C'est la première fois depuis le lancement de l'euro que la Commission européenne rejette le projet de budget d'un Etat membre. Le 3 octobre, le gouvernement populiste italien de la Ligue et du Mouvement 5 Etoiles a vu sa copie retournée et biffée au gros trait rouge.

Le projet budgétaire italien pour l'an prochain indique que le déficit public devrait augmenter du triple de ce qui était initialement prévu, note la Commission. L'Italie prévoit en effet un budget en déficit de 2,4 % l'an prochain (alors que le précédent gouvernement avait prévu 0,8 % seulement), puis 2,1 % en 2020 et 1,8 % en 2021. Le gouvernement italien assure toutefois ramener la dette publique, qui pèse 131 % du PIB, à 126,5 % en 2021 et promet qu'il ne dérogera pas à ces objectifs.

Pierre Moscovici, commissaire européen en charge des Affaires financières et de la Fiscalité, explique la fermeté de l'exécutif européen : " Le projet de budget du gouvernement italien représente une déviation claire, nette et assumée par rapport aux engagements pris par l'Italie en juillet dernier. Pourtant, nos portes ne se ferment pas : nous souhaitons poursuivre notre dialogue constructif avec les autorités italiennes ".

Un dialogue qui risque cependant d'être bref. Giuseppe Conte, le président du Conseil italien, assure que le surcroît de dépenses (causé par une baisse de la fiscalité, l'instauration d'un revenu de citoyenneté et la baisse de l'âge de la retraite) était une nécessité. " Nous ne sommes pas une bande de têtes brûlées. Si nous avions adopté une loi de finances différente, nous serions entrés en récession ", dit-il. Une fermeté suivie par Matteo Salvini, son ministre de l'Intérieur. " Bruxelles peut envoyer autant de lettres qu'elle veut, les Italiens passent en premier ", affirme-t-il, assurant toutefois son attachement européen : " Je ne veux pas quitter l'euro ni l'Union européenne ".

Structurel contre conjoncturel

Pourquoi la Commission menace-t-elle l'Italie et ferme -t-elle les yeux sur les écarts d'autres pays, comme la France qui atteindra un déficit de 2,8 % l'an prochain ? Parce que la Commission estime qu'une partie des dépenses françaises ont un caractère exceptionnel, au contraire des dépenses italiennes considérées comme structurelles. Mais l'attitude peu amène du gouvernement italien à l'égard des institutions européennes n'aide pas non plus à résoudre le conflit.

La Commission européenne a donné trois semaines à Rome pour revoir sa copie. Sans accord, elle devrait enclencher une procédure de déficit excessif à son encontre, qui pourrait déboucher sur des sanctions financières qui peuvent atteindre 0,2 % du PIB, soit 3,4 milliards dans le cas de l'Italie. Mais il faut pour cela l'accord d'une majorité qualifiée d'Etats membres. Par le passé, la France et l'Allemagne, malgré des dérapages budgétaires avérés, avaient ainsi échappé aux sanctions.