Une capitale internationale et une ville multiculturelle. Une Région corsetée dans ses frontières institutionnelles. Depuis deux ans, Bruxelles souffre, pour ces raisons, plus que ses voisines flamande et wallonne de la crise du coronavirus et de son impact sur nos vies et nos économies. Au moment de présenter, en exclusivité pour Trends- Tendances, leur plan de relance pour 2022, les différents acteurs bruxellois ne cachent pas que cette pandémie constitue un électrochoc.
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Une capitale internationale et une ville multiculturelle. Une Région corsetée dans ses frontières institutionnelles. Depuis deux ans, Bruxelles souffre, pour ces raisons, plus que ses voisines flamande et wallonne de la crise du coronavirus et de son impact sur nos vies et nos économies. Au moment de présenter, en exclusivité pour Trends- Tendances, leur plan de relance pour 2022, les différents acteurs bruxellois ne cachent pas que cette pandémie constitue un électrochoc. Leur volonté consiste toutefois à transformer cette difficulté en une opportunité pour redorer son image, mettre en avant ses nouveaux atouts et l'inscrire dans un monde en pleine mutation. L'après-covid doit être celui d'une nouvelle image pour la capitale, avec un nouveau city marketing partagé par ses acteurs économiques. "L'impact de la crise a été d'autant plus considérable à Bruxelles que l'essentiel de notre tissu économique est composé de petites entreprises, fortement liées à l'horeca ou au tourisme, souligne Barbara Trachte, secrétaire d'Etat à la Transition économique (Ecolo). Les activités productives ne représentent plus que 7% du tissu économique bruxellois. Nous sommes donc plus vulnérables que les économies flamande et wallonne qui sont plus diversifiées. Toutes les administrations bruxelloises ont été sur le pont pendant deux ans pour aider les entreprises. Nous avons dégagé 750 millions d'aides. Si nous avons évité le tsunami de faillites que l'on craignait, c'est parce que de nombreuses entreprises se sont réinventées, mais aussi parce que l'on a dépensé beaucoup d'énergie." Hub.brussels, agence pour l'accompagnement des entreprises, a joué un rôle majeur dans cette tempête. Sa plateforme d'information, le 1819, a travaillé jour et nuit pour délivrer des informations sur les réglementations ou sur les aides possibles. "Plus de 21.000 demandes ont été traitées en 2021, précise Annelore Isaac, directrice générale adjointe de l'agence. Et près de 5.000 entreprises ont été accompagnées de très près." "En 2022, notre challenge consistera à soutenir ces acteurs fortement impactés par la crise pour en faire des vecteurs importants de la relance", appuie Isabelle Grippa, directrice de Hub.brussels. Pour y arriver, il s'agit de faire de ses fragilités des forces. Notamment en poursuivant le cap sur la transition, initié par le gouvernement bruxellois à son arrivée, en 2019. "Cet enjeu est plus important que jamais, acquiesce Barbara Trachte. Pour Hub.brussels, cela signifie aussi un changement de métier pour accompagner les entreprises dans ces changements que l'on essaye d'insuffler. Nous voulons aussi mettre l'accent sur la reprise de politiques sectorielles dans les industries créatives et culturelles, ainsi que l'artisanat." Deux domaines frappés de plein fouet. "A nos yeux, l'économie doit être un accélérateur de changements sociétaux, prolonge Isabelle Grippa, passionnée par le défi. Cet objectif pourrait être laissé aux ASBL ou aux ONG mais nous soutenons que l'entrepreneuriat est un levier de changement et que l'innovation est là pour apporter des solutions. C'est un changement de paradigme loin d'être anodin. Nous adoptons l'ensemble de nos services à cet objectif. Cela est certainement positif pour le bien-être des Bruxellois, mais aussi à l'international parce que l'innovation sociale et environnementale, cela se vend très bien!" Hub.brussels entend rendre cela universel, accessible à tous, avec l'agilité nécessaire pour accompagner les entreprises. "Le 1819 est un service public gratuit qui doit être plus que jamais la porte d'entrée pour tout le monde, insiste Annelore Isaac. Nous souhaitons aussi renforcer l'accompagnement à la digitalisation des services, c'est d'autant plus vital depuis le covid. Nos locaux du 110 chaussée de Charleroi doivent, enfin, devenir l'endroit où l'on met en avant l'entrepreneuriat bruxellois et les réussites de la Région." "L'entrepreneuriat est un levier d'émancipation social, il doit être accessible à toutes et à tous, prolonge Isabelle Grippa. Ce doit également être le cas pour les publics fragilisés. Nous continuerons à mener des actions pour les femmes et les jeunes mais nous insisterons aussi sur les demandeurs d'emploi afin qu'ils considèrent l'entrepreneuriat comme une formule pour s'émanciper." Bruxelles, ville de petites structures, doit être plus que jamais un foyer d'innovations. "Il y a une vocation, dans notre Région, à créer des start-up et des TPME, souligne Isabelle Grippa. Dès qu'elles grandissent, il y a un phénomène de migration. Mais on fait notre job! Une capitale doit être à la source de l'innovation entrepreneuriale. Les indicateurs en termes de création d'entreprises sont très positifs en pleine crise du covid. La résilience est très forte, ce qui ne veut évidemment pas dire qu'il n'y a pas eu des milliers de drames humains." La secrétaire d'Etat à la Transition économique entend d'ailleurs rassurer: "Nous voulons faire une transition économique, pas une révolution, dit Barbara Trachte. Nous voulons que les entreprises survivent à la crise. Mais nous sommes convaincus aussi qu'il s'agit d'une opportunité. Ce qui fait l'attractivité de Bruxelles, aussi, c'est quand nous prenons les devants." Ce n'est pas pour rien que la Région a introduit un dossier auprès de la Commission européenne pour faire partie des 100 villes européennes chargées de développer des projets de recherche collaboratifs pour atteindre la neutralité carbone en 2030. Cap donc, sur une transition assumée. "Ce positionnement politique fort sur l'innovation sociale et environnementale, ainsi que sur l'industrie culturelle, est important car cela concerne énormément d'indépendants et d'artisans, des emplois non délocalisables, ce qui est fondamental, soutient la directrice de Hub.brussels. Et il s'agit de savoir-faire typiquement bruxellois." En mettant à l'honneur les industries culturelles et récréatives, la Région bruxelloise entend redorer le blason d'un secteur qui a été secoué par des fermetures à répétition, quand il ne s'agissait pas de jauges très restrictives, tout au long de la crise. Elle souhaite aussi effacer des tablettes cette étiquette collée durant la pandémie, selon laquelle il ne s'agit pas d'un secteur "essentiel". Mais la raison est, aussi, pragmatique. "Le caractère non essentiel de ces activités, ce n'est jamais passé, souligne Isabelle Grippa. Ce vocabulaire, difficile à soutenir, a fait beaucoup de dégâts, symboliquement. Nous voulons désormais envoyer ce message que nous sommes là pour eux sur le plan économique: c'est important. Les demandes sont d'ailleurs les mêmes que pour toutes les entreprises: j'ai un projet, comment puis-je être aidé et accompagné, comment le financer, où puis-je trouver un lien pour mon tournage ou mon atelier? Mais si Bruxelles est réputée dans le monde, elle le doit aussi à ces secteurs. On doit capitaliser sur cette marque. Une étude nous a en outre démontré que c'est un acteur plus qu'important de notre économie: dans la Région, c'est le deuxième pourvoyeur d'emplois!" "Quand on pense culture, on pense trop souvent à la Communauté française et à des activités subsidiées, reconnaît Barbara Trachte. Alors qu'à Bruxelles, nous avons énormément d'entreprises ou d'indépendants qui travaillent dans des secteurs culturels sans dépendre des pouvoirs publics, que ce soit directement ou indirectement. Il y avait jusqu'ici peu de soutien spécifique en matière économique. Notre message, c'est bien de dire que ce sont des activités économiques comme les autres." Un exemple parmi d'autres? Bruxelles est devenue une terre de prédilection pour les tournages de films. Son image de marque en est revalorisée dans le monde entier. Et son industrie s'exporte, jusqu'à l'Académie des Césars où nos talents briguent de nombreux prix. Une vitrine. Ville ouverte, ville internationale, Bruxelles a besoin des autres pour vivre. En Europe et ailleurs. C'est essentiel pour sa survie, aussi. "Une autre leçon de la crise du covid, c'est la nécessité de soutenir nos petites entreprises à l'exportation, explique Pascal Smet (One.brussels), secrétaire d'Etat en charge des Relations européennes et internationales. Elles doivent moins dépendre du marché local. C'est possible: une société comme les Savons de Bruxelles, par exemple, a connu une belle croissance au niveau mondial." Le bilan en matière d'exportations n'est finalement pas trop mauvais pour ces années de crise. "En 2020, nous avons finalement bien résisté, détaille Pascal Smet. L'OMC avait prédit une diminution du commerce de 9,2%, qui s'est finalement limitée à 5,3% au niveau mondial. Bruxelles a résisté à 5%, finalement. En 2021, nous avons constaté une augmentation de l'exportation des biens bruxellois de près de 13% pour les 10 premiers mois. Là aussi, c'est mieux que les prévisions de l'OMC." "Nos chiffres à l'exportation sont très bons, rebondit Isabelle Grippa. L'économie de service, qui représente 90% de notre tissu, se digitalise et c'est plus facile de les vendre à l'étranger. Les secteurs des pharmas, ainsi que ceux de l'innovation technologique et digitale, ont explosé." En 2022, la Région bruxelloise entend bien taper sur le clou en ouvrant trois nouveaux bureaux à Rabat, Copenhague et Genève. Deux Brussels Houses verront également le jour à Berlin et Milan. "Pour s'engager dans le combat entre les villes, on doit s'équiper davantage avec des armes positives", argumente Pascal Smet. "Le renforcement des postes à l'étranger est capital, complète Isabelle Grippa, puisque 85% du PIB bruxellois dépend de l'international. On doit absolument booster ces chiffres qui sont bons. Et il y a de la marge de manoeuvre: 45% des services bruxellois ne sont pas encore exportés." Il reste à se vendre de façon satisfaisante. En cette ère de réseaux sociaux et de messages instantanés, c'est plus important que jamais. "Pour l'avenir, nous voulons développer la marque de Bruxelles, avec un nouveau narratif mis en place avec le secteur privé, explique le secrétaire d'Etat aux Relations internationales. Nous n'avons jamais eu cela par le passé, au-delà de la simple image touristique. Nous attendons le fruit des réflexions pour la fin de cette année, avant de partir en tournée internationale en 2023. Bruxelles doit être une destination pour investir, travailler, étudier." Cette réflexion avait été initiée avant la crise du covid. "Toute la question est de savoir comment se positionner par rapport à d'autres villes, dit Pascal Smet. On peut parler de la qualité de vie, bien sûr, mais c'est le cas aussi à Zurich, pour donner un exemple. Nous avons un grand atout: tout le monde connaît Bruxelles, mais parfois avec une connotation négative. Il s'agit de bien se distinguer." Capitale européenne, Bruxelles est un nom qui revient régulièrement à la une de l'actualité. Parfois pour de mauvaises raisons, liées à une bureaucratie trop importante. "En tant que capitale administrative de l'Union européenne, le secteur des congrès et des conférences a été impacté, mais cela va redémarrer, complète le secrétaire d'Etat. Les gens en ont marre, au niveau international, des réunions Zoom. Ils vont se réunir. Je dois par ailleurs délivrer les permis d'urbanisme, j'ai une belle vue sur la situation: quand je vois le nombre de nouveaux hôtels que l'on va construire à Bruxelles. Et pas des petits projets: des hôtels de qualité, attrayants... Cela démontre que l'on croit en la potentialité de Bruxelles à plus long terme." Bruxelles entend être une ville innovante, jeune, créative. "Pour les start-up, la qualité de vie est très importante, souligne Pascal Smet. Quand on étudie les raisons pour lesquelles elles choisissent une ville plutôt qu'une autre, c'est lié à cela: moins de voitures, plus d'espaces verts, des logements abordables, des écoles de qualité, la gastronomie, etc. Cela ressort de notre enquête sur la marque bruxelloise. Et c'est quelque chose que nous allons développer dans notre city marketing : nous avons énormément d'atouts dans ce domaine, mais sans avoir pris le temps de l'expliquer par le passé. Nous sommes en bonne voie à Bruxelles, quand on sait d'où nous venons. Un autre argument majeur, c'est que Bruxelles est une ville de minorités, où il est facile d'être créatif parce qu'il n'y a pas de culture dominante. Au niveau international, cette culture urbaine ouverte constitue un argument très important." Trop souvent, la capitale du Royaume reste cantonnée aux clichés qui lui collent à la peau depuis des décennies: le chocolat, les gaufres, la bière, etc. Si l'image est évidemment correcte, elle ne renouvelle guère le genre. Et ne provoque pas une adhésion nouvelle. Le pavillon belge de l'exposition universelle de Dubaï a ainsi suscité des critiques de la part des Régions au sujet de ce côté suranné. En instance de départ pour Dubaï, Pascal Smet confirme: "Tout le monde exprime le fait qu'il met en avant des choses démodées. Il est important que Bruxelles défende sa propre image, y compris dans de tels pavillons. La Flandre fait la même analyse, je pense que c'est le cas aussi pour la Wallonie. Nous devons analyser la façon dont on prépare de telles expositions internationales, on ne peut pas se permettre que les Régions n'y soient pas associées. A Milan, nous étions le pavillon le plus populaire parce que l'on pouvait manger des frites et du chocolat, mais je ne pense pas que cela ait un impact important auprès des investisseurs." Que faut-il mettre en avant, alors? Comment résumer la transition bruxelloise de façon pédagogique? "Le secteur de la construction, pour lequel nous sommes déjà très réputés, est peut-être le plus évident, dit Isabelle Grippa. C'est celui sur lequel nous avons le plus d'avance, celui pour lequel il y a le plus d'innovation et c'est aussi le plus parlant parce que son impact environnemental est très important. Mais il y en a plein d'autres: cela peut aller de la production locale dans des secteurs innovants au niveau technologique à des fintechs qui aident à la transition via la taxonomie en passant par la menuiserie. Ce sont aussi des innovations reproductibles partout dans le monde." Bruxelles réussira-t-elle se profiler comme l'avant-garde du monde de demain? Pour ses acteurs économiques, voilà le cap fixé.