"Commettre un tel autodafé, un tel suicide économique, c'est évidemment leur problème." Le président russe, Vladimir Poutine, a pointé du doigt l'impact que les Européens s'imposent eux-mêmes en décidant de sanctions contre son pays, en raison de la guerre en Ukraine. Philippe Ledent, chief economist d'ING, reconnaît que ce qui se passe va casser la croissance, mais le cap est le bon, en phase avec nos valeurs.
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"Commettre un tel autodafé, un tel suicide économique, c'est évidemment leur problème." Le président russe, Vladimir Poutine, a pointé du doigt l'impact que les Européens s'imposent eux-mêmes en décidant de sanctions contre son pays, en raison de la guerre en Ukraine. Philippe Ledent, chief economist d'ING, reconnaît que ce qui se passe va casser la croissance, mais le cap est le bon, en phase avec nos valeurs.L'économie européenne se suicide-t-elle comme le prétend Vladimir Poutine?Je ne le dirais certainement pas dans ces termes-là. Non, elle ne se suicide pas! A court terme, nous allons bien sûr en payer le prix, cela va casser notre croissance. Mais à long terme, les choix que nous posons sont les bons.A court terme, il faut bien sûr considérer que cette guerre en Ukraine et les sanctions que nous avons décidées auront un effet négatif sur la croissance européenne. Il n'y a pas d'équivoque: c'est le prix à payer pour la défense de nos valeurs. Encore une chance que nous ne le payons qu'au niveau économique...Il n'y a pas de miracle. A la limite, les Etats-Unis peuvent espérer ne pas en payer le prix à distance, mais nous sommes confontés à une guerre sur le territoire européen, dans un pays qui a des frontières communes avec des pays européens, des échanges commerciaux, une dépendance énergétique...Ce n'est pas pour rien que les prévisions de croissance sont revues à la baisse comme jamais...Bien sûr, c'est le cas de l'OCDE, du FMI, de la Commissions européennes, de nos institutions... Nous-mêmes, nous avons revu fortement la croissance à la baisse: nous misions sur 3,7% en début d'année, nous sommes désormais à 2,2%. C'est le prix de ce confit et singulièrement de l'explosion des coûts de l'énergie. Clairement, ce qui se passe va casser la reprise économique de cette année.Maintenant, s'agit-il d'un suicide? Je trouve le propos pour le moins excessif.Outrancier et provocateur?Vous me permettrez de ne pas émettre de jugement de valeur, mais vous comprenez ce que je veux dire...L'économie doit toujours s'appréhender de façon dynamique. A court terme, bien sûr, il y a un impact, mais l'économie bouge, elle s'adapte, elle trouve un chemin pour évoluer. C'est le cas avec la décision prise ce mercredi par la Commission européenne d'investir 300 milliards d'euros pour mettre fin à cette dépendance énergétique.Bien sûr, de tels processus prennent du temps et l'on va souffrir, mais on n'attend pas docilement que la Russie en revienne à une meilleure attitude. Les Etats et les entreprises cherchent des alternatives.Pendant une période, ce sera délicat, cela fera mal, mais c'est précisément ensemble que nous devons agir de façon responsable pour gérer ce moment difficile.Il s'agit de gérer la transition de façon brutale, en réalité?Oui, tout le monde doit être conscient que le cap que nous suivons est le bon et que chacun devra en payer le prix. Si la situation génère des tensions, une révolte sociale, si nous sommes dans une logique d'opposition, alors nous risquons de traverser cette période de façon plus difficile. Chacun doit prendre son fardeau et tout le monde doit en être conscient, les partis politiques comme les partenaires sociaux!C'est une période délicate à gérer et l'on sent que cela vacille...Poutine aura tout à fait tort dans son propos, sauf si nous faisons les idiots et que nous nous tapons dessus. Il faut des politiques intelligents, des partenaires sociaux intelligents. On doit partir du constat que le moment est compliqué, mais que l'horizon que cela ouvre est le meilleur possible.La crise du Covid, elle aussi, a généré des tensions, mais les réponses ont été fortes et adéquates. Ici aussi, des réponses comme celles de l'Europe sont judicieuses. L'hiver prochain sera sans doute rude, mais les années suivantes, cela ira de mieux en mieux.Cela nécessité un nouveau pacte social?Je dis toujours que nous devons prendre pour exemple le pacte social de 1944, quand les partis politiques et les partenaires sociaux se sont mis autour de la table précisément pour se partager le fardeau. Si c'est le cas, ce ne sera pas un suicide et l'Europe aura réagi de la meilleure manière en mettant fin à sa dépendance.D'ailleurs, pour la Russie, le mouvement sera inverse. A très court terme, son économie profite en effet de la facture plus élevée de l'énergie et encaisse le chèque que nous lui donnons. Mais à plus long terme, comment une économie peut-elle espérer se maintenir en se coupant de tous les ponts?