Si les députés votent en faveur de ce texte de loi, et donc contre le gouvernement, le Premier ministre Boris Johnson soumettra au vote de la Chambre des Communes une motion pour convoquer des élections législatives anticipées. Ce texte devra toutefois recueillir deux tiers des voix pour être adopté.

Boris Johnson a promis de faire sortir le Royaume-Uni de l'UE le 31 octobre, à la date prévue du Brexit, accord de retrait ou pas conclu avec Bruxelles.

Et pour prouver sa détermination, son ministre des Finances Sajid Javid détaillera mercredi ses priorités budgétaires, en particulier la destination des deux milliards de livres supplémentaires alloués pour l'année 2020-2021 aux préparatifs du Brexit.

Mais ses opposants redoutent les conséquences économiques d'un divorce sans compromis, quels que soient les préparatifs. D'après l'ONU, un "no deal" ferait perdre aux Britanniques 14,6 milliards d'euros d'exportations vers l'UE.

- "Johnson perd le contrôle" -

Mardi, le chef du gouvernement conservateur a essuyé un revers cinglant à la Chambre des Communes, désavoué par une majorité de députés, dont des tories rebelles, qui ont approuvé une motion leur permettant de prendre le contrôle de l'agenda parlementaire, normalement détenu par le gouvernement.

Grâce à cette motion, les opposants à Boris Johnson peuvent présenter mercredi un texte de loi contraignant le Premier ministre à demander à l'UE un nouveau report du Brexit au 31 janvier 2020, au cas où aucun accord de retrait ne serait conclu avec Bruxelles dans les prochaines semaines. La Chambre des Communes doit voter en début de soirée.

L'humiliation a été d'autant plus cuisante pour le dirigeant que 21 députés de son propre Parti conservateur l'ont défié et ont voté avec les élus de l'opposition. Ces rebelles -- dont Nicholas Soames, le petit-fils de Winston Churchill, ou l'ex-ministre des Finances Philip Hammond --, ont été expulsés du parti dans la foulée.

Mercredi matin, la plupart des éditorialistes soulignaient que Boris Johnson avait "perdu le contrôle". "Le Premier ministre a perdu un vote historique", titrait aussi le Times tandis que le Daily Express europhobe déplorait que le Parlement ait "capitulé face à l'UE", dénonçant un "autre jour honteux dans une soi-disant démocratie".

Lors d'un référendum en 2016, les Britanniques avaient voté à 52% en faveur d'un divorce avec l'UE. Mais le sujet divise profondément la société britannique et une manifestation anti-Brexit est prévue en fin d'après-midi devant le Parlement.

- Contre-attaque -

Boris Johnson s'entretenait mercredi matin avec les membres clefs de son gouvernement, avant de se rendre au Parlement où il donnera le coup d'envoi de cette journée cruciale en s'adonnant, pour la toute première fois depuis son arrivée au pouvoir fin juillet, à l'exercice hebdomadaire de la session de questions-réponses avec les députés.

Si les parlementaires anti-"no deal" parviennent ensuite à imposer un report du Brexit, Boris Johnson soumettra au vote de la Chambre une motion pour convoquer des élections législatives anticipées.

"Je ne veux pas d'une élection, mais si les députés votent pour arrêter les négociations et appeler à un autre report inutile du Brexit, qui pourrait durer des années, dans ce cas (une élection) sera le seul moyen de résoudre" la situation, a d'ores et déjà averti Boris Johnson.

Le gouvernement a dit souhaiter qu'un tel scrutin ait lieu à la mi-octobre, en tout cas avant le sommet européen prévu les 17 et 18 octobre à Bruxelles. Mais certains députés redoutent qu'il ne change la date au dernier moment et ne repousse l'élection après le 31 octobre, obligeant ainsi à une sortie sans accord.

La bataille féroce contre le "no deal" se poursuit aussi devant les tribunaux.

La plus haute instance civile d'Ecosse doit se prononcer dans la journée sur une action en justice intentée par 75 parlementaires pro-européens visant à bloquer la suspension du Parlement décidée par Boris Johnson.

Ce dernier s'est attiré les foudres de nombreux députés en suspendant pendant cinq semaines le Parlement, jusqu'au 14 octobre, leur laissant très peu de temps pour s'opposer à un "Brexit dur" avant la date fatidique du 31 octobre.