Voici quelques jours, une lettre d'Elio Di Rupo, le président de l'exécutif wallon, rappelait que l'Etat fédéral pourrait faire un petit geste (600 millions) pour aider une Wallonie qui peine à se remettre debout après les dévastations de juillet.
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Voici quelques jours, une lettre d'Elio Di Rupo, le président de l'exécutif wallon, rappelait que l'Etat fédéral pourrait faire un petit geste (600 millions) pour aider une Wallonie qui peine à se remettre debout après les dévastations de juillet. Voici quelques jours, le ministre de la Santé et vice-Premier Frank Vandenbroucke rappelait que les retards de vaccinations ne touchaient pas seulement la Région bruxelloise, mais aussi... Anvers, la ville pilotée par un certain Bart De Wever. Voici quelques jours, un rapport de la Banque nationale rappelait que les transferts interrégionaux n'étaient pas seulement une question de pouvoir d'achat flamand gaspillé par des francophones incompétents et paresseux, mais que c'était un peu plus complexe. Le rapport entre ces trois éléments? Le fait que la réalité institutionnelle et politique du pays ne colle pas avec sa structure socioéconomique. Et donc, à force de communautariser les choses, on passe à côté de l'essentiel. Dans un pays normal, après avoir subi un désastre, une région ne devrait pas être obligée de quémander de l'aide aux autorités fédérales. Il n'a d'ailleurs pas fallu une lettre des citoyens wallons aux citoyens flamands pour que ces derniers, dans un formidable élan, viennent en masse se retrousser les manches pour aider les sinistrés de la Vesdre. Dans un pays normal, on ne compterait pas le nombre de vaccinés en fonction de leur langue maternelle, mais on essayerait de remédier aux problèmes culturels qui font que certaines couches de la population hésitent à se faire vacciner. Dans un pays normal, on ne s'étonnerait pas que les métropoles et leurs périphéries attirent davantage de sociétés de service et d'emplois à hauts revenus, et génèrent donc davantage d'impôts. Car ce que beaucoup ignorent, c'est qu'il n'y a pas que la Flandre à aider les Wallons. La Flandre ET BRUXELLES sont contributrices aux transferts interrégionaux (respectivement à hauteur de 6,2 et 0,9 milliard), précise la Banque nationale. Car de nombreux sièges de sociétés sont localisés dans la capitale et l'Etat fédéral dépense moins en transferts directs aux ménages et aux entreprises bruxellois que flamands et wallons. En fait, regarder les transferts par le prisme communautaire empêche de voir la structure réelle de ce pays, dont les économies régionales sont bien plus imbriquées qu'il n'y paraît et dont l'axe Anvers-Bruxelles et la véritable périphérie de sa capitale ressemblent plutôt à l'axe Amsterdam-Rotterdam ou à Hambourg... Le prisme communautaire n'explique pas que les deux Brabant, wallon et flamand, sont les provinces qui contribuent le plus aux transferts. Il n'explique pas non plus que deux provinces flamandes - le Limbourg (à la difficile reconversion industrielle) et la Flandre-Occidentale (au nombre important de retraités) - bénéficient elles aussi, aux côtés de la majorité des provinces wallonnes, de transferts nets. Comprenons-nous bien. On ne nie pas ici la nécessité de politiques locales ou régionales, ni qu'elles doivent s'améliorer dans le Sud, ni que le Nord est plus riche que le Sud. Bien sûr, la politique de l'emploi à La Louvière doit être autrement plus agressive qu'à Louvain, et les institutions régionales wallonnes doivent vraiment s'atteler au sujet. On ne souhaite pas revenir à la "Belgique de grand-papa". Mais on souligne que pour avoir une vision honnête de ce qui va et ne va pas dans le pays, il faudrait parfois (souvent?) ôter ces lunettes communautaires, très seyantes aux politiques démagogues, mais qui ne permettent pas de voir la réalité des problèmes socioéconomiques et qui, donc, empêchent de les appréhender correctement.