Entre 2004 et 2019, en tendance générale, la situation sociale en Wallonie s'est améliorée, révèle l'IWEPS sur base de son indice de situation sociale (ISS, voir encadré). De 100 en 2004 (base de référence), il a évolué à 106,3 en 2019.

Les résultats estimés pour 2020 montrent les premiers effets de la crise de la Covid-19 avec un renversement de tendance : la contraction de l'activité économique fait chuter le PIB par habitant (indice = 106,9) tandis que l'ISS global (agrégé), soutenu par les mesures prises par les gouvernements durant la crise, résiste aux effets dévastateurs de celle-ci (indice=109,2).

Dans son analyse, l'évolution des déséquilibres socio-économiques interpelle l'IWEPS. Leur hausse continue depuis 2004 s'est accélérée au cours des deux dernières années. Et pour l'année 2020, les premiers chiffres montrent une aggravation inquiétante des déséquilibres. La crise actuelle "se superpose" à une dégradation des déséquilibres socio-économiques et des inégalités sociales préexistants.

Qu'est-ce que l'ISS ?

L'Indice de situation sociale (ISS) est un indicateur complémentaire au PIB. Il permet d'apporter des balises pour suivre, année après année, depuis 2004, l'évolution d'indicateurs de l'état de la situation sociale et des déséquilibres socio-économiques. Sa synthèse sous forme d'indice dresse le bilan du progrès sociétal de la Wallonie en comparaison avec l'évolution du PIB par habitant.

L'ISS offre un cadre statistique de référence qui, en s'appuyant sur le scénario et les perspectives économiques proposés dans le cadre des Perspectives économiques régionales 2021-2026, permet d'étayer une analyse des impacts de la crise de la Covid-19 sur l'évolution à court terme (2021-2022) des conditions de vie et des inégalités sociales en Wallonie sous le prisme des dimensions couvertes par l'ISS : démographie, santé, logement, formation, sécurité, culture, valeurs, revenus, emploi, complétées par un focus sur les populations en grande précarité et sur l'intervention sociale au cours de la crise sanitaire.

Les mesures de soutien limitent les dégâts

L'analyse montre que, pour l'année 2020 et le début de l'année 2021, les mesures de soutien ont clairement permis de limiter certains dégâts. C'est observable à travers plusieurs dimensions mais il est important d'en souligner aussi les limites et les perspectives d'évolution "en demi-teinte", tient à préciser l'IWEPS dans son rapport.

Pour la dimension logement, avec les deux chartes de reports possibles des paiements de crédits hypothécaires, la mesure fédérale d'élargissement de la population-cible du tarif social pour l'énergie, ou encore l'interdiction des coupures de gaz et d'électricité durant le début de la crise, les dégâts ont pu être "limités" en 2020.

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Les effets de ces différentes mesures sont bien visibles dans les premières statistiques disponibles pour 2020. Mais depuis quelques mois ou semaines, les mesures qui concernent le logement sont terminées, la période actuelle et les prochains mois pourraient être bien difficiles.

La crise actuelle "se superpose" à une dégradation des déséquilibres socio-économiques et des inégalités sociales préexistants.

En 2020, la perte moyenne de revenus bruts s'est élevée à 15,1%, mais a été réduite à une moyenne de 3,1% du revenu disponible grâce à l'augmentation des prestations sociales. Toutefois, cette moyenne masque des différences importantes. Ceux qui ont dû se rabattre sur le chômage temporaire pendant une longue période ont subi des pertes de revenus plus importantes. Pour les années 2021 et 2022, les perspectives économiques vont dans le sens d'une reprise, certes porteuse d'optimisme mais qui ne concernera sans doute pas tout le monde, prévient l'Institut wallon.

Le taux d'emploi stable

Les mesures de soutien sans précédent mises en place par les autorités autour de l'emploi (notamment l'élargissement et la facilitation de l'accès au chômage temporaire pour les salariés et le droit passerelle pour les indépendants) ont permis de maintenir une stabilité du taux d'emploi entre 2019 et 2020 en Wallonie. Pour les années à venir, les perspectives sont également optimistes avec les différentes branches d'activité qui reprendraient des rythmes de croissance davantage conformes aux tendances passées.

Par ailleurs, le rapport de l'Iweps montre quela crise sanitaire a exacerbé les difficultés de certaines catégories de la population, qui n'ont pas eu la chance de bénéficier des protections du droit social de manière effective : les travailleurs occupés dans des emplois dits "atypiques" (freelance salariés, en intérim, flexi-jobs, étudiants jobistes), les indépendants "vulnérables", les artistes, etc.

La conclusion de l''IWEPS est sans appel: on assiste à un renforcement des inégalités dans la société de l'après-Covid-19.

Une préoccupation majeure concerne également les soucis de santé mentale et leurs conséquences à moyen et long termes. Quelques indicateurs de l'ISS sont ainsi directement ou indirectement liés à celle-ci : le pourcentage de maladies chroniques, le taux de suicide, la satisfaction de vie, le pourcentage d'invalides en incapacité de travail de longue durée. Certains de ces indicateurs étaient déjà depuis quelques années en évolution fort défavorable en Wallonie.

La santé mentale détériorée

La crise sanitaire, avec les dégâts de la maladie elle-même (parfois de longue durée), mais aussi les reports de soins, les inquiétudes pour l'accès aux soins, les sentiments d'isolement, de solitude et d'angoisse ont clairement détérioré la santé globale et en particulier la santé mentale d'une proportion importante de la population. Une classe d'âge a particulièrement souffert de la crise, et cela est illustré dans pratiquement toutes les dimensions analysées par l'Iweps: les jeunes, de 14 à environ 30 ans.

Enfin, les difficultés des populations précaires ont été exacerbées peut-on encore lire dans le rapport. Elles sont aussi source d'une grande préoccupation : l'accès difficile aux soins de santé et une plus forte comorbidité, les conditions de mal-logement accrues et exacerbées, le passage au numérique s'imposant de plus en plus mais fragilisant ces populations caractérisées par une part importante de personnes en fracture numérique, ou encore, les emplois précaires qui sont les premiers à être supprimés.

La conclusion de l''IWEPS est inquiétante et sans appel: on assiste à un renforcement des inégalités dans la société de l'après-Covid-19.

Entre 2004 et 2019, en tendance générale, la situation sociale en Wallonie s'est améliorée, révèle l'IWEPS sur base de son indice de situation sociale (ISS, voir encadré). De 100 en 2004 (base de référence), il a évolué à 106,3 en 2019. Les résultats estimés pour 2020 montrent les premiers effets de la crise de la Covid-19 avec un renversement de tendance : la contraction de l'activité économique fait chuter le PIB par habitant (indice = 106,9) tandis que l'ISS global (agrégé), soutenu par les mesures prises par les gouvernements durant la crise, résiste aux effets dévastateurs de celle-ci (indice=109,2). Dans son analyse, l'évolution des déséquilibres socio-économiques interpelle l'IWEPS. Leur hausse continue depuis 2004 s'est accélérée au cours des deux dernières années. Et pour l'année 2020, les premiers chiffres montrent une aggravation inquiétante des déséquilibres. La crise actuelle "se superpose" à une dégradation des déséquilibres socio-économiques et des inégalités sociales préexistants. L'ISS offre un cadre statistique de référence qui, en s'appuyant sur le scénario et les perspectives économiques proposés dans le cadre des Perspectives économiques régionales 2021-2026, permet d'étayer une analyse des impacts de la crise de la Covid-19 sur l'évolution à court terme (2021-2022) des conditions de vie et des inégalités sociales en Wallonie sous le prisme des dimensions couvertes par l'ISS : démographie, santé, logement, formation, sécurité, culture, valeurs, revenus, emploi, complétées par un focus sur les populations en grande précarité et sur l'intervention sociale au cours de la crise sanitaire. L'analyse montre que, pour l'année 2020 et le début de l'année 2021, les mesures de soutien ont clairement permis de limiter certains dégâts. C'est observable à travers plusieurs dimensions mais il est important d'en souligner aussi les limites et les perspectives d'évolution "en demi-teinte", tient à préciser l'IWEPS dans son rapport. Pour la dimension logement, avec les deux chartes de reports possibles des paiements de crédits hypothécaires, la mesure fédérale d'élargissement de la population-cible du tarif social pour l'énergie, ou encore l'interdiction des coupures de gaz et d'électricité durant le début de la crise, les dégâts ont pu être "limités" en 2020. Les effets de ces différentes mesures sont bien visibles dans les premières statistiques disponibles pour 2020. Mais depuis quelques mois ou semaines, les mesures qui concernent le logement sont terminées, la période actuelle et les prochains mois pourraient être bien difficiles. En 2020, la perte moyenne de revenus bruts s'est élevée à 15,1%, mais a été réduite à une moyenne de 3,1% du revenu disponible grâce à l'augmentation des prestations sociales. Toutefois, cette moyenne masque des différences importantes. Ceux qui ont dû se rabattre sur le chômage temporaire pendant une longue période ont subi des pertes de revenus plus importantes. Pour les années 2021 et 2022, les perspectives économiques vont dans le sens d'une reprise, certes porteuse d'optimisme mais qui ne concernera sans doute pas tout le monde, prévient l'Institut wallon. Les mesures de soutien sans précédent mises en place par les autorités autour de l'emploi (notamment l'élargissement et la facilitation de l'accès au chômage temporaire pour les salariés et le droit passerelle pour les indépendants) ont permis de maintenir une stabilité du taux d'emploi entre 2019 et 2020 en Wallonie. Pour les années à venir, les perspectives sont également optimistes avec les différentes branches d'activité qui reprendraient des rythmes de croissance davantage conformes aux tendances passées.Par ailleurs, le rapport de l'Iweps montre quela crise sanitaire a exacerbé les difficultés de certaines catégories de la population, qui n'ont pas eu la chance de bénéficier des protections du droit social de manière effective : les travailleurs occupés dans des emplois dits "atypiques" (freelance salariés, en intérim, flexi-jobs, étudiants jobistes), les indépendants "vulnérables", les artistes, etc. Une préoccupation majeure concerne également les soucis de santé mentale et leurs conséquences à moyen et long termes. Quelques indicateurs de l'ISS sont ainsi directement ou indirectement liés à celle-ci : le pourcentage de maladies chroniques, le taux de suicide, la satisfaction de vie, le pourcentage d'invalides en incapacité de travail de longue durée. Certains de ces indicateurs étaient déjà depuis quelques années en évolution fort défavorable en Wallonie. La crise sanitaire, avec les dégâts de la maladie elle-même (parfois de longue durée), mais aussi les reports de soins, les inquiétudes pour l'accès aux soins, les sentiments d'isolement, de solitude et d'angoisse ont clairement détérioré la santé globale et en particulier la santé mentale d'une proportion importante de la population. Une classe d'âge a particulièrement souffert de la crise, et cela est illustré dans pratiquement toutes les dimensions analysées par l'Iweps: les jeunes, de 14 à environ 30 ans. Enfin, les difficultés des populations précaires ont été exacerbées peut-on encore lire dans le rapport. Elles sont aussi source d'une grande préoccupation : l'accès difficile aux soins de santé et une plus forte comorbidité, les conditions de mal-logement accrues et exacerbées, le passage au numérique s'imposant de plus en plus mais fragilisant ces populations caractérisées par une part importante de personnes en fracture numérique, ou encore, les emplois précaires qui sont les premiers à être supprimés. La conclusion de l''IWEPS est inquiétante et sans appel: on assiste à un renforcement des inégalités dans la société de l'après-Covid-19.