La Chine poursuit un projet pharaonique d'expansion des routes de commerce : les nouvelles routes de la soie. Pour participer à ces projets les pays s'endettent auprès de la Chine, pour constuire ports, routes, rails et autres infrastructures.

Les chercheurs d'AidData, laboratoire de recherches de l'université William and Mary (Virginie, Etats-Unis), repris par le Guardian, ont ainsi trouvé que 165 pays sont endettés envers la Chine, à hauteur de 385 milliards de dollars. Ces emprunts sont systématiquement sous-rapportés aux instances internationales, comme la Banque Mondiale. L'étude menée sur quatre ans montre que les dettes étaient gardées inconnues des instances publiques via des prêts d'affectation précise ou semi-privés. Ces prêts ont des exigences de rapportage des obligations beaucoup moins strictes que les gouvernements. L'importance des montants et du nombre de prêts était beaucoup plus grande que ce que les instituts de recherche, les agences de notations de crédits, ou les organisations intergouvernementales avaient estimé jusque-là.

Ce sous-rapportage concerne notamment les pays du Sud. Le rapport montre que 42 pays à revenu faible ou intermédiaire ont des dettes envers la Chine qui dépassent 10% de leur PIB, comme la Papouasie Nouvelle Guinée, les Maldives, le Brunei, le Cambodge, et le Myanmar. Le Laos, surtout, dont une grande partie de la dette était cachée. Le projet de rail entre la Chine et la Laos à quasi six milliards de dollars est entièrement financé avec des dettes inofficielles, correspondant à un tiers du PIB du pays d'Asie du Sud-Est. Ces dettes n'apparaissent alors pas dans les rapports budgétaires de ces pays, et compliquent la tâche de la gestion des finances publiques.

L'initiative de la nouvelle route de la soie a été lancée en 2013, comme le fleuron de l'investissement international de Xi Jinping. Des centaines de pays à revenu faible ou intermédiaire ont signé des prêts chinois, pour des énormes projets d'infrastructure. Le rapport montre que 35% des projets ont connu des problèmes de corruption, des violations du droit de travail, de la pollution et des manifestations. Depuis juin de cette année, le G7 entend concurrencer l'initiative chinoise, evec son propre projet d'infrastructure intitulé , "build back better world" (reconstruire un monde meilleur).

AidData a analysé plus de 13.000 projets des routes de la soie, d'une valeur totale de plus de 840 milliards de dollars, dans 165 pays, entrepris entre 2000 et 2017. L'étude montre que la forme des prêts a brusquement changé, passant de prêts de gouvernement à gouvernement, avant le lancement de l'initiative en 2013, à des prêts allant à des entreprises et banques publiques, institutions privées et des entités à vocation spéciale. Cette catégorie représente aujourd'hui 70% des prêts.

AidData estime que des organisations comme la Banque Mondiale ou le Fond Monétaire International étaient au courant du problème, mais leur rapport en a pu quantifier l'envergure.

Une politique de prêts agressive, pour diminuer les risques

La controverse autour de l'initiative augmente. Des gouvernements qui ont voulu se retirer, ou renégocier le projet, mais ont essuyé des refus. Les prêts dans le cadre des nouvelles routes de la soie ont diminué, mais les dettes antérieures restent à payer. En 2019, Xi Jinping s'est engagé à augmenter la transparence et la stabilité financière dans le programme, et de n'avoir aucune tolérance pour la corruption.

Il y a en effet des inquiétudes de longue date quant à la transparence, et des suppositions que des prêts à des pays à haut risque créent de la "diplomatie de la dette" ; dans certaines régions, les pays seraient forcés à céder la propriété d'actifs majeurs à la Chine, en lieu du paiement des obligations.

Pour le rapport, la cession d'actifs n'était autorisée que dans les prêts directs du gouvernement. De leur côté, les arrangements de plus en plus fréquents via des mécanismes semi-privés perçoivent les obligations de paiements directement via les revenus des projets financés par les prêts. Le passage à ces arrangements a accru le risque pour les prêteurs chinois. Mais le rapport estime que c'est une option nécessaire si les prêteurs veulent atteindre les buts de Xi Jinping pour les routes de la soie. Ces pays sont souvent déjà fortement endettés, et ne sont officiellement plus autorisés à souscrire davantage de prêts ; interdiction que les prêteurs chinois peuvent contourner de cette manière.

Le rapport montre également que la Chine a rapidement augmenté ses provisions de prêts envers des pays riches en ressources, et où la corruption est forte. "Beijing est plus ouvert à financer des projets dans des pays à risque que d'autres créditeurs officiels, mais est également plus agressif au niveau des paiements, via la collatéralisation", note le rapport. 40 à 50 des plus importants prêts étaient collatéralisés, souvent contre des exportations futures de marchandises.

La Russie a souscrit des prêts et des crédits sur l'export valant 125 milliards de dollars, la plupart du temps contractés via des entreprises publiques de pétrole et de gaz, collatéralisés avec les ventes de gaz et de pétrole à la Chine. Le Venezuela a emprunté 86 milliards de dollars via les banques commerciales chinoises, collatéralisés contre des exportations futures de pétrole, par exemple.

AidData indique dans un autre rapport que la Chine prête de manière disproportionnée aux pays peu fiables dans les mesures conventionnelles de crédibilité, contrairement à d'autres pays prêteurs, en demandant des taux d'intérêt beaucoup plus élevés et des délais de remboursement plus courts. Pour le Pakistan par exemple, la Chine prête à 3,76%, alors que le taux général de l'OCDE est d'1,1%, pour se couvrir des risques.

Le ministère chinois des Affaires Etrangères estime dans un communiqué que pas toutes les dettes ne sont insoutenables, et que les nouvelles routes de la soie ont toujours porté les principes de consultations, contributions et bénéfices partagés.

La Chine poursuit un projet pharaonique d'expansion des routes de commerce : les nouvelles routes de la soie. Pour participer à ces projets les pays s'endettent auprès de la Chine, pour constuire ports, routes, rails et autres infrastructures.Les chercheurs d'AidData, laboratoire de recherches de l'université William and Mary (Virginie, Etats-Unis), repris par le Guardian, ont ainsi trouvé que 165 pays sont endettés envers la Chine, à hauteur de 385 milliards de dollars. Ces emprunts sont systématiquement sous-rapportés aux instances internationales, comme la Banque Mondiale. L'étude menée sur quatre ans montre que les dettes étaient gardées inconnues des instances publiques via des prêts d'affectation précise ou semi-privés. Ces prêts ont des exigences de rapportage des obligations beaucoup moins strictes que les gouvernements. L'importance des montants et du nombre de prêts était beaucoup plus grande que ce que les instituts de recherche, les agences de notations de crédits, ou les organisations intergouvernementales avaient estimé jusque-là.Ce sous-rapportage concerne notamment les pays du Sud. Le rapport montre que 42 pays à revenu faible ou intermédiaire ont des dettes envers la Chine qui dépassent 10% de leur PIB, comme la Papouasie Nouvelle Guinée, les Maldives, le Brunei, le Cambodge, et le Myanmar. Le Laos, surtout, dont une grande partie de la dette était cachée. Le projet de rail entre la Chine et la Laos à quasi six milliards de dollars est entièrement financé avec des dettes inofficielles, correspondant à un tiers du PIB du pays d'Asie du Sud-Est. Ces dettes n'apparaissent alors pas dans les rapports budgétaires de ces pays, et compliquent la tâche de la gestion des finances publiques.L'initiative de la nouvelle route de la soie a été lancée en 2013, comme le fleuron de l'investissement international de Xi Jinping. Des centaines de pays à revenu faible ou intermédiaire ont signé des prêts chinois, pour des énormes projets d'infrastructure. Le rapport montre que 35% des projets ont connu des problèmes de corruption, des violations du droit de travail, de la pollution et des manifestations. Depuis juin de cette année, le G7 entend concurrencer l'initiative chinoise, evec son propre projet d'infrastructure intitulé , "build back better world" (reconstruire un monde meilleur).AidData a analysé plus de 13.000 projets des routes de la soie, d'une valeur totale de plus de 840 milliards de dollars, dans 165 pays, entrepris entre 2000 et 2017. L'étude montre que la forme des prêts a brusquement changé, passant de prêts de gouvernement à gouvernement, avant le lancement de l'initiative en 2013, à des prêts allant à des entreprises et banques publiques, institutions privées et des entités à vocation spéciale. Cette catégorie représente aujourd'hui 70% des prêts. AidData estime que des organisations comme la Banque Mondiale ou le Fond Monétaire International étaient au courant du problème, mais leur rapport en a pu quantifier l'envergure.La controverse autour de l'initiative augmente. Des gouvernements qui ont voulu se retirer, ou renégocier le projet, mais ont essuyé des refus. Les prêts dans le cadre des nouvelles routes de la soie ont diminué, mais les dettes antérieures restent à payer. En 2019, Xi Jinping s'est engagé à augmenter la transparence et la stabilité financière dans le programme, et de n'avoir aucune tolérance pour la corruption. Il y a en effet des inquiétudes de longue date quant à la transparence, et des suppositions que des prêts à des pays à haut risque créent de la "diplomatie de la dette" ; dans certaines régions, les pays seraient forcés à céder la propriété d'actifs majeurs à la Chine, en lieu du paiement des obligations. Pour le rapport, la cession d'actifs n'était autorisée que dans les prêts directs du gouvernement. De leur côté, les arrangements de plus en plus fréquents via des mécanismes semi-privés perçoivent les obligations de paiements directement via les revenus des projets financés par les prêts. Le passage à ces arrangements a accru le risque pour les prêteurs chinois. Mais le rapport estime que c'est une option nécessaire si les prêteurs veulent atteindre les buts de Xi Jinping pour les routes de la soie. Ces pays sont souvent déjà fortement endettés, et ne sont officiellement plus autorisés à souscrire davantage de prêts ; interdiction que les prêteurs chinois peuvent contourner de cette manière.Le rapport montre également que la Chine a rapidement augmenté ses provisions de prêts envers des pays riches en ressources, et où la corruption est forte. "Beijing est plus ouvert à financer des projets dans des pays à risque que d'autres créditeurs officiels, mais est également plus agressif au niveau des paiements, via la collatéralisation", note le rapport. 40 à 50 des plus importants prêts étaient collatéralisés, souvent contre des exportations futures de marchandises. La Russie a souscrit des prêts et des crédits sur l'export valant 125 milliards de dollars, la plupart du temps contractés via des entreprises publiques de pétrole et de gaz, collatéralisés avec les ventes de gaz et de pétrole à la Chine. Le Venezuela a emprunté 86 milliards de dollars via les banques commerciales chinoises, collatéralisés contre des exportations futures de pétrole, par exemple. AidData indique dans un autre rapport que la Chine prête de manière disproportionnée aux pays peu fiables dans les mesures conventionnelles de crédibilité, contrairement à d'autres pays prêteurs, en demandant des taux d'intérêt beaucoup plus élevés et des délais de remboursement plus courts. Pour le Pakistan par exemple, la Chine prête à 3,76%, alors que le taux général de l'OCDE est d'1,1%, pour se couvrir des risques.Le ministère chinois des Affaires Etrangères estime dans un communiqué que pas toutes les dettes ne sont insoutenables, et que les nouvelles routes de la soie ont toujours porté les principes de consultations, contributions et bénéfices partagés.