Il y en a qui ont le talent de gâcher la fête. Alors que l'on se réjouit de la tonicité retrouvée de l'économie en Europe, alors qu'aux Etats-Unis et au Japon, on connaît le plein emploi, alors que l'économie mondiale vient de vivre un trimestre faste, avec des signes de croissance à la fois dans les pays émergents et dans les vieux pays industrialisés, alors que l'inflation reste étonnamment sage, alors que l'on se dit que, enfin, 10 ans après son démarrage, la GCF (grande crise financière) est derrière nous, voilà que certains nous prédisent déjà la catastrophe à venir.
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Il y en a qui ont le talent de gâcher la fête. Alors que l'on se réjouit de la tonicité retrouvée de l'économie en Europe, alors qu'aux Etats-Unis et au Japon, on connaît le plein emploi, alors que l'économie mondiale vient de vivre un trimestre faste, avec des signes de croissance à la fois dans les pays émergents et dans les vieux pays industrialisés, alors que l'inflation reste étonnamment sage, alors que l'on se dit que, enfin, 10 ans après son démarrage, la GCF (grande crise financière) est derrière nous, voilà que certains nous prédisent déjà la catastrophe à venir. Claudio Borio, chef du département monétaire et économique de la Banque des règlements internationaux (BRI, la banque centrale des banques centrales) fait partie de ces Cassandre. Nous risquons désormais de tomber dans " le piège de la dette ", a-t-il averti en marge de la publication la semaine dernière du dernier rapport trimestriel de son institution. " La baisse prolongée des taux d'intérêt à des niveaux inhabituellement faibles (...) crée les conditions compliquant le retour desdits taux à des niveaux plus normaux ", estime-t-il. Il ajoute que l'augmentation du nombre d'entreprises ayant du mal à rembourser leurs dettes, ce qu'il nomme des entreprises-zombies, " n'est pas de bon augure ". Pourquoi ce cri d'alarme ? Parce que 10 ans après le déclenchement de la crise et neuf ans après le début du processus qui a mené les taux d'intérêt au plancher, les banquiers centraux se disent un peu partout qu'il est temps d'essayer de revenir à une situation normale et donc à des taux plus élevés. Il est effectivement temps de bouger. Non seulement parce que les autorités monétaires doivent reconstituer leurs stocks de munitions pour pouvoir faire face à de nouvelles crises. Mais aussi parce que les effets de cette période prolongée de taux très bas se font de plus en plus sentir. L'argent pas cher a en effet provoqué de dangereuses distorsions. Ainsi, la dette a continué d'augmenter partout dans le monde. Elle dépasse les 220 % du PIB mondial (contre 180 % avant la crise). Et ce n'est pas seulement dû à la hausse de la dette publique. On constate par exemple chez nous que les ménages s'endettent toujours plus alors que des banques continuent à se faire concurrence dans le domaine (on songe entre autres à la récente bagarre entre Keytrade et Hello bank ! sur le taux fixe à 20 ans). Aux Etats-Unis, les entreprises sont également considérablement plus endettées qu'avant la crise. Et voilà le piège. Cette période de taux plancher a gonflé l'endettement et donc le risque de défaillance quand les taux remonteront. Et en plus, elle a mis en oeuvre une dangereuse mécanique financière. Car plus on tarde à relever les taux, moins le rendement moyen des portefeuilles d'obligations des banquiers, des assureurs, des fonds de pension, etc. est élevé, puisque les anciennes obligations qui portaient encore des taux élevés arrivent toutes progressivement à échéance et sont remplacées par des titres moins rémunérateurs. Ces taux bas prolongés ont fait en sorte que la perte qui grèvera ces portefeuilles sera donc très lourde lorsque les taux d'intérêt se redresseront. Finalement, il n'y a rien de neuf sous le soleil. On avait parié sur une hausse continue des prix immobiliers aux Etats-Unis. La titrisation avait permis d'augmenter les volumes des crédits immobiliers, en les mettant aux mains d'investisseurs étrangers ignorant même ce qu'était un crédit subprime, et imaginant que ces obligations adossées à des crédits immobiliers n'étaient pas plus risquées que des obligations d'Etat tout en offrant un surcroît de rendement. Et quand, après un cycle de hausse quasi ininterrompue de 25 ans, le prix des logements a commencé à baisser aux Etats-Unis, les mâchoires du piège se sont refermées. Aujourd'hui, le danger n'est donc pas écarté, même s'il a pris d'autres formes. Cela en dit long sur la gravité de ce que nous avons vécu depuis 10 ans.