Beaucoup d'Argentins, chez qui la crise du début des années 2000 avait laissé de terribles balafres, avaient juré de ne plus voir le Fonds monétaire international (FMI) remettre les pieds à Buenos Aires. Ils ont mordu leur chapeau ces derniers jours en voyant le président Mauricio Macri leur expliquer lors d'une allocution télévisée que son pays demandait à nouveau l'aide du fonds " afin de faire face au nouveau scénario (économique) mondial et éviter une crise comme celles auxquelles nous avons déjà dû faire précédemment au cours de notre...

Beaucoup d'Argentins, chez qui la crise du début des années 2000 avait laissé de terribles balafres, avaient juré de ne plus voir le Fonds monétaire international (FMI) remettre les pieds à Buenos Aires. Ils ont mordu leur chapeau ces derniers jours en voyant le président Mauricio Macri leur expliquer lors d'une allocution télévisée que son pays demandait à nouveau l'aide du fonds " afin de faire face au nouveau scénario (économique) mondial et éviter une crise comme celles auxquelles nous avons déjà dû faire précédemment au cours de notre histoire ". Le président argentin n'a pas spécifié quel montant il était en train de négocier avec l'institution de Washington, mais dans les cercles gouvernementaux on évoque une ligne de crédit d'une trentaine de milliards de dollars. Si l'Argentine est obligée de faire appel de nouveau au FMI, c'est parce que son économie est prisonnière d'un cercle inflatoire infernal. La hausse des prix dépasse désormais 25 % et le peso argentin s'est effondré sur le marché des changes : il faut désormais près de 25 pesos pour avoir un dollar américain, alors qu'en début d'année, il n'en fallait que 17. Cette hausse des prix et cette chute de la monnaie ont obligé la banque centrale du pays à remonter son taux d'intérêt directeur à 40 % et à intervenir sur le marché des changes. Mais les réserves de la banque centrale ne sont pas inépuisables et de tels taux ne sont pas supportables longtemps. Les turbulences argentines ont des causes internes (des doutes sur la capacité du président Macri à poursuivre ses réformes), mais aussi et surtout, externes, à savoir la remontée des taux aux Etats-Unis. Lors de sa dernière adjudication, le trésor américain a en effet été obligé de concéder des taux d'intérêt de 3 % sur ses nouvelles obligations à 10 ans, un rendement qui n'avait plus été observé depuis 2014. Du coup, une partie des investisseurs étrangers se sont détournés des pays émergents pour réinvestir dans la dette américaine, ce qui crée des turbulences dans les pays les plus fragiles, comme l'Argentine. Le pays avait mis des années à sortir de la crise qui l'avait terrassé au début des années 2000. Le taux de change du peso n'était redevenu flottant que depuis 2015, avec l'arrivée au pouvoir du président Macri, beaucoup plus en faveur des marchés que la présidente précédente, Christina Kirchner. L'Argentine tablait sur la poursuite de la croissance mondiale pour rééquilibrer sa balance courante, renforcer sa devise et juguler l'inflation. Mais la remontée du dollar nourrie par la hausse des taux américains, ainsi que les troubles géopolitiques et la politique fiscale de Donald Trump, détournant les investisseurs des pays émergents, ont sapé cet espoir.