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Les récentes tensions entre partenaires du gouvernement de Charles Michel le confirment : confectionner un budget devient de plus en plus complexe. A l'instar de tous les pays de la zone euro (sauf l'Allemagne, le Luxembourg et l'Estonie), la Belgique avec ses différentes composantes politiques est invitée par l'Europe à ramener ses finances à l'équilibre. Un état que le pays n'a atteint qu'à quatre reprises sur les 45 dernières années ! Ce n'est pas la première fois qu'un assainissement d'envergure doit être mené, a rappelé la Banque nationale de Belgique (BNB) dans une étude. En fait, il y a eu trois assainissements dans l'histoire récente. Le premier remonte aux années 1982 à 1987, à la suite des chocs pétroliers et de la fin de l'industrie lourde. C'est l'époque des gouvernements Martens-Gol, de trois sauts d'index et de pouvoirs spéciaux. L'effort s'élève à 5,4 points de PIB. Il cible majoritairement les dépenses... et a un effet désastreux sur l'emploi et le PIB. Le second est mené entre 1993 et 1998 par les deux gouvernements Dehaene. L'objectif est de qualifier la Belgique pour la monnaie unique. Les mesures s'appellent plan global, gel des salaires, création de l'indice-santé ou privatisation de Belgacom. Au final, neuf points de PIB sont gagnés. Cette fois, les recettes sont principalement mises à contribution. L'opposition parle même de " rage taxatoire ". La troisième consolidation est en cours depuis 2011. Elle est rendue nécessaire par la crise de 2008, la récession et le sauvetage des banques. Tous ces chocs ont fait replonger le déficit et remonter la dette. En théorie, l'effort à produire est moins lourd. En pratique, il l'est plus. Le contexte ne joue en effet pas favorablement. La croissance économique est moitié moindre que dans les années 1980 et 1990. La pression fiscale est bien plus élevée et offre donc moins de marges pour lever de nouvelles recettes. Les dépenses d'investissement ont déjà été réduites à leur portion congrue. Le vieillissement de la population rend plus cruelles les coupes dans les dépenses sociales. Le seul atout se trouve dans les taux d'intérêt très bas : ils permettent aux autorités d'alléger leurs charges d'emprunt. Jusqu'ici, cet assainissement s'est fait essentiellement du côté des recettes (gouvernement Di Rupo), puis essentiellement du côté des dépenses (gouvernement Michel). Mais le tempo ralentit. C'est qu'effectuer cet ajustement en bas de cycle économique est contreproductif. D'où la tentation de remettre à plus tard le retour à l'équilibre. A l'origine, celui-ci était prévu pour la fin 2015. On vise aujourd'hui la fin 2018. Et encore, cette date concerne le déficit structurel, qui est une définition plus étroite que le déficit nominal. De plus, le plus gros des efforts restant à faire a été reporté à l'année 2018.