Cela ne fait-il réellement qu'un an que le président Trump et le dictateur nord-coréen Kim Jong-un semblaient marcher vers la guerre, chacun se vantant de posséder un plus gros bouton nucléaire que l'autre ? En 2019, la détente, commencée début 2018 sur la péninsule après ces provocations réciproques, devrait encore réserver bien des surprises. Les deux dirigeants, ainsi que le président sud-coréen Moon Jae-in, entremetteur de cette improbable idylle, pourraient-ils recevoir un prix Nobel de la paix ?
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Cela ne fait-il réellement qu'un an que le président Trump et le dictateur nord-coréen Kim Jong-un semblaient marcher vers la guerre, chacun se vantant de posséder un plus gros bouton nucléaire que l'autre ? En 2019, la détente, commencée début 2018 sur la péninsule après ces provocations réciproques, devrait encore réserver bien des surprises. Les deux dirigeants, ainsi que le président sud-coréen Moon Jae-in, entremetteur de cette improbable idylle, pourraient-ils recevoir un prix Nobel de la paix ? Kim Jong-un devrait maintenir l'interdiction de ses essais nucléaires et balistiques en 2019. Après avoir rencontré le président Moon à trois reprises en 2018, Kim Jong-un sera le premier dirigeant nord-coréen à se rendre à Séoul, la capitale sud-coréenne. Lors de sa visite à Pyongyang, le président Moon s'est adressé à une foule de 150.000 Nord-Coréens. Un événement extraordinaire dans cet Etat en déliquescence. Cette scène était toutefois moins surréaliste que le spectacle, digne d'une émission de télé-réalité, qu'ont offert les deux dirigeants américain et nord-coréen lors de leur rencontre en mai dernier à Singapour. Donald Trump a notamment invité le jeune dictateur - un homme qui a fait exécuter son oncle, assassiné son frère et emprisonné des centaines de milliers de compatriotes dans des camps de travail - à admirer l'intérieur de " The Beast ", sa limousine blindée. Cette réunion a débouché sur une déclaration commune dans laquelle le dictateur s'est engagé à démanteler son arsenal nucléaire en échange de garanties pour sa sécurité et de l'établissement de relations pacifiques avec les Etats-Unis. Début 2019, le président américain devrait continuer à saluer la sincérité et l'intelligence remarquable du dictateur nord-coréen. De leur côté, les sceptiques Coréens continueront à dire que cette déclaration ne vaut même pas la feuille de papier sur laquelle elle a été écrite. Kim Jong-un ne renoncera jamais à l'arme nucléaire, arguent-ils, et Donald Trump se met le doigt dans l'oeil. Il leur faudra néanmoins patienter un peu avant de pouvoir lancer : " Je vous l'avais bien dit. " Car Donald Trump, Kim Jong-un et Moon Jae-in n'abandonneront pas si facilement cette partie diplomatique aussi inhabituelle qu'improvisée par laquelle leurs destins sont aujourd'hui liés - du moins pour l'instant. Ce triumvirat est précisément ce qui fait de cette détente un moment unique dans l'histoire de la péninsule. Si tout se passe bien, les répercussions économiques, sécuritaires et stratégiques seront phénoménales. Ces trois chefs d'Etat sont des hommes de rupture, très différents de leurs prédécesseurs. Contrairement à son père Kim Jong-il, Kim Jong-un est convaincu que l'isolement économique et l'agressivité ne rendent pas service à son régime. Son voisin du Sud, Moon Jae-in, est un président progressiste porté au pouvoir après plusieurs gouvernements de droite caractérisés par le cynisme et la corruption ; il voit aujourd'hui la péninsule à la croisée des chemins. Quant à Donald Trump, son instinct lui dit qu'il a là l'occasion d'écrire une page d'histoire et de voir porter à son actif l'élimination de la plus grande menace nucléaire de la planète. Le spectacle devrait donc continuer un temps en 2019. Kim Jong-un et son épouse rencontreront les Trump. Peut-être le dictateur pourra-t-il s'installer au volant de " The Beast " cette fois. Un troisième sommet pourrait même être organisé où l'on brandira une sorte de " déclaration de paix " appelant à la fin officielle de la guerre de Corée. Il faudra toutefois que le dictateur nord-coréen prenne également des mesures concrètes pour démanteler son arsenal. A l'approche de la fin de son mandat, le président Trump aura à coeur de parvenir à un accord. C'est sur le président Moon que la pression sera alors maximale. Si le président sud-coréen ne parvient pas à convaincre les Nations unies de la nécessité d'alléger les sanctions contre la Corée du Nord, Kim Jong-un pourrait définitivement écarter toute tentative de dénucléarisation. Mais si Moon met un peu trop d'enthousiasme à se rapprocher de Kim Jong-un, les nombreux faucons de l'administration Trump ne manqueront pas de faire savoir à leur chef tout le mal qu'ils en pensent. Par Dominic Ziegler.