12/12/18 à 09:55 - Mise à jour à 10:12

Plaidoyer pour une solidarité intergénérationnelle

La perspective d'avoir une bonne pension est-elle une préoccupation pour l'avenir ? Attendons-nous que l'État s'en occupe seul ou essayons-nous d'épargner nous-mêmes ? Ce ne sont pas des questions évidentes quand on vient d'entrer sur le marché du travail et qu'on veut louer un appartement ou penser à acheter une maison. De nombreux jeunes ont participé aux récentes manifestations pour les pensions et nous supposons qu'il en ira de même ce vendredi. Nous comprenons très bien leurs inquiétudes qui nous semblent parfaitement justifiées. Mais comment résoudre ce problème ?

Plaidoyer pour une solidarité intergénérationnelle

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Pourquoi est-ce important ?

Lorsqu'on veut résoudre un problème, il est bon de partir de chiffres objectifs.

Tout d'abord, il y a le vieillissement qui implique qu'un nombre décroissant d'actifs cotisent pour la pension d'un nombre croissant de gens : aujourd'hui, 2,3 travailleurs cotisent pour la pension d'un seul pensionné. En 2060, ce ne sera plus que 1,7 travailleur.

Par ailleurs, le Belge moyen vit jusqu'à 82,2 ans, mais prend déjà sa pension à l'âge de 60,5 ans. Sa carrière dure à peine 39 ans, dont 32,9 ans de travail effectif et 6,1 ans de périodes assimilées.

Aujourd'hui en 2018, 20% de nos dépenses courantes sont consacrées à nos pensions. Si nous ne faisons rien pour remédier à la problématique de la fin de carrière, ces dépenses ne feront qu'augmenter et deviendront impayables (et intenables).

Le travail est positif !

Dans le débat actuel sur les pensions et les métiers lourds, une seule question semble primer : quand peut-on prendre sa pension, le plus tôt étant le mieux ? Selon nous, c'est une manière erronée d'aborder le problème. Il faut plutôt se demander comment augmenter les moyens de notre sécurité sociale afin de pouvoir renforcer notre solidarité intergénérationnelle.

Soyons honnêtes. Le dérapage du rapport entre les actifs et les pensionnés, le désinvestissement dans l'infrastructure publique et la prolifération des systèmes de congé et de fin de carrière que nous avons connus ces dernières décennies accablent la jeune génération d'une dette presque ineffaçable. La responsabilité, à notre égard, de ceux qui plaident aujourd'hui pour un départ anticipé est écrasante. Nous sommes toutefois reconnaissants pour les chances que les générations précédentes nous ont données. Grâce à elles, un plus grand nombre de jeunes ont pu entamer des études supérieures.

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Nous sommes conscients que nous devrons travailler plus longtemps. Toutefois, notre génération aborde la vie et le marché du travail d'une manière différente.

Nous sommes conscients que nous devrons travailler plus longtemps. Toutefois, notre génération aborde la vie et le marché du travail d'une manière différente. Nous ne faisons plus une carrière complète chez le même employeur et dans la même fonction, mais traçons notre trajectoire individuelle. Cela implique un apprentissage tout au long de la vie, de la flexibilité dans les horaires, la rémunération et l'équilibre travail-vie privée. Selon une enquête réalisée par IVOX à la demande de la FEB, plus de 30% des jeunes ne veulent pas faire plus d'une heure de trajet pour aller travailler. Pour les digital natives que nous sommes, le monde virtuel joue un rôle important.

En ce qui nous concerne, l'accent doit être mis sur la qualité du travail plutôt que sur le départ anticipé. De nombreuses études montrent en effet que le travail est bon pour la santé. L'approche de la génération actuelle des presque pensionnés est donc erronée : au lieu de vouloir quitter le marché du travail le plus vite possible, il faut rechercher des mesures qui peuvent améliorer les conditions de travail.

Que proposent les manifestants ?

Les manifestants se réfèrent à une position socio-économique qui a déjà été réfutée de toutes les manières possibles et selon laquelle les travailleurs âgés doivent quitter le marché du travail parce qu'ils occupent la place de jeunes qui ne trouvent pas de travail. Ce n'est pas exact. Dans les pays scandinaves, le taux d'emploi de presque toutes les catégories d'âge est très élevé.

Pour quoi plaidons-nous ?

Nous pensons donc qu'il faut travailler plus longtemps en veillant à la qualité de vie. De cette manière, il sera possible d'allonger la carrière, tout en étant solidaire avec les générations qui nous suivent. Nous demandons à nos aînés de ne pas se préoccuper que d'eux-mêmes. Aux manifestants d'aujourd'hui, nous disons : prenez vos responsabilités pour trouver des solutions avec nous.

Plaidoyer rédigé par les jeunes travailleurs de la FEB

Ineke De Bisschop (27 ans)

Thomas Julien (29 ans)

Louis Warlop (27 ans)

Pauline Bertrand (26 ans)

Benoit Monteyne (31 ans)

Wesley De Visscher (28 ans)

Eloïse de Villegas (27 ans)

Alice Defauw (31 ans)

Raf Van Bulck (29 ans)

Erik Peetermans (29 ans)

Anouar Boukamel (28 ans)

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