Alors que le président Trump arrivait à mi-mandat, des commentateurs très sérieux ont affirmé que les Etats-Unis n'avaient pas été aussi divisés depuis les années 1850. Cela peut paraître ridicule. Par comparaison avec le débat sur l'esclavage - condition des quatre millions de Noirs américains et fondement de l'économie du sud des Etats-Unis avant la guerre de Sécession -, les querelles partisanes actuelles semblent bien futiles. Le Congrès est très remonté, mais il y a peu de chances que les représentants en viennent aux mains comme ils le firent une nuit de 1856. Et si le joueur de football américain Colin Kaepernick (ayant posé un genou à terre durant l'hymne de son pays pour protester contre les violences policières envers les Noirs) est un admirable défenseur des droits, il n'est pas non plus Frederick Douglass (ancien esclave ayant réussi à fuir, abolitionniste et grand orateur de la cause).
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Alors que le président Trump arrivait à mi-mandat, des commentateurs très sérieux ont affirmé que les Etats-Unis n'avaient pas été aussi divisés depuis les années 1850. Cela peut paraître ridicule. Par comparaison avec le débat sur l'esclavage - condition des quatre millions de Noirs américains et fondement de l'économie du sud des Etats-Unis avant la guerre de Sécession -, les querelles partisanes actuelles semblent bien futiles. Le Congrès est très remonté, mais il y a peu de chances que les représentants en viennent aux mains comme ils le firent une nuit de 1856. Et si le joueur de football américain Colin Kaepernick (ayant posé un genou à terre durant l'hymne de son pays pour protester contre les violences policières envers les Noirs) est un admirable défenseur des droits, il n'est pas non plus Frederick Douglass (ancien esclave ayant réussi à fuir, abolitionniste et grand orateur de la cause). Personne ne prédit une guerre civile. Pourtant, une telle comparaison montre à quel point les clivages sont désormais profonds aux Etats-Unis. Le président ne va pas se priver de les exacerber en 2019, ce qui nous promet une nouvelle année placée sous le signe de la discorde. Dans les années 1850, les deux camps se disputaient âprement sur la question de l'identité nationale. Le débat était alimenté par deux décennies de forte immigration et par la perspective d'étendre l'esclavage aux Etats de l'Ouest. Les journaux du Nord et du Sud prenaient vigoureusement parti. Les responsables politiques étant incapables de transiger sur l'esclavage, on a demandé à la Cour suprême d'intervenir. Elle rendra l'arrêt Dred Scott contre Sandford, selon lequel les Noirs étaient " si inférieurs qu'ils n'avaient pas de droits que l'homme blanc doive respecter ". S'opposer aux juges deviendra alors le cri de ralliement du Parti républicain insurgé (et anti-esclavagiste). On retrouve aujourd'hui des éléments comparables. Mais la plus grande ressemblance entre cette époque et la nôtre tient à la manière dont les oppositions partisanes radicalisent les deux camps. De même que l'esclavage a fini par être perçu comme un enjeu existentiel aussi bien dans les Etats du Sud que dans ceux du Nord, républicains et démocrates aujourd'hui se perçoivent réciproquement comme une menace en matière de mode de vie. Il y a de moins en moins de chances qu'ils se marient, travaillent ensemble ou même se fréquentent. Les spécialistes des sciences politiques y voient une conséquence de l'alignement des identités raciales, géographiques et partisanes. Dans les années 1960, période dont on peut affirmer qu'elle était marquée par de plus grands désaccords politiques, les républicains avaient encore de nombreux partisans noirs et les démocrates comptaient de nombreux électeurs du Sud. Aujourd'hui, le parti républicain est une formation de Blancs, essentiellement du Sud. Une aubaine pour Donald Trump. Accroître les clivages américains, tout en fustigeant les démocrates, les médias et les immigrés, telle est sa méthode politique. Elle oblige ses partisans à choisir entre l'ennemi et lui. Ce qui explique pourquoi, à travers tous les scandales et parfois les triomphes de son gouvernement, sa cote de popularité n'a guère varié. Entre 37 et 42 % des Américains le soutiennent, une proportion qui fait de lui un président impopulaire, mais compétitif. Cela ne changera pas en 2019 : même un rapport accablant du procureur spécial Robert Mueller, qui enquête sur les accusations de collusion entre l'équipe de campagne de Donald Trump et les hackeurs russes, ne lui fera pas perdre beaucoup de soutiens. Cela ne découragera pas les démocrates. Maintenant qu'ils ont récupéré la Chambre des représentants, ils vont pouvoir, par le biais des diverses commissions, lancer des enquêtes sur les affaires du président, et notamment ses affaires financières. Leurs conséquences vont beaucoup occuper le Congrès. Il est peu probable que les députés adoptent une législation importante, même s'il y a une petite chance pour qu'un dispositif portant sur les infrastructures entre en vigueur. Le lancement d'enquêtes parlementaires devrait également permettre à la direction du Parti démocrate de résister aux pressions de ses électeurs en faveur d'un procès en destitution du président, dont ils craignent qu'il ne se retourne contre eux. La majorité républicaine du Sénat, renforcée par les élections de mi-mandat, fait corps avec Donald Trump, et une destitution manquée pourrait lui attirer des sympathies. Entravé par le Congrès, le président va exploiter toutes les ressources du pouvoir exécutif. On peut s'attendre à un nouveau bras de fer sur l'immigration, car le gouvernement va songer à relancer sa politique de séparation des enfants migrants de leurs parents afin de décourager l'immigration. La politique étrangère de Donald Trump, recours traditionnel des présidents en difficulté à l'intérieur, va être plus active. Ses tentatives de dénucléarisation de la Corée du Nord vont engendrer davantage de mots que d'actes. Kim Jong-un refusera de jouer le jeu, mais Trump ne le reconnaîtra pas volontiers, puisqu'il a déjà déclaré que sa diplomatie était un succès. Par ailleurs, son gouvernement va continuer à réagir contre les abus de la Chine, notamment commerciaux. Il en résultera une aggravation de la guerre commerciale et des tensions militaires grandissantes en mer de Chine du Sud, tandis que des sociétés américaines vont sérieusement essayer de transférer leurs chaînes d'approvisionnement hors de Chine. Une telle riposte des Etats-Unis aurait dû intervenir depuis longtemps, mais le gouvernement chaotique et protectionniste de Trump est mal équipé pour la mener de façon responsable. Il en paraîtra encore moins capable s'il limoge son admirable ministre de la Défense, James Mattis. Il se pourrait qu'il le fasse en 2019, si ce n'est avant, à la grande consternation des alliés des Etats-Unis. Donald Trump reproche à Mattis d'avoir essayé de le refréner dans ses élans souvent impétueux que d'autres membres de l'équipe de politique étrangère (dont Mike Pompeo, le secrétaire d'Etat) ne font qu'encourager. Donald Trump sera, de plus, accaparé par la préparation de la campagne pour sa réélection en 2020. Côté démocrate, les candidats à la primaire vont se bousculer au portillon, et le président va passer du temps à tous les dénigrer. L'année qui vient sera âpre pour le monde politique américain. Mais 2020 devrait être pire encore. Par James Astill.