Pourtant, l'Union européenne, qui ne rate jamais une occasion de réglementer ou de réguler quelque chose, s'apprête à publier des réglementations pour limiter ce phénomène. En Belgique, des voix s'élèvent pour favoriser les possibilités de réparer et de réutiliser des appareils anciens, qui pourraient toujours fonctionner.
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Pourtant, l'Union européenne, qui ne rate jamais une occasion de réglementer ou de réguler quelque chose, s'apprête à publier des réglementations pour limiter ce phénomène. En Belgique, des voix s'élèvent pour favoriser les possibilités de réparer et de réutiliser des appareils anciens, qui pourraient toujours fonctionner. On peut admettre que, si une entreprise décide intentionnellement de réduire la durée de vie d'un appareil, elle doive prévenir le consommateur en annonçant cette durée. Mais du moment que cette information est donnée, on voit mal ce qu'on pourrait exiger de plus du producteur. Le choix économique d'une entreprise qui prend une telle décision est en effet souvent lié au fait que le coût nécessaire pour faire vivre le produit plus longtemps est prohibitif par rapport à l'intérêt qu'auraient des consommateurs à conserver celui-ci plus longtemps. On sait bien qu'à propos des téléphones portables par exemple, une proportion importante d'utilisateurs aura toujours envie d'acheter le nouveau produit, même seulement après deux ans, pour bénéficier de nouveaux perfectionnements ou, simplement, pour être à la mode. S'il fallait investir beaucoup d'argent pour permettre le fonctionnement, pendant une plus longue durée, d'appareils dont on sait qu'une proportion notable des consommateurs s'en débarrasse quand même beaucoup plus tôt, ce coût se répercuterait nécessairement sur le prix de vente des appareils. Et c'est finalement le consommateur qui le paierait, pour un avantage qu'il ne recherche en réalité pas. Il en est de même si le progrès technique fait que des produits, qui fonctionnent certes encore, n'intéressent plus leur utilisateur parce que celui-ci peut trouver mieux. Dans certains secteurs aux avancées très rapides, il est inutile de faire en sorte que certaines machines fonctionnent 10 ou 20 ans parce qu'elles deviendront de toute façon technologiquement obsolètes beaucoup plus tôt. C'est là une question de marché, et ce n'est pas le rôle de l'autorité que d'obliger les gens à conserver et à utiliser ces objets dépassés au-delà de leurs souhaits. Le fait que les machines n'ont qu'une durée limitée d'utilisation est d'ailleurs exprimé par la notion comptable d'amortissement, qui tient compte de la dépréciation des objets, non seulement due à leur durée de vie normale, mais aussi à leur durée de vie économique, qui dépend de l'obsolescence de machines qui fonctionnent toujours mais qui n'intéressent pratiquement plus personne. On ne va tout de même pas reprocher à une entreprise d'améliorer sans cesse ses produits sous prétexte que, ce faisant, elle amène les consommateurs à déprécier les anciens, qui fonctionnent toujours mais ne répondent plus à leurs besoins ou leurs souhaits. Tout aussi inutile est l'effort de l'Union européenne pour forcer les producteurs à assurer une meilleure " réparabilité " des produits. Il est certes exact que, lorsque l'on veut faire réparer un téléphone portable ou un autre dispositif, on se voit fréquemment objecter qu'il n'est " pas économiquement réparable ". Cela veut dire simplement que le coût de la réparation se révélerait prohibitif par rapport à celui de l'acquisition d'un nouveau matériel. Mais s'il en est ainsi, ce n'est pas en raison de la rapacité des producteurs, mais de choix politiques dont les Etats européens sont les principaux responsables. Si le matériel neuf est souvent relativement bon marché, c'est parce qu'il est produit en très grandes séries, et dans des pays où la main-d'oeuvre représente une charge moins lourde par les entreprises, souvent en Asie. En revanche, lorsque l'on fait réparer le même produit, ce n'est évidemment plus un travail effectué en série, mais sur un seul objet, qui coûte beaucoup plus cher. Et, en général, comme le consommateur ne veut pas attendre des semaines pour retrouver son objet réparé, la réparation s'effectue en Europe, où les coûts salariaux sont élevés, notamment en raison de charges fiscales et sociales démesurées. Il est donc hypocrite de soutenir à la fois que l'on veut rendre les objets réparables et compatibles avec une économie circulaire et maintenir le système d'Etat omniprésent et très coûteux qui caractérise les pays européens.