Il serait drôle, le western où Clint Eastwood, mâchonnant un bout de cigare éteint et fixant un redoutable adversaire de son regard d'acier, dégainerait son colt, presserait la détente et s'apercevrait qu'il n'était pas chargé. Clic! Nous risquons de nous retrouver très bientôt dans cette situation.
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Il serait drôle, le western où Clint Eastwood, mâchonnant un bout de cigare éteint et fixant un redoutable adversaire de son regard d'acier, dégainerait son colt, presserait la détente et s'apercevrait qu'il n'était pas chargé. Clic! Nous risquons de nous retrouver très bientôt dans cette situation. Les dernières projections de la Banque nationale montrent en effet que notre pays porte à la ceinture une cartouchière pratiquement vide. Nous avons tiré nos dernières balles anti-récession avec la guerre en Ukraine. Et nous ne parvenons pas à recharger parce que nous ne maîtrisons plus notre déficit public: 9% du PIB en 2020, 5,5% en 2021, 4,5% cette année et l'an prochain, 5% en 2024... Nous semblons avoir perdu le contrôle du budget. Si nous ne faisons rien, la dette belge devrait repasser au-dessus des 110% du PIB dans deux ans. Certes, la remontée des taux ne pèse pas encore sur nos finances publiques qui bénéficient encore du fait que pendant des années, nous nous sommes financés à des taux plancher. Mais cette situation favorable ne va plus durer très longtemps. Car si le déficit augmente, ce n'est pas tant à cause des taux qui remontent mais parce que nous dépensons trop. En 2024, les dépenses budgétaires consenties pour le covid et l'Ukraine devraient presque être effacées mais notre budget sera grevé par un élément beaucoup plus structurel, dont on parle depuis 20 ans mais au sujet duquel on n'a rien fait: le coût grandissant du vieillissement. Ceux qui disent que c'est le triste sort de la plupart des économies industrialisées feraient bien de regarder le tableau, publié par la Banque nationale en marge de ses prévisions, qui compare les déficits des pays de la zone euro pour cette année et l'an prochain. La Belgique est quasiment dernière de la classe. Seule Malte fait encore moins bien et devrait avoir un ratio déficit/PIB plus important que le nôtre. Comme le rappelle le gouverneur de la BNB Pierre Wunsch, "ce qui change aujourd'hui la donne est que le coût de financement de l'Etat est en train d'augmenter très fortement". Le Trésor vient d'emprunter sur 10 ans et il a été obligé de payer un taux d'intérêt de 2,3%, le taux le plus élevé depuis février 2014. "Il faut donc absolument réduire le déficit budgétaire pour avoir des marges de manoeuvre afin de pouvoir affronter une nouvelle récession le jour où elle viendra", conclut Pierre Wunsch. Or, nous sommes peut-être bien plus proches de ce jour qu'on ne le pense. La plupart des prévisions publiées ces jours-ci par les institutions financières ou la Banque nationale retiennent le scénario de base d'un "atterrissage en douceur" de l'économie. Pourtant, le risque le plus probable est celui d'un arrêt brutal provoqué par l'interruption programmée par la Russie de ses livraisons de gaz. Nous sommes en effet entrés depuis le 24 février dans une économie de guerre. Certains partenaires d'hier sont devenus des ennemis. La Russie commence à fermer son robinet gazier vers l'Europe. Avec quelles conséquences? Selon l'Agence internationale de l'énergie, même en baissant le thermostat, nous ne pourrons réduire notre dépendance à la Russie que d'un tiers cet hiver. Sans gaz russe, il nous faudra organiser la pénurie et arrêter certaines chaînes de production. Un coût économique évalué entre 3 et 5% du PIB, nous faisant inévitablement basculer en récession. "Tu vois, disait un personnage du film Le bon, la brute et le truand, le monde se divise en deux catégories: ceux qui ont un pistolet chargé et ceux qui creusent." Attaquons-nous au plus vite au déficit public. Ne soyons pas du côté de ceux qui creusent.