Le prince héritier d'Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, a souvent mis en garde contre le risque de voir le royaume s'effondrer si le pays ne sortait pas de sa dépendance pétrolière en diversifiant ses activités. Après les vives réactions suscitées par l'assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi à Istanbul, disparu le 2 octobre 2018, rares sont ceux qui continueront à penser que le royaume peut être sauvé sous sa houlette. Les investissements étrangers qu'il cherchait à attirer pour financer ses plans de réforme de l'économie ne seront pas au rendez-vous.
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Le prince héritier d'Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, a souvent mis en garde contre le risque de voir le royaume s'effondrer si le pays ne sortait pas de sa dépendance pétrolière en diversifiant ses activités. Après les vives réactions suscitées par l'assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi à Istanbul, disparu le 2 octobre 2018, rares sont ceux qui continueront à penser que le royaume peut être sauvé sous sa houlette. Les investissements étrangers qu'il cherchait à attirer pour financer ses plans de réforme de l'économie ne seront pas au rendez-vous. Le prince héritier continuera à se présenter comme un sauveur, mais il apparaîtra à son peuple comme une source de problèmes. Craignant pour la survie de la maison des Saoud, des princes plus âgés diront de lui, en privé, que sa réputation a été entachée. Ceux qui lui en veulent de les avoir humiliés, trahis et jetés en prison chercheront à lui rendre la pareille. Se sentant à l'abri dans des capitales occidentales, des prétendants au trône courtiseront les alliés étrangers du royaume en leur suggérant qu'ils pourraient représenter une alternative crédible. Et ils seront écoutés. Les gouvernements occidentaux n'ont jamais vu d'un bon oeil les opérations risquées du prince. Depuis quatre ans, son offensive " Tempête décisive " au Yémen s'est enlisée dans un bain de sang. Et le boycott qu'il a imposé au Qatar a suscité de la rancoeur. Ces deux opérations ont détourné l'attention de l'objectif premier des dirigeants américains : contrer l'influence de l'Iran. D'autres problèmes feront également reculer les puissances occidentales. Le prince Mohammed a rejeté les mécanismes utilisés jusqu'ici pour assurer une transition en douceur. Il a réduit les nombreuses branches de la famille royale au règne d'un seul homme. Des adversaires potentiels en exil ont pesé le pour et le contre d'un retour à Riyad où ils pourraient être placés sous surveillance ou voir leurs biens saoudiens confisqués. Certains demanderont au père du prince Mohammed, le roi Salmane, d'intervenir et de nommer un fils moins impulsif. Mais le roi refusera, sachant que beaucoup de fils ambitieux du Golfe se sont emparés du trône d'un père vieillissant. Avec la montée de l'opposition, le prince verra des menaces partout. Il s'appuiera sur les services de renseignements, qui sont accusés d'avoir assassiné Khashoggi. Plus il sera impitoyable, plus le cercle de ses ennemis s'élargira et plus il les réprimera sévèrement. Les tensions avec d'anciens alliés occidentaux s'intensifieront. Le prince redoutera que, même sous le gouvernement de Donald Trump, la Maison Blanche ne conseille aux mercenaires américains de ne plus participer à sa protection. Il n'oubliera pas que les Russes, les Chinois et même les Iraniens ont gardé poliment le silence quand les capitales occidentales ont manifesté leur indignation après la mort de Khashoggi. Confiné dans son yacht en mer Rouge pour des raisons de sécurité, Mohammed ben Salmane apparaîtra comme un homme isolé. Privé de ses rêves de grandeur, ce prince de 33 ans se souviendra du statut de rock star dont il jouissait auparavant auprès des élites du monde politique et des milieux d'affaires. Il se demandera s'il est possible de faire marche arrière. Se réconcilier avec le Qatar ? Amnistier les prisonniers politiques ? Promettre des élections au Conseil de la Choura, l'assemblée consultative ? Si seulement Khashoggi était là pour me conseiller, se dira-t-il peut-être. Par Nicolas Pelham.