Rarement un rapport du Conseil supérieur de la santé aura provoqué une telle polémique. Il faut dire que les experts qui le composent ont passé au crible un sujet inattendu pour leur champ d'étude habituel: la place du nucléaire dans le mix énergétique belge, alors que notre pays recevra en fin de semaine le rapport d'Elia qui doit nourrir la décision politique sur la confirmation de la sortie du nucléaire en 2025.

Depuis quelques semaines, le sujet fait l'objet de débats animés, singulièrement entre écologistes et libéraux. Les réactions à ce rapport témoignent d'un degré élevé de susceptibilité des deux côté du spectre politique. Aux yeux des uns (pour faire court, des écologistes), cette expertise témoigne du caractère inéluctable et souhaité de la mort du nucléaire en Belgique. Pour les autres (pour faire court, les libéraux), ce rapport pose une analyse tronquée, la meilleure preuve étant que trois experts spécialistes du nucléaire ont refusé de le cautioner.

Le nucléaire, non "durable"?

La conclusion du rapport, dévoilé lundi par Le Soir, est critique au sujet de l'impact du nucléaire: "Sur le plan environnemental, éthique et sanitaire, l'énergie nucléaire de fission, telle que déployée actuellement, ne peut pas prétendre satisfaire aux principes du développement durable."

En soi, le rapport ne se prononce pas contre la prolongation de deux centrale nucléaires, estimant qu'il y a des arguments plaidant en sa défaveur faveur comme d'autres en sa défaveur. "Chaque option présente des risques, mais des risques de nature différente et comportant des implications différentes d'ordre éthique, environnemental, sanitaire, économique et de sécurité d'approvisionnement énergétique", souligne-t-il.

Dans la colonne positive, le nucléaire n'émet pas de CO2, reconnaît le rapport, ce qui est positif au regard des ambitions de dominution des émissions. Mais le Conseil rappelle que la production électrique ne représente que 14 % des émissions totales de CO2 en Belgique. Et que la prolongation du nucléaire accroîtra la production de déchets de 8 % pour 2 GW.

Prolonger deux réacteurs de dix ans, indique encore le rapport, présente enfin le risque "de freiner ou repousser à plus tard l'important effort industriel de transition, de développement massif des énergies renouvelables et de développement décentralisé du réseau électrique".

Les écologistes aux anges

"La crise du coronavirus nous a appris à prendre au sérieux les avis des experts et à mener une politique fondée sur des preuves, a rapidement la ministre de l'énergie, Tinne Vandestraeten (Groen). L'avis du Conseil supérieur de la santé est d'autant plus précieux qu'il a été préparé par un groupe diversifié d'experts dans le domaine du nucléaire, d'ingénieurs, de toxicologues et de philosophes. La politique énergétique fédérale repose sur des faits et des chiffres et cet avis contribue à objectiver davantage le débat."

La ministre du Climat, Zakia Khattabi (Ecolo), estime elle aussi dans un communiqué que "cet avis est extrêmement précieux et éclairant dans le débat sur la transition énergétique de notre pays". Selon elle, "le débat sur l'énergie nucléaire a été erronément réduit à l'enjeu climatique en faisant de facto l'impasse sur les très nombreux effets pervers et dangereux d'une telle technologie. L'énergie nucléaire présente de sérieux inconvénients soulignés par les universitaires du Conseil de la Santé qui concluent qu'elle n'est pas conforme aux principes du développement durable, seuls à mêmes de garantir un avenir aux générations d'aujourd'hui et de demain. J'ajouterai cet avis aux discussions du gouvernement sur la sortie du nucléaire dans le cadre de ma responsabilité en matière de développement durable".

Les libéraux outrés

Dans les rangs libéraux, par contre, c'est la soupe à la grimace. Arguments à l'appui.

"L'avis du CSS sur le nucléaire ne compare pas cette énergie au gaz, a critiqué Georges-Louis Bouchez, président du MR. Personne n'a indiqué que le nucléaire était sans contrainte mais on peut indiquer qu'aujourd'hui, face au défi climatique, c'est certainement une solution utile du mix pour réduire les émissions de CO2."

"Par ailleurs, ajoute-t-il, l'avis du CSS repose sur des erreurs d'analyse, comme en ce qui concerne la part de l'électricité dans notre production énergétique, en ignorant son accroissement dans les prochaines années, entre autre, par l'électrification de notre parc automobile".

Conclusion: "Ce rapport n'objective rien du tout. Et ce serait une faute politique de le croire et de décider sur cette base. Le niveau d'émissions de CO2 doit rester notre première préoccupation."

Marie-Christine marghem (MR), ancienne ministre de l'Energie, estime pour sa part qu'il "se termine par une conclusion purement idéologique qui montre que l'ensemble de ces scientifiques est fiché sur la décroissance, c'est tout à fait respectable mais ce n'est pas scientifique". Elle critique le fait que trois experts qui ont participé à l'analyse et qui "ont refusé de se faire identifier alors qu'ils avaient un avis dissident. Sur le plan scientifique, c'est nul".

"A partir du moment où les experts font de la politique, le politique doit rester prudent, ajoute-t-elle. Le politique est là pour faire son choix et non pas pour reprendre les conclusions de rapports scientifiques multiples et divers qu'il a à consulter".

Marie-Christine Marghem évoque encore une manipulation politique: "C'est extraordinaire que ce rapport tombe quelques jours avant la COP26, où l'on va aller expliquer tout ce que la Belgique veut faire pour réduire les émissions de CO2". La manipulation vient "d'initiatives à l'intérieur de ce pôle d'experts qui sont orientés idéologiquement, on le voit dans leurs conclusions. Ou alors ce rapport a été commandé par des gens qui veulent faire grandir l'idée qu'il faut cesser de produire de l'électricité avec le nucléaire dans notre pays. Ce qui va nous mettre dans un problème d'approvisionnement, de factures d'électricité - parce que le gaz coûte cher - et dans un problème relatif au CO2"." Elle souhaite entendre les auteurs de ce rapport à la Chambre.

Ecologistes et libéraux sont à couteaux tirés alors que l'échéance approche à grands pas.

Rarement un rapport du Conseil supérieur de la santé aura provoqué une telle polémique. Il faut dire que les experts qui le composent ont passé au crible un sujet inattendu pour leur champ d'étude habituel: la place du nucléaire dans le mix énergétique belge, alors que notre pays recevra en fin de semaine le rapport d'Elia qui doit nourrir la décision politique sur la confirmation de la sortie du nucléaire en 2025.Depuis quelques semaines, le sujet fait l'objet de débats animés, singulièrement entre écologistes et libéraux. Les réactions à ce rapport témoignent d'un degré élevé de susceptibilité des deux côté du spectre politique. Aux yeux des uns (pour faire court, des écologistes), cette expertise témoigne du caractère inéluctable et souhaité de la mort du nucléaire en Belgique. Pour les autres (pour faire court, les libéraux), ce rapport pose une analyse tronquée, la meilleure preuve étant que trois experts spécialistes du nucléaire ont refusé de le cautioner.La conclusion du rapport, dévoilé lundi par Le Soir, est critique au sujet de l'impact du nucléaire: "Sur le plan environnemental, éthique et sanitaire, l'énergie nucléaire de fission, telle que déployée actuellement, ne peut pas prétendre satisfaire aux principes du développement durable."En soi, le rapport ne se prononce pas contre la prolongation de deux centrale nucléaires, estimant qu'il y a des arguments plaidant en sa défaveur faveur comme d'autres en sa défaveur. "Chaque option présente des risques, mais des risques de nature différente et comportant des implications différentes d'ordre éthique, environnemental, sanitaire, économique et de sécurité d'approvisionnement énergétique", souligne-t-il.Dans la colonne positive, le nucléaire n'émet pas de CO2, reconnaît le rapport, ce qui est positif au regard des ambitions de dominution des émissions. Mais le Conseil rappelle que la production électrique ne représente que 14 % des émissions totales de CO2 en Belgique. Et que la prolongation du nucléaire accroîtra la production de déchets de 8 % pour 2 GW. Prolonger deux réacteurs de dix ans, indique encore le rapport, présente enfin le risque "de freiner ou repousser à plus tard l'important effort industriel de transition, de développement massif des énergies renouvelables et de développement décentralisé du réseau électrique"."La crise du coronavirus nous a appris à prendre au sérieux les avis des experts et à mener une politique fondée sur des preuves, a rapidement la ministre de l'énergie, Tinne Vandestraeten (Groen). L'avis du Conseil supérieur de la santé est d'autant plus précieux qu'il a été préparé par un groupe diversifié d'experts dans le domaine du nucléaire, d'ingénieurs, de toxicologues et de philosophes. La politique énergétique fédérale repose sur des faits et des chiffres et cet avis contribue à objectiver davantage le débat." La ministre du Climat, Zakia Khattabi (Ecolo), estime elle aussi dans un communiqué que "cet avis est extrêmement précieux et éclairant dans le débat sur la transition énergétique de notre pays". Selon elle, "le débat sur l'énergie nucléaire a été erronément réduit à l'enjeu climatique en faisant de facto l'impasse sur les très nombreux effets pervers et dangereux d'une telle technologie. L'énergie nucléaire présente de sérieux inconvénients soulignés par les universitaires du Conseil de la Santé qui concluent qu'elle n'est pas conforme aux principes du développement durable, seuls à mêmes de garantir un avenir aux générations d'aujourd'hui et de demain. J'ajouterai cet avis aux discussions du gouvernement sur la sortie du nucléaire dans le cadre de ma responsabilité en matière de développement durable".Dans les rangs libéraux, par contre, c'est la soupe à la grimace. Arguments à l'appui."L'avis du CSS sur le nucléaire ne compare pas cette énergie au gaz, a critiqué Georges-Louis Bouchez, président du MR. Personne n'a indiqué que le nucléaire était sans contrainte mais on peut indiquer qu'aujourd'hui, face au défi climatique, c'est certainement une solution utile du mix pour réduire les émissions de CO2.""Par ailleurs, ajoute-t-il, l'avis du CSS repose sur des erreurs d'analyse, comme en ce qui concerne la part de l'électricité dans notre production énergétique, en ignorant son accroissement dans les prochaines années, entre autre, par l'électrification de notre parc automobile".Conclusion: "Ce rapport n'objective rien du tout. Et ce serait une faute politique de le croire et de décider sur cette base. Le niveau d'émissions de CO2 doit rester notre première préoccupation."Marie-Christine marghem (MR), ancienne ministre de l'Energie, estime pour sa part qu'il "se termine par une conclusion purement idéologique qui montre que l'ensemble de ces scientifiques est fiché sur la décroissance, c'est tout à fait respectable mais ce n'est pas scientifique". Elle critique le fait que trois experts qui ont participé à l'analyse et qui "ont refusé de se faire identifier alors qu'ils avaient un avis dissident. Sur le plan scientifique, c'est nul"."A partir du moment où les experts font de la politique, le politique doit rester prudent, ajoute-t-elle. Le politique est là pour faire son choix et non pas pour reprendre les conclusions de rapports scientifiques multiples et divers qu'il a à consulter".Marie-Christine Marghem évoque encore une manipulation politique: "C'est extraordinaire que ce rapport tombe quelques jours avant la COP26, où l'on va aller expliquer tout ce que la Belgique veut faire pour réduire les émissions de CO2". La manipulation vient "d'initiatives à l'intérieur de ce pôle d'experts qui sont orientés idéologiquement, on le voit dans leurs conclusions. Ou alors ce rapport a été commandé par des gens qui veulent faire grandir l'idée qu'il faut cesser de produire de l'électricité avec le nucléaire dans notre pays. Ce qui va nous mettre dans un problème d'approvisionnement, de factures d'électricité - parce que le gaz coûte cher - et dans un problème relatif au CO2"." Elle souhaite entendre les auteurs de ce rapport à la Chambre.Ecologistes et libéraux sont à couteaux tirés alors que l'échéance approche à grands pas.