Ivan, garagiste de 35 ans dans le sud de Moscou, voit passer tous types de voitures, des plus simples aux plus chères.

Ces derniers temps, ses clients paniquent. Le prix des pièces détachées étrangères a bondi de 30% ou plus, les marques ayant cessé d'exporter vers la Russie sous l'effet des sanctions punissant le pays pour son offensive contre l'Ukraine, lancée le 24 février.

"On écoule des stocks. A un moment, il n'y en aura plus. Les gens qui ont des voitures étrangères ont peur, ils achètent à l'avance, ils se demandent quoi faire à l'avenir, faut-il passer aux pièces chinoises?", raconte-t-il, préférant l'anonymat par crainte de sa hiérarchie.

"Je pense que ce sera mauvais pour la qualité, et donc pour la sécurité", note le garagiste.

Déjà, les autorités ont baissé les normes de sécurité et écologiques des véhicules produits en Russie et autorisé des circuits d'importations parallèles pour contourner les sanctions.

Vladimir Poutine martèle lui que le "blitzkrieg" économique occidental a échoué, et que la Russie a la chance de bâtir une économie indépendante des biens, services et technologies occidentaux.

TVA révélatrice

Selon les autorités, tout va mieux comparé aux premières semaines de l'offensive, lorsque le rouble s'effondrait et l'inflation s'envolait. Elles affirment que la récession sera limitée à 8% en 2022 et que la croissance remontera la pente dès 2023 pour revenir dans le vert en 2024.

Mais à y regarder de plus près, les dégâts s'annoncent lourds.

Un contrôle des capitaux draconien et un marché boursier fonctionnant en vase clos ont créé un rouble vigoureux et une Bourse stable.

Les douanes et la banque centrale ont cessé de publier les données mensuelles du commerce international, masquant l'effondrement. L'inflation, de près de 18% annuels en avril, est à son plus haut en 20 ans.

Des enseignes comme McDonald's ou Starbucks se retirent définitivement, tout comme l'industriel Renault.

Le site indépendant The Bell note qu'en avril, les revenus tirés de la TVA domestique se sont écroulés de moitié et ceux des biens importés d'un tiers, par rapport au même mois de 2021. Cela signifie que "les revenus de l'écrasante majorité des entreprises en Russie ont pris un coup", analyse Andreï Gratchev, expert fiscaliste au cabinet Birch Legal.

"Des problèmes surgissent dans tous les secteurs, tant dans les grandes que dans les petites entreprises", avertissait fin avril la patronne de la banque centrale, Elvira Nabioullina, citant des exemples saisissants: le manque de boutons, importés d'Europe, un problème pour "plusieurs mois".

Même chose pour le papier, "le bois est d'origine russe, mais les produits chimiques de blanchiment ont été importés". Déjà, dans de nombreux commerces ou services moscovites, les factures sont imprimées sur un papier beige.

Le secteur du voyage est ravagé, les Russes ne pouvant plus payer avec leurs cartes bancaires à l'étranger et les liaisons aériennes directes avec l'Europe étant coupées.

Rente énergétique

La côte russe de la mer Noire, haut lieu de villégiature, est devenue difficile d'accès à l'approche des congés estivaux, l'espace aérien y étant fermé pour cause de combats en Ukraine voisine.

Les données du ministère des Finances montrent, elles, que la structure de l'économie, après des efforts de diversification, a fait un bond en arrière: la part des revenus tirés de l'énergie passant de 28% en 2020 à 63% en avril 2022.

De la compagnie aérienne Ural Airlines aux usines d'Avtovaz, premier producteur de voitures du pays à l'arrêt faute de pièces détachées, des dizaines de milliers de personnes sont au chômage partiel ou en congés forcés.

Pour Chris Weafer, de la firme de conseil stratégique Macro-Advisory, "en mars-avril, les sanctions ont touché principalement le système financier", mais à partir de cet été la société en général sera frappée.

"Une baisse des revenus, combinée à l'inflation, réduira très profondément le revenu disponible des gens", prédit-il.

Autre aspect difficilement quantifiable: des dizaines de milliers d'actifs ont quitté le pays depuis fin février, avec les catégories éduquées surreprésentées, signe d'une fuite des cerveaux.

Actuellement, Moscou peut compter sur une rente énergétique record d'environ 25 milliards de dollars mensuels pour "faire fonctionner l'essentiel de l'économie", estime pour l'AFP Chris Weafer.

Mais les dernières sanctions européennes, qui devraient voir les importations européennes de pétrole russe réduites de quelque 90% d'ici la fin de l'année, pourraient gêner l'Etat russe, le temps que les exportations soient redirigées vers d'autres destinations, ce à quoi Moscou se prépare depuis plusieurs mois.

Des sanctions visant le gaz seraient elles beaucoup plus destructrices pour l'économie russe.

Ivan, garagiste de 35 ans dans le sud de Moscou, voit passer tous types de voitures, des plus simples aux plus chères.Ces derniers temps, ses clients paniquent. Le prix des pièces détachées étrangères a bondi de 30% ou plus, les marques ayant cessé d'exporter vers la Russie sous l'effet des sanctions punissant le pays pour son offensive contre l'Ukraine, lancée le 24 février."On écoule des stocks. A un moment, il n'y en aura plus. Les gens qui ont des voitures étrangères ont peur, ils achètent à l'avance, ils se demandent quoi faire à l'avenir, faut-il passer aux pièces chinoises?", raconte-t-il, préférant l'anonymat par crainte de sa hiérarchie."Je pense que ce sera mauvais pour la qualité, et donc pour la sécurité", note le garagiste.Déjà, les autorités ont baissé les normes de sécurité et écologiques des véhicules produits en Russie et autorisé des circuits d'importations parallèles pour contourner les sanctions.Vladimir Poutine martèle lui que le "blitzkrieg" économique occidental a échoué, et que la Russie a la chance de bâtir une économie indépendante des biens, services et technologies occidentaux.Selon les autorités, tout va mieux comparé aux premières semaines de l'offensive, lorsque le rouble s'effondrait et l'inflation s'envolait. Elles affirment que la récession sera limitée à 8% en 2022 et que la croissance remontera la pente dès 2023 pour revenir dans le vert en 2024.Mais à y regarder de plus près, les dégâts s'annoncent lourds. Un contrôle des capitaux draconien et un marché boursier fonctionnant en vase clos ont créé un rouble vigoureux et une Bourse stable.Les douanes et la banque centrale ont cessé de publier les données mensuelles du commerce international, masquant l'effondrement. L'inflation, de près de 18% annuels en avril, est à son plus haut en 20 ans. Des enseignes comme McDonald's ou Starbucks se retirent définitivement, tout comme l'industriel Renault.Le site indépendant The Bell note qu'en avril, les revenus tirés de la TVA domestique se sont écroulés de moitié et ceux des biens importés d'un tiers, par rapport au même mois de 2021. Cela signifie que "les revenus de l'écrasante majorité des entreprises en Russie ont pris un coup", analyse Andreï Gratchev, expert fiscaliste au cabinet Birch Legal."Des problèmes surgissent dans tous les secteurs, tant dans les grandes que dans les petites entreprises", avertissait fin avril la patronne de la banque centrale, Elvira Nabioullina, citant des exemples saisissants: le manque de boutons, importés d'Europe, un problème pour "plusieurs mois". Même chose pour le papier, "le bois est d'origine russe, mais les produits chimiques de blanchiment ont été importés". Déjà, dans de nombreux commerces ou services moscovites, les factures sont imprimées sur un papier beige. Le secteur du voyage est ravagé, les Russes ne pouvant plus payer avec leurs cartes bancaires à l'étranger et les liaisons aériennes directes avec l'Europe étant coupées.La côte russe de la mer Noire, haut lieu de villégiature, est devenue difficile d'accès à l'approche des congés estivaux, l'espace aérien y étant fermé pour cause de combats en Ukraine voisine. Les données du ministère des Finances montrent, elles, que la structure de l'économie, après des efforts de diversification, a fait un bond en arrière: la part des revenus tirés de l'énergie passant de 28% en 2020 à 63% en avril 2022.De la compagnie aérienne Ural Airlines aux usines d'Avtovaz, premier producteur de voitures du pays à l'arrêt faute de pièces détachées, des dizaines de milliers de personnes sont au chômage partiel ou en congés forcés.Pour Chris Weafer, de la firme de conseil stratégique Macro-Advisory, "en mars-avril, les sanctions ont touché principalement le système financier", mais à partir de cet été la société en général sera frappée."Une baisse des revenus, combinée à l'inflation, réduira très profondément le revenu disponible des gens", prédit-il.Autre aspect difficilement quantifiable: des dizaines de milliers d'actifs ont quitté le pays depuis fin février, avec les catégories éduquées surreprésentées, signe d'une fuite des cerveaux.Actuellement, Moscou peut compter sur une rente énergétique record d'environ 25 milliards de dollars mensuels pour "faire fonctionner l'essentiel de l'économie", estime pour l'AFP Chris Weafer.Mais les dernières sanctions européennes, qui devraient voir les importations européennes de pétrole russe réduites de quelque 90% d'ici la fin de l'année, pourraient gêner l'Etat russe, le temps que les exportations soient redirigées vers d'autres destinations, ce à quoi Moscou se prépare depuis plusieurs mois. Des sanctions visant le gaz seraient elles beaucoup plus destructrices pour l'économie russe.