard Keppenne et son collègue Koen De Leus, économiste en chef chez BNP Paribas Fortis, constatent que les Etats-Unis et l'Europe se préparent à cette éventualité et investissent des dizaines de milliards dans la construction d'usines de semi-conducteurs. Mais cela prendra, au moins, quatre à cinq ans. "En réalité, cette crise va encore accélérer la déglobalisation du monde et l'éloignement de plus en plus fort entre la Chine et les Etats-Unis", regrette Koen De Leus. "Quand on polarise des blocs, il faut continuer à faire du business au sein de ces blocs, prolonge Michel Kempeneers, responsable des relations internationales à l'Agence wallonne pour l'exportation (Awex). Inévitablement, quand on déglobalise, cela coûte en outre plus cher et cela fait exploser les coûts, que ce soit ceux des produits, du transport ou de la logistique. C'est là ma crainte principale. Pour les PME et les entreprises belges qui dépendent fortement du commerce international, c'est un vrai souci. Il faut rappeler que 70% de l'économie belge dépend de l'étranger." Responsable des relations entre la Wallonie et l'Asie durant 10 ans, Michel Kempeneers estime que l'on manque trop souvent de "subtilité" dans ces liens commerciaux. "On a assisté ces 20 dernières années à l'émergence de pays asiatiques empreints de confucianisme, de bouddhisme et d'une autre manière de voir le monde. Et trop souvent, le monde occidental est venu avec sa propre vision des choses." Conclusion: "Mon point de vue, qui n'est pas forcément partagé par tout le monde, c'est que la petite Wallonie a vraiment intérêt à rester ouverte sur le monde et à l'écoute de ses partenaires étrangers, qu'ils soient américains, japonais ou chinois, peu importe. Parce que c'est vital pour nous."