Une journée de Renaud Witmeur commence par un bon footing. Si possible très tôt le matin. "Quand tu as couru comme cela, rien ne va t'énerver dans la journée, assure-t-il. Cela va t'aider à garder un calme absolu, de la distance face aux contrariétés. Courir le matin, c'est un peu ma drogue." Après ça, il peut réorganiser un hôpital déficitaire, négocier des investissements sidérurgiques et même dénouer le sac de noeuds de Nethys. Oui, le président du comité de direction de la Sogepa peut faire tout cela en une journée. "Du temps, nous en avons tous, il faut savoir l'utiliser à bon escient", résume-t-il humblement.
...

Une journée de Renaud Witmeur commence par un bon footing. Si possible très tôt le matin. "Quand tu as couru comme cela, rien ne va t'énerver dans la journée, assure-t-il. Cela va t'aider à garder un calme absolu, de la distance face aux contrariétés. Courir le matin, c'est un peu ma drogue." Après ça, il peut réorganiser un hôpital déficitaire, négocier des investissements sidérurgiques et même dénouer le sac de noeuds de Nethys. Oui, le président du comité de direction de la Sogepa peut faire tout cela en une journée. "Du temps, nous en avons tous, il faut savoir l'utiliser à bon escient", résume-t-il humblement. Cette carrière, Renaud Witmeur ne l'avait pas prévue. A vrai dire, il n'avait prévu aucune carrière. Il s'est lancé dans des études de droit "de manière non réfléchie", parce qu'il voulait quelque chose de généraliste qui ne balise pas trop strictement la voie professionnelle future. Il a apprécié cette formation, en particulier "tous les pans du droit liés à l'action politique", comme le droit public ou le droit constitutionnel. Rien d'étonnant à ce qu'il se retrouve ensuite au cabinet de l'avocat et constitutionnaliste Marc Uyttendaele et assistant à la faculté de droit. A l'ULB, bien entendu. Renaud Witmeur est en effet un libre-exaministe convaincu. Durant ses études, il a milité au sein du Cercle du libre examen où il a côtoyé des Philippe Close (bourgmestre de Bruxelles), Karim Ibourki (président du CSA) ou Eric Mercenier (chef de cabinet du ministre-président de la Région bruxelloise, Rudi Vervoort) qui sont toujours des amis très proches. "On a un lien différent avec les personnes que l'on a connues en dehors du monde professionnel, explique-t-il. Nous avons vécu des choses marquantes ensemble et ce sont des relations qui n'ont strictement rien à voir avec la carrière des uns et des autres." Vous l'aurez sans doute noté, les copains d'unif cités par Renaud Witmeur sont tous socialistes. Lui-même s'est engagé très tôt dans cette voie puisque, à 15 ans, il présidait les Jeunes socialistes de Uccle. "J'ai donc connu un PS assez minoritaire, sourit-il. Mon engagement n'a jamais dévié : la gauche, libre-exaministe et laïque."Le Parti socialiste se souviendra de cet engagement : à la fin des années 1990, le bras droit d'Elio Di Rupo, Frédéric Delcor (encore un ami d'unif...) lui propose un poste de conseiller pour les questions de Justice au cabinet du vice-Premier." Je croyais y entrer pour deux ans, à mi-temps, et je suis financement resté 13 ans dans les cabinets ministériels, raconte Renaud Witmeur. Ce que l'on fait de sa vie, c'est une succession de hasards et d'opportunités, jamais de choix fondamentalement réfléchis." Après les élections de 1999, il comptait donc reprendre sa vie d'avocat et d'assistant universitaire. Mais le boulevard de l'Empereur l'appelle alors pour épauler un jeune ministre dans lequel il fonde beaucoup d'espoir. Et c'est ainsi que le tandem Rudy Demotte-Renaud Witmeur - qui ne se connaissaient absolument pas - est formé. Les deux travaillent ensemble au fédéral, à la Région wallonne et à la Communauté française. "Mon meilleur souvenir politique, ce sont les années aux Affaires sociales et à la Santé publique, confie-t-il. La sécurité sociale, le financement des hôpitaux, la lutte contre le tabac, ce sont pour moi des enjeux essentiels." Des enjeux qu'il continue ensuite à suivre en président notamment l'hôpital Brugmann puis le réseau Iris qui regroupe les hôpitaux publics bruxellois. De cette époque, il retient aussi l'enthousiasme de Guy Verhofstadt. "Beaucoup occupent le pouvoir pour gérer le quotidien, explique Renaud Witmeur. Lui, il essayait vraiment d'utiliser son pouvoir pour faire changer les choses. Son volontarisme était impressionnant." Il a aussi conservé des contacts avec Piet Vanthemsche, CD&V bon teint qui a dirigé l'Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca) et préside l'un des groupes d'experts qui conseillent le gouvernement dans la crise du Covid-19. "La collaboration avec Piet fut superbe, assure-t-il. Gérer des crises avec lui, c'est passionnant." On le voit, l'horizon de Renaud Witmeur ne s'est (heureusement) pas limité aux socialistes francophones... "Débarquer au fédéral, c'est un bel exercice de modestie, analyse-t-il. Vous êtes dans votre petit milieu, où plein de choses semblent évidentes à tout le monde. Et tout d'un coup, vous découvrez que les évidences ne sont pas les mêmes pour tous. C'est intellectuellement très stimulant." Sa période fédérale s'est terminée pendant la longue négociation de l'Orange bleue. Son parti était alors sur la touche et cela lui a laissé un peu de temps pour s'occuper de l'hôpital Brugmann. Mission : sauver une institution qui perdait 16 millions par an. "Cinq ans plus tard, nous en gagnions 11, se félicite Renaud Witmeur. C'est là que j'ai découvert que j'aimais bien ce côté gestion de crise et d'entreprise. Il y a une adrénaline incroyable." Alors quand une opportunité s'est ouverte à la Sogepa (outil de la Région wallonne pour le soutien aux entreprises en redéploiement), l'homme n'a guère hésité. "Treize ans de cabinet ministériel, c'est déjà trop, dit-il. Ce job doit rester temporaire pour ne pas se couper du monde réel, pour ne pas s'atrophier intellectuellement." Il découvre le monde des entreprises, des conseils d'administration, des négociations financières. "Je rencontre plein de personnalités formidables, comme Philippe Bodson avec qui j'ai passé des heures et des heures pour relancer Hamon, dit-il. Je me suis forgé une conviction : ce qui fait la différence, ce n'est pas le business plan, c'est la qualité du management." Aujourd'hui, tout en dirigeant la Sogepa, Renaud Witmeur a été mandaté par le gouvernement wallon pour assurer le poste de CEO intérimaire de Nethys, le temps de mettre de l'ordre dans les tentacules de la pieuvre liégeoise. "J'essaie d'enlever tout le côté irrationnel de ce dossier, de me baser sur les chiffres réels et sur l'intérêt général, explique-t-il. Je ne suis pas doctrinaire, je regarde les résultats. Pour quelqu'un qui, comme moi, croit en l'initiative industrielle publique, ce dossier est vraiment désolant. Parfois, on était vraiment loin de la recherche de l'intérêt général. Mais bon, il y a moyen de tourner la page et de repartir sur d'autres bases. L'enjeu en vaut la peine."