On connaît en effet depuis des décennies la volonté d'autodétermination des Catalans.
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On connaît en effet depuis des décennies la volonté d'autodétermination des Catalans. Bien sûr, on sait qu'une région européenne, si elle se déclarait indépendante, ne serait pas reconnue par l'Union. Les Etats membres tiennent évidemment à leur intégrité. Une région indépendante ne pourrait donc pas utiliser l'euro ni les facilités du marché unique, et se trouverait rapidement aux prises avec d'énormes problèmes socio-économiques. Mais la violence de la crise catalane s'enracine sans doute dans les pénibles souvenirs datant de la guerre civile. Elle s'explique aussi parce que les Catalans ont eu l'impression d'avoir été floués par Madrid. En 2010, la cour constitutionnelle espagnole, saisie par le PP (le parti populaire, celui de Mariano Rajoy) a retoqué les statuts qui renforçaient l'autonomie de la région et qui avaient pourtant été adoptés en 2006 par le parlement. Après cette décision judiciaire, le gouvernement espagnol n'a jamais vraiment voulu discuter d'un nouvel accord. Et puis, au même moment, la crise immobilière a surgi comme un diable de sa boîte. Crise dont une partie de la population de cette région - qui représente 16 % de la population de l'Espagne, mais 20 % de son PIB - a rendu les autorités et les banques de Madrid responsables. Fallait-il pour cela envoyer 10.000 policiers et bloquer le scrutin en utilisant la brutalité ? En démocratie, quand survient un problème, il existe d'autres formes de dialogue que la matraque télescopique. Les psys diraient que pour résoudre le conflit, il faut sortir du cadre de référence dans lequel les protagonistes se trouvent enfermés. La Catalogne aujourd'hui, comme le Brexit hier, montre comment les problèmes pourrissent quand on manque de perspective. Comme l'explique l'historien Ruther Bregman, dans l'entretien qu'il nous a accordé (lire dans ce numéro), nous avons actuellement un sacré besoin d'utopies pour faire avancer le monde. Aussi, convient-il de saluer le discours du président français Emmanuel Macron à la Sorbonne. Un discours dans lequel il a détaillé son rêve européen. C'était parfois grandiloquent. On aurait pourtant tort d'en sourire. La France renoue avec une vision positive, audacieuse, presque fédérale (ouche, ne pas trop employer ce mot à Paris !) de l'Union européenne, prônant une politique de défense et de sécurité commune, une politique migratoire commune, une aide au développement digne de ce nom, un véritable budget, un véritable ministre des Finances sous la houlette d'un parlement dont une partie des députés seraient élus dans une circonscription européenne, etc. Le jour même où le président français prononçait son discours, le groupe allemand Siemens annonçait sa fusion avec le groupe français Alstom. L'Etat français donnait ainsi sa bénédiction à une opération, certes mal vue dans l'Hexagone (où l'on estime que c'est l'allemand qui va manger le français), mais qui pourtant était devenue cruciale. Il y a deux ans, en effet, deux grandes entreprises ferroviaires chinoises ont fusionné pour donner naissance à un géant, CRCC, qui est aujourd'hui capable de construire un TGV pour la moitié du prix que proposent les constructeurs européens et qui rafle contrat sur contrat. Dans le monde de l'entreprise, lorsqu'un défi survient, on tente de le surmonter en rassemblant ses forces et en essayant de voir plus grand. Et si l'on exportait la recette dans le monde politique ?